Devant le tribunal correctionnel, la bagarre a été vive, Catherine Breillat ayant à prouver qu'elle a été abusé, Christophe Rocancourt se défendant d'avoir reçu autre chose que des "avances". Finalement, il a été condamné à 8 mois de prison ferme.
Elle est là, au banc des parties civiles. Un gilet de laine, les cheveux sages. Au dossier de son siège, une canne. Elle montre à un avocat une page de son livre, avec peine, la main crispée dans des poses peu naturelles. Elle met ses lunettes, difficilement. Un huissier s'approche, et baisse le pied du micro habituellement situé à deux mètres, à la barre. Un endroit où l'on se tient debout, normalement, mais il y a des exceptions, quand comme elle par exemple on est hémiplégique. Elle, c'est Catherine Breillat, la cinéaste sulfureuse.
Dans le box des prévenus, de l'autre côté de la salle d'audience, il entre égal à lui-même. Bien coiffé, habillé d'un pull à col roulé noir. Il a plutôt bonne mine, on ne parierait pas qu'il a passé les deux derniers mois à la prison de la Santé. On dirait même qu'il n'a pas passé l'hiver à Paris. Lui, c'est Christophe Rocancourt. Il sourit.
Le cas qui les rassemble, c'est une accusation d'abus de faiblesse. Parce que Christophe Rocancourt, 44 ans, au passé connu d'escroqueries mais au casier judiciaire vierge, a reçu de la cinéaste plus de 700.000 euros. Et parce qu'à l'époque de ces « prêts », « avances », Catherine Breillat traversait une période difficile, entre les séquelles de son accident vasculaire cérébral en 2005, des crises d'épilepsie, des chutes, le tout dans un climat de dépression chronique. Reste à savoir à quel point elle avait perdu lien avec la réalité, et à quel point, s'il a profité des comptes en banque de la réalisatrice, il a également profité du contexte de faiblesse dans lequel Catherine Breillat se trouvait.
Catherine Breillat a cherché à connaître Christophe Rocancourt. Elle l'a contacté début 2007 pour le filmer, aux côtés de Naomi Campbell, dans un projet nommé « Bad Love ». Ensemble la même année, ils montent les marches du festival de Cannes. A moins que ce soit l'année d'après mais elle le dit, « je n'ai aucun sens des dates ». Entre eux, des liens se tissent, d'autant que la femme de caractère est très diminuée par la maladie. « Je vivais seule dans un appartement avec une autonomie de marche de 500 mètres. Il savait où me trouver. Il m'emmenait trois fois par semaine au restaurant, me coupait ma viande », raconte-t-elle. En avril 2007, un contrat est signé, non pas pour le projet « Bad Love », mais pour l'écriture d'un scénario, « La vie amoureuse de Christophe Rocancourt ». Entre ce jour et le 3 décembre 2008, Catherine Breillat fera 17 chèques et un virement à Christophe Rocancourt, pour un total de 740.733 euros.
« Je les ai dépensés au quotidien, explique Christophe Rocancourt, avant d'ajouter, Je suis un dépensier ». Mais ça n'est pas la question. La question, c'est de savoir à quel titre ces chèques sont émis. Pour lui, à titre d'avance sur les deux projets cinématographique. Les raisons évoquées : les impôts, des investissements, des dettes... Elle signe, le croyant quand il lui expliquait que « ses livres se vendaient à 500.000 exemplaires ». Mais lui le martèle, « elle n'a jamais été en état de faiblesse ! » Pourtant, le président s'étonne, et reprend soigneusement les dates. Le 14 novembre 2007, elle est terrassée par une crise d'épilepsie. Elle sort de l'hôpital le 16. C'est Rocancourt qui vient la chercher à l'hôpital, qui l'emmène chez lui, ou plutôt chez Sonia Rolland, la miss France dont il partage la vie à cette époque. Elle dort « trois ou quatre jours ». Le 19, elle fait un chèque de 30.000 euros. Le 20, un autre de 70.000 euros. Le 21, c'est un autre de 135.000 euros. Le 20 décembre, 220.000 euros s'en vont encore. Etc. En tout, entre novembre 2007 et mars 2008, alors que la cinéaste malade habite chez Rocancourt, ce sont 578.000 euros qui s'envolent. Soit, calcule le président, 78 % des sommes qui lui sont reprochées. Un « pic », que Rocancourt ne veut pas expliquer par une éventuelle « emprise » qu'il aurait sur Catherine Breillat, mais simplement le fait qu'il avait « besoin de plus d'argent » à ce moment là. Un sympathique « mauvais gestionnaire » ? Un « panier percé » ?
