Au milieu d’une armée de caméras, Dominique Strauss-Kahn est rentré à Paris dimanche matin. Libre de son temps et de sa parole, il s’est contenté de sourire aux journalistes : l’heure des explications n’est pas encore venue.
Pas de vol alambiqué ni de porte dérobée : il a choisi de foncer droit devant. Le port altier et le sourire aux lèvres, Dominique Strauss-Kahn (DSK) s’avance, ce dimanche matin, vers la nuée de journalistes massés devant l’aéroport Charles-de-Gaulle, à Roissy. Accompagné d’Anne Sinclair, tout aussi radieuse, il s’amuse des bousculades qu’il provoque, s’attarde devant les caméras, salue de la main tous ceux qui l’approchent. Après s’être engouffré dans une Peugeot noire en direction de son appartement place des Vosges, il laisse les médias le suivre et le filmer jusqu’à l’intérieur de la cour. Le couple star, dans la tourmente judiciaire depuis quatre mois, joue la décontraction à plein tube. Savamment orchestrée par l’agence de communication Euro RSCG – l’amie Anne Hommel est omniprésente –, l’image est celle d’un retour triomphal.
Une image en trompe-l’œil, pourtant. Attendu comme le messie par ses amis socialistes il y a encore six mois, DSK n’est plus candidat à la présidentielle. Son ombre pesante parasite la campagne des candidats à la primaire qui, à l’instar de Martine Aubry, zigzaguent entre soutien affectif et distanciation électoraliste. Aucun d’entre eux n’a d’ailleurs souhaité réagir dimanche à son retour. Abîmée par les révélations sur ses frasques sexuelles et son train de vie de grand bourgeois, l’étoile de l’ancien directeur du Fonds monétaire international (FMI) a pâli. D’autant qu’il a encore des comptes à rendre devant la justice : il demeure sous le coup d’un procès au civil à New York dans l’affaire Diallo, qui a porté plainte pour « agression violente et sadique », et devrait être entendu très prochainement par la police judiciaire de Paris dans l’affaire Banon, qui l’accuse de « tentative de viol » en 2003.
Sa rédemption relève donc du chemin de croix. Alors que ses fidèles s’emploient à déminer le terrain, répétant à l’envi que leur champion est « blanchi » ou « innocenté » – ce qui est faux : il a seulement bénéficié d’un abandon des poursuites –, Strauss-Kahn, lui, se mure dans le silence. Un temps évoquée, la tentation du 20 heures dès dimanche soir a été écartée. Suivant les conseils de ses avocats, il ne veut pas céder à la précipitation. La fièvre qui a envahi la sphère politico-médiatique ne doit pas le gagner. Il lui faut faire face avec sang-froid, choisir sereinement le créneau et le mode de son expression. Peser chaque mot pour que sa parole, très attendue, efface « ces milliers de unes qui l’ont sali », selon l’un de ses proches.
Que dira-t-il alors ? S’excusera-t-il pour un comportement « déplacé » (d’après le terme de son avocat new-yorkais, Benjamin Brafman), comme il l’a fait devant ses anciens collègues du FMI, à Washington, avant de rentrer à Paris ? Donnera-t-il enfin sa version des faits qui se sont déroulés le 14 mai dans la suite 2806 du Sofitel ? Rien n’est moins sûr : DSK a certes promis de s’expliquer devant les Français, mais il doit veiller à ne pas donner d’arguments aux avocats de Nafissatou Diallo qui le poursuivent au civil. Il tentera de laver son honneur sans verser dans la contrition. L’équilibre est subtil, l’exercice à double tranchant.
Mais il est la condition sine qua non de son avenir politique. Alors que les sondages révèlent la perplexité des Français sur cette affaire inédite (53 % des Français se disent opposés à un retour au premier plan de DSK), il sait que le temps est son meilleur allié. Les strauss-kahniens sont tous montés au front dimanche pour le répéter : leur champion a besoin de temps « pour se reconstruire ». « Laissons-le arriver, laissons-le souffler un peu ! », a imploré le maire de Sarcelles, François Pupponi.
Derrière ces incitations à la tempérance, une porte s’ouvre : les socialistes à l’unisson louent l’« expertise » et l’« expérience » de Strauss-Kahn en matière de crise financière. Son CV d’économiste, valorisé au ministère de l’Economie et des Finances (sous le gouvernement Jospin) et rodé au FMI, s’avère aujourd’hui son meilleur tremplin politique. Pierre Moscovici, l’un de ses fidèles aujourd’hui rallié à François Hollande, se dit « convaincu qu’à l’avenir, DSK sera utile à son pays, utile à la gauche et ses compétences reconnues trouveront à nouveau à s’employer ». De Martine Aubry à Manuel Valls, en passant par Ségolène Royal, aucun des candidats à la primaire n’envisage de se priver d’un tel atout face à Nicolas Sarkozy.
