Lundi, le ministre britannique des Affaires étrangères, William Hague, s’est dit «
profondément choqué ». Son homologue français, Bernard Kouchner, a parlé d’«
acte barbare ». Dimanche soir, les restaurants et les bars de Kampala, la capitale ougandaise, étaient pleins de clients regardant à la télévision la finale Espagne - Pays-Bas de la Coupe du monde de football. Soudain, deux explosions : au sud de la ville dans un restaurant éthiopien et, à l’est, dans le bar d’un club de rugby. Bilan : au moins 74 morts, dont un Américain, et une soixantaine de blessés. Selon un porte-parole du gouvernement ougandais, Fred Opolot, «
il y a des indices qui suggèrent la présence de kamikazes, mais en même temps il est possible qu’il y ait eu des bombes déposées sous les sièges ».
Quant au chef de la police, Kale Kayihura, il rappelle les récentes menaces des islamistes «
shebab » contre l’Ouganda et le Burundi, deux pays qui fournissent les 6.000 soldats de la force de paix de l’Union africaine (Amisom) déployée en Somalie. Cette dernière a pour mission de protéger le très fragile gouvernement provisoire du président Sharif Cheikh Ahmed, élu début 2009. Toutefois, les shebab, qui contrôlent 80 % de la Somalie et ont fait vœu d’allégeance à al-Qaida, la qualifient de force d’occupation.
Le 5 juillet, leur chef, Ahmed Abdi Godane, alias Abou Zubaïr, a, une nouvelle fois, appelé les Somaliens à s’unir pour la chasser. Considéré comme appartenant à la ligne la plus dure du mouvement, ce religieux avare en apparitions publiques ne l’est pas en messages enregistrés diffusés par des médias locaux ou sur Internet.
Ambassades américaines
Le double attentat de Kampala est le plus meurtrier commis en Afrique de l’Est depuis les attaques suicides d’al-Qaida, le 7 août 1998, contre les ambassades américaines de Nairobi et de Dar es-Salaam, qui avaient fait plus de 200 morts. Bien que des sites Internet proches du mouvement se soient rapidement félicités du carnage, les shebab ont attendu la fin d’après-midi, lundi, pour le revendiquer formellement. «
C’était une mesure défensive, a déclaré leur porte-parole, Ali Mohamoud Rage,
contre les Ougandais qui sont venus dans notre pays et ont tué notre peuple. C’était des représailles à leurs actions. »
Ce mouvement islamiste radical, dont la création remonterait à 2006, a été à l’origine des tribunaux islamiques, qui ont dirigé brièvement la Somalie au deuxième semestre 2006 avant d’être mis en déroute par l’armée éthiopienne. Tandis que la majeure partie des dirigeants des tribunaux s’est enfuie en exil, les combattants, eux, sont restés. Leur objectif : le départ de toutes les troupes étrangères, notamment burundaises et ougandaises, composant l’Amisom, mais surtout la stricte application de la charia (loi islamique). Dotés d’une branche armée, Jeish al-Usrah («
Armée de la souffrance »), et d’une police religieuse, Jeish al-Hisbah («
Armée de la moralité »), ils seraient en mesure de mobiliser 7.000 hommes.