Sa conscience professionnelle et son sens de l’équité, tout personnel, l’ont conduit tout droit dans le box. Maurice Meyer, 61 ans, un ex-receveur de l’établissement public, également conseiller financier, a été condamné par le tribunal correctionnel de Colmar à trente-six mois de prison dont douze avec sursis.
L’indélicat fonctionnaire figure dans le prétoire pour avoir détourné, au total, la modique somme de 1,7 million d’euros, et pour avoir régulé – selon son bon vouloir, souvent à son profit – les comptes de ses clients floués.
Ses acrobaties financières s’étalent sur quinze années. Elles ont pris fin en 2007 lorsque Maurice Meyer fait valoir ses droits à la retraite. Cet homme de taille moyenne, au physique de M. Tout-le-Monde, est démasqué le jour où l’une de ses déposantes découvre, stupéfaite, que son compte a subi d’inexplicables ponctions. Le successeur du retraité a beau compter et recompter, rien n’y fait. Pire. Le cas litigieux est loin d’être isolé ! Plusieurs épargnants ont été grugés en toute discrétion. L’alerte est donnée. Panique en haut lieu.
«
Tout le monde se sent lésé », soupire alors, accablé, le directeur régional de l’établissement public chargé de dédommager le bon millier d’abusés.
« Sans piston »
Chef de l’agence postale d’Andolsheim (Haut-Rhin), le sexagénaire est plutôt bien noté par sa hiérarchie. Maurice Meyer, plus de vingt-cinq ans de maison, connaît son monde. C’est l’exemple même de la méritocratie au sein de l’entreprise publique. Il en a patiemment gravi tous les échelons. «
Sans piston, ni entregent particulier », insiste Me Daniel Monheit, son avocat, sollicité par
France-Soir. Facteur, receveur, comptable, chef de bureau pour finir : Maurice, dit en substance l’ensemble de ses collègues, «
c’est la probité même, le gars avec le cœur sur la main ».
Dans le secret de son bureau, le postier aguerri se livre pourtant à de drôles d’opérations dont il est seul maître. Au milieu de l’année 1995, il effectue des retraits sur les comptes de clients pour en alimenter d’autres. Comme une lettre à La Poste. Raison invoquée ? Comme recroquevillé sur lui-même dans le box, le prévenu risque une singulière justification. A l’écouter, lorsque les placements ne tenaient pas leurs promesses, il prenait l’argent des plus aisés pour indemniser ceux qui avaient subi des pertes… «
J’étais sûr que je pourrais rembourser quand les marchés remonteraient. Les crédits, c’était pour fidéliser la clientèle, éviter qu’elle n’aille ailleurs », répond-il, débonnaire, aux questions du président, Claude Cebula, une curieuse conception comptable chevillée au corps. Il fait valoir qu’il n’a, somme toute, lésé qu’une infime partie de ses 1.500 clients, à savoir une trentaine dont certains ont été indemnisés par la Banque postale dans les mois suivant la découverte de la supercherie.
« Engrenage »
L’instruction menée par la juge de Colmar, Lydia Pflug, taille cependant en pièce la prétendue sollicitude du suspect mis en examen, le 22 août 2007, pour «
abus de confiance », «
faux » et «
usage de faux » avant d’être écroué dans la foulée. Elle établit que sur les 1,7 million d’euros siphonnés, 450.000 euros ont servi à financer, dans l’ordre, la restauration de deux maisons de famille, les études de ses enfants, ainsi que l’achat de plusieurs voitures… Des sommes soustraites qui n’ont pas grand-chose à voir avec le profil de Robin des bois de La Poste dans lequel le prévenu essaie de se couler.
Selon son conseil, «
le début de l’engrenage » coïncide avec l’héritage qu’obtient subitement son client. Un don du ciel aux allures de cadeau empoisonné. Les travaux de restauration des deux bicoques défraîchies, situées à Sainte-Marie-aux-Mines (Haut-Rhin), sont très honéreux. «
C’est à partir de là qu’il a commencé à puiser dans l’argent des épargnants. C’était facile… », résume Me Monheit, encore bluffé par l’habileté de son client. D’autant plus aisé que, selon lui, «
le service de contrôle de La Poste, défaillant, n’y a vu que du feu… »
Libéré en février 2009, à l’issue de six mois de détention provisoire, Maurice Meyer vit aujourd’hui avec une retraite de quelque 2.200 euros mensuels. Contraint de vendre ses deux maisons ainsi que son appartement, il doit désormais s’acquitter de 900.000 euros, le prix à payer pour honorer la totalité de ses dettes.