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Voici l'homme le plus recherché de France

Les parrains corses


Jean-Luc Germani, le nouveau parrain corse, obnubilé par la vengeance de son beau-frère, met au pas voyous, nationalistes et cercles de jeux parisiens.

DR

C’est un « couple d'homosexuels » en vacances dans un camping-car en Haute-Corse. Un « couple d'homosexuels » qui pointe un pistolet à visée laser sur les gendarmes venus les contrôler. Un « couple d'homosexuels » qui prend la tangente et s'avère être Jean-Luc Germani et Stéphane Luciani. De faux homosexuels mais le « couple » le plus chaud du grand banditisme français. Le premier est présenté comme le nouveau parrain corse, le second comme son fidèle âme damnée. La scène remonte à la fin juin, depuis la PJ - qui a fait de Germani sa priorité absolue - est sans nouvelle de cet homme âgé de 46 ans. Pas directement, du moins. D’après des sources judiciaires et policières, un de ses avocats aurait proposé il y a quelques semaines sa réédition. « On l’attend toujours », ironise un enquêteur de la PJ.


Approchés, les conseils de Germani ont refusé de s'exprimer sur leur client, se contentant de démentir toute proposition de réédition, information que nous maintenons. Un autre avocat l’ayant croisé dans le passé déclare : « Aujourd'hui, c’est le mec qui fait peur. » Un constat partagé par les autorités. « C'est le numéro 1, on veut le faire tomber, confirme l’enquêteur de la PJ. Il n’y a pas d'équipe comme la sienne. On le retrouve partout : sur les assassinats en Corse, sur la protection des boîtes à Aix et des cercles de jeux à Paris. Il tient tout... » « C'est, à l'heure actuelle, l'équipe la plus importante de France », ajoute un magistrat.


Qu’est-ce qui distingue Jean-Luc Germani des autres voyous ? « Il a la plus grosse paire… », le caractérise prosaïquement un policier insulaire. « C’est un sanguinaire », considère un autre, « il a beaucoup de sang sur les mains », juge le magistrat. Et tous, surtout, de conclure : « C'est l'héritier de Richard ».

Un magistrat dans la poche

« Richard », c’est Richard Casanova, le cerveau présumé du casse de l’UBS, 125 millions de francs jamais retrouvés, l’un des piliers de la bande de la Brise de mer, qui, d’après le livre Les Parrains corses*, traitait avec les chefs d’Etat africains comme avec les services secrets français. Richard était en couple et a eu des enfants avec Sandra, la sœur de Germani, avant d’être abattu en 2008 alors qu’après une cavale de 16 ans, il était enfin un homme libre et en règle. Depuis, et conformément à la panoplie du parrain corse qui se construit sur le mythe de la vendetta, Jean-Luc Germani est « obnubilé par la vengeance de Richard », d’après une source judiciaire qui décrit, par ailleurs, un homme « rapide intellectuellement, jamais apeuré, ayant une bonne capacité d’analyse et surtout déterminé ». Germani portait le cercueil de Casanova lors de son enterrement, ce qui en Corse signifie que c’est à lui qu’il revient de venger le mort.


Judiciairement, il n’y a pas grand-chose à lui reprocher. Lors de leur dernier séjour en prison, Germani et son équipe qui cherchaient à recruter des gros voyous, « se vantaient d’avoir un procureur dans leur poche. Si on marchait avec eux, on ne risquait rien », d'après les confessions d'un voyou. Un policier confirmera avoir « entendu parler à plusieurs reprises d’un magistrat corrompu par cette équipe sans savoir si c’est simple rumeur ou information ». Le fait est que, bien rencardés, Jean-Luc Germani et deux de ses complices échapperont à la vague d'interpellation les visant, un quatrième préféra se présenter de lui-même à la police…

"Un costume trop grand pour lui"

Au départ rien ne le prédisposait aux premiers rôles. La famille de sa mère comptait bien dans ses rangs un membre de la Brise de mer, mais son mètre 76 et un accent corse prononcé ne distinguaient pas particulièrement Germani des autres truands locaux. Pas discret, « il est plus tape à l’œil que les gens du style Casanova, Germani fait plus minet», estime une source judiciaire.
Les archives policières font remonter ses premiers faits d’armes au milieu des années 1990, des braquages commis dans le Tarn. Il y faisait équipe déjà avec Stéphane Luciani mais aussi avec Ange-Toussaint Fédéricci, dit « ATF », un homme longtemps présenté dans les rapports de police comme faisant partie du « noyau dur » de la Brise de mer avant de prendre son indépendance comme patron de la bande « des bergers de Venzolasca ». ATF est condamné, Germani et Luciani ne se présentent pas aux assises. C’est leur première cavale, elle va durer cinq ans. Elle se terminera en 2004 à San Giuliano, en Haute-Corse.


