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Pascal Canfin à propos de l'Europe : "Il faut redémarrer la machine !"

L'euro en crise

Exclusif

Pascal Canfin, député européen Europe Ecologie-Les Verts, a été nommé ce 16 mai ministre délégué auprès du ministre des Affaires étrangères, chargé du Développement. Le 9 mai dernier, il répondait aux questions de France-Soir sur l'Europe.

Pascal Canfin, eurodéputé EELV
Pascal Canfin, eurodéputé EELV AFP/DAMIEN MEYER

Vice-président de la commission spéciale sur la crise financière et membre de la commission des affaires économiques monétaires, Pascal Canfin a négocié au Parlement européen les lois portant sur les fonds spéculatifs, les produits dérivés, les bonus des traders, les agences de notation, etc. Ancien journaliste à Alternatives économiques, fondateur de l’ONG Finance Watch, il a été le conseiller économique d'Eva Joly pendant la campagne présidentielle.

France-Soir : Quel est votre sentiment par rapport à la situation de crise en Grèce ?

Pascal Canfin : Le système politique a implosé. Il n'y a pas de majorité politique ni pour valider la politique européenne ni pour créer une alternance à celle-ci.  Il n'y a pas d'autre solution que de retourner – dès juin – à de nouvelles élections. C'est uniquement sur une base démocratique claire que la Grèce pourra prendre une orientation.

F. -S. : La Grèce doit-elle sortir de la zone euro ?

P. C. : Tout d'abord, la Grèce n'emprunte déjà plus sur les marchés. Ensuite, sa note est déjà au plus bas puisque la Grèce est en « défaut sélectif »... quelque part, ça ne peut pas être pire.  Il n'y a donc pas la même urgence que par le passé – et pour répondre à cette question de la sortie éventuelle de l'euro –  il faut un choix démocratique des citoyens grecs. La vraie et la seule urgence c'est de convoquer de nouvelles élections.  Après ce nouveau scrutin législatif, la question de la sortie de l'euro se posera si une majorité se prononce dans ce sens.

F. -S. : Certains estiments que les Grecs – redevables à la troïka (UE et FMI) d'avoir jusqu'à présent évité la faillite grâce aux versements importants effectués – seraient « ingrats » en voulant renégocier les contreparties imposées. Qu'en pensez-vous ?

P. C. : Les contreparties imposées par la troïka ne fonctionnent pas les grecs souhaitent donc renégocier. La question ne se poserait pas si l'on entrevoyait le début d'une sortie de crise en Grèce actuellement. Or, ce n'est évidemment pas le cas. Mais nous n'en sommes même pas là ! A présent, nous ne sommes que dans « l'infra », il faut déjà créer les conditions pour que l'Etat grec prenne ses responsabilités. Pour cela il faut donc élire des responsables. Ce que l'on peut dire c'est que les européens ont été réellement solidaires avec les Grecs. Si tel n'avait pas été le cas, la Grèce serait déjà en faillite. Le seul problème – majeur – et que la solidarité par la seule austérité ne marche pas. Et, en disant cela, on remarque que cette logique – poussée à l'extrême en Grèce – est la même au plan européen avec le débat que nous avons à présent sur l'idée d'un « pacte de croissance ».

Pour revenir à la Grèce, comment voulez-vous qu'une société qui subit – pour la seule année 2011 –  22 % de baisse des salaires et qui connaît 50 % de chômage des jeunes actuellement, ne finisse pas par se déliter ? Vous trouvez là les raisons de l'implosion politique et sociale en Grèce.

F. -S. : La Grèce a un système fiscal défaillant. L'a-t-elle changé ?

P. C. : La Grèce a beaucoup de difficultés à lutter contre la fraude fiscale et l'évasion fiscale. Et certaines catégories ne sont toujours pas imposées. C'est indéniable. Le problème c'est que le système politique européen ne peut pas se substituer au système politique grec. Ce ne serait pas démocratique.

F. -S. : François Hollande, le président de la République française élu, a fait part de sa volonté de renégocier le traité budgétaire européen. Y êtes-vous favorable ?

