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Justice - L’appel du “roi de la belle”

Faits divers

Publié le 31 août 2010 à 10h19

Le second procès de la spectaculaire évasion d’Antonio Ferrara, en 2003, s’ouvre mardi sous haute surveillance devant les assises de Paris.

Deux longs mois d’audiences houleuses, fin 2008, n’ont pas suffi à comprendre qui des douze accusés avait – ou non – fait quoi le 12 mars 2003. Cette nuit-là, à 4 h 15, la « forteresse » pénitentiaire de Fresnes (Val-de-Marne) était attaquée par un commando lourdement armé de fusils d’assaut et de grenades. Mitraillant les miradors 3 et 4 – leurs deux occupants ont miraculeusement survécu aux tirs nourris –, les assaillants perçaient deux brèches à l’explosif dans l’un des portails.

Au même moment, Antonio Ferrara, locataire de la cellule n°9 du quartier disciplinaire, posait une charge de Pep 500 sur les barreaux de sa fenêtre. L’Italien, détenu pour braquages de fourgons blindés, sonné par la violence de la déflagration, s’échappait, soutenu par deux complices encagoulés. Pour couvrir sa fuite, le commando avait bloqué les rues adjacentes en incendiant des véhicules avant de s’engouffrer dans trois grosses cylindrées. En douze minutes, le « roi de la belle » et ses complices ridiculisaient « un double symbole », Fresnes – la prison « inviolable » – et l’administration pénitentiaire.

Car il est vite apparu que l’évasion de « Nino » n’avait pu être permise qu’avec une complicité intérieure qui lui a fourni pain de plastic, détonateur et téléphone portable. Sur le banc des accusés, en 2008, Hocine Kroziz, ex-superviseur du quartier disciplinaire. Le « maton félon », selon l’expression d’un avocat, a été condamné à douze ans de réclusion criminelle, peine dont il n’a pas fait appel.

« Action de guerre »

Un homme est dans la ligne de mire du ministère public : l’avocat Karim Achoui. conseil de l’Italien, Ce serait lui, à l’époque, qui aurait donné le « top départ » de l’opération. A l’issue d’un parloir avec un collaborateur d’Achoui, Ferrara s’était refusé à la fouille obligatoire, ce qui le plaçait d’office au quartier disciplinaire, un bâtiment plus proche de la « sortie ». Le pénaliste parisien a fait appel de sa condamnation à sept années d’emprisonnement.

Quatre autres condamnés, membres présumés du commando, ainsi qu’un « comparse » acquitté, vont également retrouver le box blindé de la cour d’assises ce matin. A leurs côtés, Dominique Battini, l’artificier qui a perdu un œil – et donc son ADN – dans l’explosion de la porte de la prison. Mais à part « Doumé », tous protestent de leur innocence. Certains reconnaissent avoir aidé « Nino » dans sa cavale mais certainement pas avoir participé à cette « action de guerre ».

Pour appuyer leurs dénégations, ils rappellent que si parmi les traces ADN prélevées par les enquêteurs à Fresnes, deux correspondent certes à Ferrara et à Battini, quatre empreintes n’ont jamais « parlé ». Le verdict est attendu le 29 octobre prochain.

Accusé, Me Karim Achoui se fait discret

“L’avocat du milieu” est soupçonné de “complicité d’évasion”.


A l’aube du procès le plus important de sa vie, l’avocat Karim Achoui garde le silence. Poursuivi pour complicité dans l’évasion du braqueur Antonio Ferrara dont il était à l’époque le défenseur, Me Achoui avait pourtant fait feu de tout bois, il y a deux ans, devant la cour d’assises de Paris. Une semaine avant son procès, en effet, il publiait un brûlot, Un avocat à abattre, dans lequel il accusait un commissaire de police d’avoir commandité la tentative d’assassinat dont il avait été victime un an plus tôt et réglait ses comptes avec des magistrats. Un livre qui l’a surtout desservi à l’audience. Depuis, le conseil a sans doute médité la leçon.

Contacté, Me Francis Szpiner, défenseur de son confrère, prévient : « Il ne faut pas que ce nouveau procès de l’évasion de Fresnes devienne l’affaire Achoui. » Me Szpiner veut recentrer « un débat qui est très simple : en quoi y avait-t-il besoin de Karim Achoui pour l’évasion de Ferrara ? Mon client n’apportait rien à la réalisation de cette « belle ». Sa condamnation en première instance reste incompréhensible pour moi ! » La cour d’assises, en revanche, avait considéré qu’il était « le baveux » (l’avocat, en argot, NDLR) évoqué à plusieurs reprises par le commando de Fresnes. Condamné, Karim Achoui était écroué à l’issue du verdict avant d’être libéré au bout de cinquante-deux jours, une grève de la faim et le paiement d’une caution de 50.000 €.

L’avocat sulfureux, reconverti en patron de presse, ne faisait plus parler de lui… jusqu’à la semaine dernière. Dans un article publié – opportunément ? –, l’hebdomadaire Le Point révèle qu’un policier de la brigade criminelle enquêtant sur la tentative d’assassinat de Me Achoui s’est suicidé en 2009 par amour pour… l’ex-femme de l’avocat. Du pain bénit pour la défense de Me Achoui et la thèse du complot policier. Me Szpiner constate que « ceux qui accablent mon client ont toujours trouvé un accueil complaisant dans les services de police ». Contactée, la PJ de Paris indique « ne pas vouloir communiquer » sur ces révélations.


Par Sandrine Briclot, B. K et M. S.
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