« Il n'est pas malin, ce sont les policiers et les journalistes qui lui prêtent un costume trop grand pour lui, tacle un des policiers qui lui avaient passé les menottes à cette occasion. S'il n'avait pas été le beau-frère de Richard, on n'aurait jamais entendu parler de lui. » Un commissaire tempère ce jugement : « Au contraire, il faut se méfier des apparences chez les beaux mecs (les voyous NDLR). En garde à vue, il n’y a pas grand-chose à craindre de ceux qui font les malins, qui veulent se faire passer pour plus intelligent qu'ils ne sont. En revanche, plus ils ont l'air idiot, plus il faut faire attention ! »


Entre-temps, Jean-Luc Germani a gravi les marches du braquage. En 1997, il est suspecté d’avoir participé à l'attaque d'un fourgon blindé à Saint-Laurent-du-Var, à l’époque où la Brise était encore soudée. Il aurait fait équipe avec des gens du même âge que lui et qui aujourd'hui se détestent. La PJ d’Ajaccio recueillera une information qui ne pourra pas être vérifiée : Germani, sa sœur, et ATF se planqueraient, après le hold-up, chez des proches de Casanova.

L'attentat à la Porsche

Plus tard, un braqueur insulaire se voit confier la responsabilité des établissements de nuit à Aix-en-Provence pour lui barrer la route. « Germani avait la réputation alors de ne pas être gérable », explique un policier corse. Qu’importe. Quand le caïd Farid Berrahma se fait dessouder en plein Marseille parce qu’il a refroidit un ressortissant de l’Ile-de-beauté, Germani récupère alors un bout du territoire du défunt, Salon-de-Provence. ATF, identifié à cause d’un ADN, écope lui de 22 années de prison pour l’assassinat de Berrahma.


L’épisode dit de la « tuerie des Marronniers » du nom du bar où le caïd maghrébin et deux de ses complices se font massacrer marque, paradoxalement, le dernier signe d’unité et de paix dans le milieu corse. Depuis, avec en toile de fonds la lutte pour l’empire des jeux en Afrique et des projets immobiliers en Corse, les voyous se déchirent. Surtout Richard Casanova et Francis Mariani, deux des piliers de la Brise de mer, s’entretuent dans une guerre fratricide. Le détonateur en aurait été Jean-Luc Germani. En effet, en 2007, Francis Mariani - autrefois très proche d’un membre de la famille Fédéricci, cafetier à Nice - échappe à un règlement de compte alors qu’il rentre chez lui au volant de sa Porsche.


Jusque-là Francis Mariani faisait peur. Il avait une influence certaine sur une équipe de braqueurs qui avaient éradiqué le mouvement nationaliste Armata Corsa, les hommes de main de Francis le Belge et probablement le parrain marseillais lui-même. Seulement, cet équilibre de la terreur a pris fin car les braqueurs croupissent alors en taule, tombés les uns après les autres pour des attaques de fourgons blindés ou des règlements de compte.


Après l'attentat à la Porsche, Mariani scrute les images captées par les caméras de vidéosurveillance installées devant chez lui et croit identifier Jean-Luc Germani dans une fourgonnette passant là peu de temps avant la tentative d’assassinat. « Mariani a simplement cru le reconnaître à cause de son gabarit mais ce n’était pas lui », assure une source judiciaire. Le mal est fait. D’après les déclarations d’un homme de main révélées par le Monde, Francis Mariani tenait l’arme qui a abattu Richard Casanova. La guerre est déclarée.

Balancé

La mort de Francis Mariani dans l’explosion d’un hangar alors qu’il préparait un engin explosif destiné à éliminer le beau-frère de Casanova n’apaise pas les choses. Un à un, les fidèles de Mariani, que Germani appelait « le Vieux », sont éliminés. Et même les relations plus lointaines y passent. Quelques semaines après le meurtre de Casanova, un proche du clan mettait en garde : « Ils sont très remontés. S’il faut décimer toute la Corse pour être sûr d’avoir l’assassin, ils le feront ! »
Et ils vont le faire. Un voyou, Jean-Toussaint Michelosi, brise l'omerta et raconte sur PV que son frère a été abattu par Germani et sa clique. D'où il tient cette information ? Des inconnus qui seraient venus l’avertir que les tueurs de son frère avaient également sur la conscience la mort de Jean-Claude Colonna, le vice-président du club de foot du Gazelec à Ajaccio. Ces mystérieux inconnus lui auraient donné plusieurs noms dont celui de Germani. Cette dénonciation ne servira à rien dans le dossier Michelosi mais, complétée par de la téléphonie éteinte, permettra sa mise en examen dans le dossier Colonna. Entendus dans diverses procédures, les voyous du Petit bar, un temps présentés comme une puissance montante en Corse et réputés proches des Michelosi, vont prendre très franchement leurs distances avec les déclarations de Jean-Toussaint. Ils ne veulent surtout pas entrer en guerre avec Germani.

"Dans un contexte urbain, il n'a plus ses repères"

Le beau-frère de Casanova et son équipe ne sévissent pas qu'en Corse. A peine sorti de prison, le Marseillais Daniel Merlini, ancien membre de la « Dream Team » du braquage, entend récupérer la part qu’il n’a jamais perçue pour l’attaque d’un fourgon blindé en 2000. Le clan Mariani, dont il est proche, l’invite à prélever des enveloppes dans différents bars d’Aix-en-Provence. C’est sans savoir que le truand en charge de ces établissements pour les Mariani a retourné sa veste et légué ses biens à l’équipe Germani… Merlini sera assassiné. D’autres tremblent.