P. C. : Oui, mais il n'y aura pas de « renégociation » stricto sensu du traité budgétaire (approuvé le 30 janvier par tous les pays de l'Union européenne excepté la Grande-Bretagne et la République tchèque, et signé formellement le 2 mars NDLR.) Durant la campagne EELV n'a pas proposé cela parce que la parole qui a été donnée ne peut pas être retirée. En revanche il faut affirmer que la seule politique d'austérité et la seule politique d'assainissement des finances publiques ne suffisent pas. Ce n'est pas une question d'idéologie, de droite ou de gauche,  c'est un fait. L'objectif pour tous c'est de redémarrer la machine. Nous les Verts estimons que cela est possible par une politique qui mette en avant l'économie verte, véritable relais de croissance et atout de l'Europe.

F. -S. : Comment « techniquement » sortir de la crise européenne ?

P. C. : Pour bien comprendre, il faut voir les choses selon deux volets : le volet « pompier » et le volet « architecte ». Pour ce qui est du volet « pompier » européen il y a le Mécanisme européen de stabilité (MES) – qui viendra en juillet se substituer au Fonds européen de stabilité financière (FESF) mis en place au plus fort de la crise – et la Banque centrale européenne (BCE) qui se tient prête à intervenir pour sauver les Etats qui seraient en difficulté. Pour ce qui est de la Banque centrale européenne qu'on la laisse faire son travail, elle a prouvé qu'elle pouvait intervenir.

Pour ce qui est de « l'architecture » européenne de la relance de la croissance –  existante et qui pourrait être renforcée par un éventuel « volet croissance » qui va être débattu – l'ingéniérie est connue : il y a les Project bonds, ces emprunts européens orientés vers des projets concernant l'innovation et les infrastructures, la Banque européenne d'investissement (BEI) qui sert à les financer, la mutalisation partielle des dettes souveraines, les fameux Euro bonds et enfin il y a la taxe sur les transactions financières.

Les Project bonds ont l'aval d'Angela Merkel. C'est sur ce point que le compromis est possible avec Berlin mais en l'état actuel du projet il ne s'agit que de quelques dizaines de millions d'euros. C'est trop peu. Il faut que le rapport change de 1 à 100 et parler en milliards pour que l'effet sur l'économie soit réel et effectuer ainsi un investissement fléché et stratégique efficient.

La BEI quant à elle fera effet de levier sur les marchés. Quand les Etats mettront 10 milliards, la BEI pourra derrière lever 100 milliards pour financer ces projets parce que la crise actuelle ne résulte pas d'un problème de liquidité. L'argent existe sur les marchés que ce soit en Asie, aux Etats-Unis ou les fonds de pension ! Ce qui fait défaut actuellement en Europe ce sont ces titres financiers d'investissements clairs et garantis avec une stratégie durable de développement.

F. -S. : Dans une interview à Libération mercredi, Matthieu Pigasse, directeur de la banque Lazard, propose que Paris et Berlin lancent un emprunt conjoint, garanti solidairement par les deux Etats pour financer l'innovation et les infrastructures. Qu'en pensez-vous ?

P. C. : Non. Je ne suis pas d'accord. Il ne faut pas rentrer dans ce schéma là. Nous nous battons au niveau européen à 27 pour ces Project bonds depuis des mois. Maintenant, c'est fait, même s'il faut  renforcer l'importance de ceux-ci pour le même but : financer l'innovation et les infrastructures. Laissons-nous la chance de réussir à 27 !

Par Antoine Kowalski

Réactions à cet article2 commentaires

  • Par JERRY, le 9 mai à 20:26

    JERRY
    La Grèce est en récession

    La Grèce est en récession depusi 5 ans et n'a toujours rien fait pour améliorer ses recettes fiscales; il n'y a donc pas d'autres choix que de baisser les salaires.


    Cette austérité n'est pas la faute de l'Europe. Ce que l'Europe prête elle veut savoir si elle va être remboursée car ce sont ses contribuables qui paient.


    Quoi de plus normal. Ce n'est pas humilier les grecs que de leur dire que nous ne voulons pas verser des sosu à fonds perdus.


    Faut arrêter en disant que c'est la faute de l'Europe.



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  • Par KrisEon, le 11 mai à 12:56

    KrisEon
    Il avance ses pions

    Un écolo qui cherche à se placer en débitant ce qu'on a déjà entendu pendant la campagne. Il avance ses pions !



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Publié : 09/05/12 - 20h16
Mis à jour : 16/05/12 - 21h38
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