Un retour qui divise
À DROITE
Chantal Brunel, députée UMP : « Lorsque la justice américaine a annulé les charges contre lui, cela a choqué les Français, et surtout les femmes. Tout comme les pâtes à 100 dollars… Cela va laisser une tache indélébile au PS. »
Eric Besson, ministre UMP de l’Industrie (et ancien socialiste) : « Dominique Strauss-Kahn est un citoyen français qui a bien le droit de venir se ressourcer dans son pays après les mésaventures qu’il a connues aux Etats-Unis. »
Jean-François Copé, patron de l’UMP : « Les images de ces centaines de caméras braquées sur le visage de Dominique Strauss-Kahn de retour en France nous paraissent bien dérisoires, et bien décalées… »
Renaud Muselier, député UMP : « Savoir si M. Strauss-Kahn a le sourire en arrivant à l’aéroport, s’il arrive à semer la presse en prenant un avion qui n’est pas le bon et s’il va habiter chez lui à Paris ou chez des amis ! Je ne vois pas de message de fond pour les Français ! »
AU CENTRE
Jean-Louis Borloo, président du Parti radical : « Le feuilleton médiatique doit maintenant s’arrêter. A lui de savoir ce qu’il a à dire aux Français. C’est de sa seule décision et de sa seule responsabilité. »
À GAUCHE
Les strauss-kahniens
Jean-Christophe Cambadélis, député rallié à Martine Aubry : « L’amertume française, due à l’impression d’avoir été abandonné, sera surmontée. La sévérité des jugements à l’emporte-pièce se relativisera. L’injustice d’une condamnation médiatique, sans appel et sans preuves, pour un acte certes inapproprié et condamné par les Français, sera revisitée. »
Jean-Marie Le Guen, député rallié à François Hollande : « DSK n’est plus candidat à l’élection présidentielle. En tout état de cause, il ne reviendra pas à la vie politique classique avant plusieurs mois. »
Pierre Moscovici, député rallié à François Hollande : « Moi, je lui dis bienvenue. Je souhaite qu’il ait sa totale liberté pour retrouver les siens, pour retrouver la France et pour qu’il puisse se reconstruire lui-même. »
Christophe Borgel, strauss-kahnien rallié à Martine Aubry : « La campagne de la primaire va continuer à son rythme, au-delà de son retour. »
Jack Lang, député PS : « A travers les semaines, ils (DSK et Anne Sinclair, NDLR) ont fait preuve d’un courage, d’une qualité d’âme qui renforcent ma propre admiration, mon amitié. »
François Pupponi, maire PS de Sarcelles : « Il n’y a rien à fêter. DSK a traversé une période terrible, il a été injustement accusé, il a tout perdu. On attend de le revoir avec beaucoup d’affection. Mais laissons-le arriver, souffler un peu ! »
DSK n'est pas « indispensable » à la campagne présidentielle du Parti socialiste, selon Benoît ...
19 commentaires
Mais quelle honte....
Sourira bien qui sourira le dernier...
Comme celà doit etre dur , pour un SOCIALISTE (!!!) comme DSK , de ne plus savoir dans laquelles de ses nombreuses propriétés , il pourra enfin se reposer de ses misères et "jouir"...d'une relative tranquilité ? Washington , New-York(et pas dans le Bronx) , Paris ( et pas dans le 93) , Marrakech(et pas dans les souks) , etc.....
La grande majorité de la presse française a bien compris notre réelle inquiètude au sujet du devenir de DSK , au point de nous tenir informés,nano-seconde par nano-seconde de ses difficultés financières et autres .
L'ensemble des Français chomeurs , RMIstes et SDF compatissent du fond du coeur à ce pOvre DSK ainsi qu'à l'ensemble des miséreux du PS .De ce pas , nous montons un Collectif de soutien : "Ensemble-luttons-contre-la-misère-intelectuelle-du-Ps" , et nous (moi,mon chien et mon canari ) nous organiserons des manifestations de soutien dans TOUTE la France ....ç'est pas beau la solidarité !
avec tout son fameux talent dont on nous gave chaque jour il va nous concocter une allocution où le poids des mots choisis nous fera croire qu'il est innocent et surtout qu'il aime sa femme comme au premier jour.
Pourrait-on rappeler à DSK la citation de Saint Augustin "L'abstinence totale est plus facile que la parfaite modération" (sexuelle bien sûr). Nous les femmes serions ravies qu'il garde le silence et parte le plus loin possible en vacances pour une retraite à jamais et il nous donnera ainsi une preuve de sa mini intelligence. Notre confiance c'est terminé.
Quand je vois Hamon, porte-parole du PS, donner un avis teinté d'ironie sur DSK, sur sa présence, sur son éventuelle implication dans le débat politique et faire la moue comme s'il n'existait plus, je dis bravo le PS. Cet homme est vraiment à sa place!!! En anglais (car je suis un fin polyglotte hum !!) he is the right man in the right place. Traduction fantaisiste : avec un tel homme, on n'est pas fauché ! (surtout le parti !!)
Il aurait mieux fait de s'imposer le respect du aux femmes.
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seniorenforme, le 23 mai à 14:35
bercegayant, le 23 mai à 14:34
Des dossiers sous le bras ! ! ! On fanfaronne ? ? ?
oeildelynx, le 23 mai à 14:32
Oui, Bravo mais en s'en fout.Si vous voulez perdre votre temps à chercher des fautes ...
bercegayant, le 23 mai à 14:32
Enseignant à la philo mercantile ! ! Moralité pas bien brillante ! ! il ne ...
Bombarde, le 23 mai à 14:31
Et nous, on va "valser". Néanmoins, il faut toujours se méfier des impressions premières et des ...
nellyolson, le 23 mai à 14:18
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HeyBaal, le 23 mai à 14:20
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Bluesun, le 23 mai à 09:20
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pasloi, le 23 mai à 02:42
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rafale, le 22 mai à 18:30
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