Selon nos informations, Germani serait « monté » à Paris à deux reprises ces derniers mois, en « repérages » pour « fumer » un braqueur parisien. « Mais il n'a pas réussi, raconte un policier. Dans un contexte urbain, il n'a pas ses repères. Il n'est plus en Corse. » A quelques mois de sa libération définitive, l’ancien dirigeant nationaliste Charles Pieri, vieux complice de Francis Mariani, va rompre sa conditionnelle et se met en cavale. Il aurait pris très au sérieux le contrat mis sur sa tête. Dans les jours qui suivent l’arrestation de Pieri, un de ses lieutenants va être éliminé et Germani encore suspecté.

Voyous corses et poupées russes

Enfin, l’exécuteur testamentaire va se réapproprier des cercles de jeu parisiens qui, à la mort de Casanova, étaient passés sous la coupe d’Angelo Guazzelli, un ancien complice de Richard et pilier de la Brise de mer, officiellement reconverti dans la production de Terra Rossa, son huile d’olive AOC. La manière dont il prend possession du cercle Wagram, racontée par Le JDD, en dit long sur la peur qu’inspire Germani. Il arrive en compagnie d’un certain « Tony le Boucher » et dit au trésorier du cercle : « Les nouveaux propriétaires, c’est nous. T’as un quart d’heure pour te barrer. »


« On se croirait dans Un nommé La Rocca ! », ironise une source proche du dossier en faisant référence au film avec Belmondo, inspiré du milieu corso-marseillais. Une scène qui ne fait pas rire Angelo Guazzelli qui se ferait très discret depuis. « Il craint d’être le prochain sur la liste », explique un policier.

Son ennemi mortel

Jean-Luc Germani fait l’objet d’un mandat de recherche dans le cadre de cette affaire. Quel avenir prêter à cet homme en cavale ? « On assiste à une recomposition complète du milieu corse, analyse un avocat. Nous sommes revenus à un vrai état féodal avec son seigneur et ses vassaux. » Un policier insulaire calme le jeu : « Ici, les mecs qui ont le calibre à la main, ce ne sont pas eux qui gèrent les affaires. Les voyous corses, ce sont les poupées russes, ceux qui manipulent ne mettent pas le doigt dedans. »


Ayant pris ses distances avec la bande « des bergers de Venzolasca », Germani, assisté des fidèles Stéphane Luciani et Frédéric Fédéricci – le petit frère d'ATF - va devoir faire attention. « Le seul milieu où on ne se trahit pas en Corse, c'est la famille. Vous portez le même nom, vous n'avez rien à craindre. En revanche, entre anciens alliés... », résume un magistrat. En prison, justement un  ex-complice autrefois suspecté d’avoir attaqué avec lui un fourgon à Saint-Laurent-du-Var, compte les jours avant sa libération. Le magistrat conclut : « C’est son ennemi mortel. » Ce détenu s’appelle Jacques Mariani, il est le fils de Francis. Et, à son tour, il crie vengeance.

* Les Parrains corses, de Jacques Follorou et Vincent Nouzille, chez Fayard.

Brendan Kemmet et Matthieu Suc

Réactions à cet article7 commentaires

  • Par Anonyme-77656, le 26 sep à 18:51

    Anonyme-77656
    Réagissez !

    Les mafias n'existent uniquement qu'avec l'accord de pouvoirs corrompus et qui en croquent ! Et ça vaut pour toutes les mafias et tous les gouvernements du monde. tant que certains seront corrompues, les mafias auront de beaux jours devant elles !!!



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  • Par KMH, le 27 sep à 18:53

    KMH
    Veni-Vedi......

    Une vraie histoire de famille : il manque juste la musique...



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  • Par Anonyme-77656, le 28 sep à 03:35

    Anonyme-77656
    Un beau doublé

    L'homme le plus recherché de France, je croyais que c'était Ligo



    - Signaler un abus  
  • Par Anonyme-77656, le 1 oct à 02:34

    Anonyme-77656
    Le correcteur s'est rendu

    Reddition, pas réédition. A moins que Germani n'ait aussi commis un livre ?



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  • Par Anonyme-77656, le 1 oct à 11:09

    Anonyme-77656
    Réédition ? Vous vous etes

    Réédition ? Vous vous etes mis a 2 pour pondre cet article ? Pas un pour racheter l'autre...



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  • Par Anonyme-77656, le 1 oct à 11:11

    Anonyme-77656
    vocabulaire

    On ne dit pas "réedition" mais "reddition" quand il s'agit de se rendre, journaliste inculte.



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  • Par Anonyme-77656, le 1 oct à 11:41

    Anonyme-77656
    brise de mes couilloni

    les exécutions sommaires en Corse vont bon train, parfois en plein jour devant la foule des touristes et à visage découvert, ... ces gens sont en toute impunité.



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Publié : 26/09/11 - 18h12
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