Pour autant, l'abus de faiblesse doit être prouvé, et le témoignage de Catherine Breillat n'aide pas vraiment à éclaircir les choses. Certes, son AVC et ses traitements la secouent, causant des troubles de la mémoire et de la compréhension des choses, notamment des chiffres. Mais des chèques, elle en a fait à d'autres, notamment des paiements pour des travaux. L'expertise médicale note ainsi des « difficultés cognitives modérées mais certaines ». L'expertise médico-psychiatrique note une « emprise », et une « fascination pour Christophe Rocancourt ». Son goût pour la prise de risques, pour son « côté voyou », l'illusion qu'il donne de « dominer la situation », sa capacité à « magnifier la réalité ». Enfin, entre la signature du contrat et février 2008, elle ne lui demande rien de l'avancée d'un scénario qui ne verra jamais le jour...
Face à une femme en morceaux, Rocancourt est solide, même si ses explications sont confuses. Très théâtral, il s'indigne volontiers face au tribunal, en faisant régulièrement appel au bon sens pour convaincre de sa bonne foi : « C'est extraordinaire, c'est fabuleux que Breillat, qui veut faire un film sur moi en sachant que je suis un ancien escroc dise qu'elle ne savait pas à qui elle prêtait de l'argent ».
Pour le procureur, l'abus de faiblesse ne fait pas de doutes. Pour lui, Rocancourt est un Bernard-L'hermite qui a allègrement profité de l'état de « sujétion psychologique ». La loi prévoit une peine de 3 ans d'emprisonnement et 375.000 euros d'amende. Lui ne demande « que » 2 ans, dont la moitié avec sursis, et l'obligation de rembourser les sommes à Catherine Breillat. Jérôme Boursican, l'avocat de Rocancourt, dénonce un « coup médiatique cinématographique », et rappelle que Catherine Breillat a déjà écrit un livre relatant cette histoire, et qu'un film était annoncé sur ces faits, avec Kool Shen, l'une des moitiés du groupe de Rap NTM dans le rôle de Rocancourt.
Mais la plaidoirie est interrompue. Un instant seulement : Catherine Breillat, assise mais droite jusque là, a décliné, jusqu'à être presque à terre, la tête sur les genoux. Appelés, les pompiers la portent hors de la salle. Signe que, même si Christophe Rocancourt n'était pas condamné, sa douleur et son état sont bien réels.
Christophe Rocancourt a été condamné à une peine de 16 mois d'emprisonnement, dont 8 avec ...
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POVFRANCE, le 22 mai à 21:39
....ceux auquels on pose des stents ne rigolent pas trop et brutalement respectent toutes les ...
TATOO, le 22 mai à 21:12
Peut être ! mais dans quel état il était et dans quel état il a mis la FranceCe n'est pas une ...
Vieux Strasbourgeois, le 22 mai à 21:07
Aux élections législatives de 1958 le parti communiste avec environ 20 % des voix n'avait obtenu ...
bercegayant, le 22 mai à 21:04
Une rallonge de 10 jours !!! C'est royal ! ! Quelle générosité ! ! !
baddy34, le 22 mai à 21:04
En fait d'après son avocat, cela veut dire qu'un policier peut divulguer des informations ...
nellyolson, le 22 mai à 19:37
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HeyBaal, le 22 mai à 16:42
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Bluesun, le 22 mai à 18:45
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