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François Bayrou : "Voici ce que j'ai dit à Sarkozy"

La bataille du Centre

Exclusif

EXCLUSIF. Rien n’est encore officiel (et rien ne le sera avant décembre), mais c’est acquis : en 2012, François Bayrou sera candidat pour la troisième fois à l’élection présidentielle.

François Bayrou a répondu aux questions de France Soir
François Bayrou a répondu aux questions de France Soir SIPA

Encore faut-il qu’il écarte entre-temps de sa route l’ex-ministre de l’Ecologie Jean-Louis Borloo qui lui dispute le leadership du centre. Dans le dernier sondage Ifop pour France-Soir (nos éditions du 22 juillet), les deux hommes étaient en effet au coude à coude. Avec François Hollande comme représentant du PS, le président du parti radical recueillerait 7,5 % des intentions de vote et Bayrou 6,5 %. Si c’était Martine Aubry qui sortait vainqueur des primaires PS, Borloo aurait 8 % des intentions de vote et Bayrou, 7,5 %. Enfin, si c’était Ségolène Royal, c’est Bayrou cette fois qui serait en tête (9 %) tandis que Borloo serait sur ses talons (8,5 %).

Bayrou – qui vient de relire les épreuves d’un essai qu’il publiera à la rentrée chez Plon – en est convaincu : au centre, dès que les choses deviendront sérieuses, il n’y aura, bien sûr, qu’un candidat, et ce sera lui.

France-Soir. La France est-elle à l’abri, demain, d’une situation à la grecque ?

François Bayrou. La France n’est pas à l’abri du sort de la Grèce, du Portugal, de l’Espagne, de l’Italie. Si rien n’est fait, nous allons, à coup sûr, rencontrer les mêmes difficultés qu’eux. En 2007, j’avais déjà fait de cette question un élément central de ma campagne. Mais, par rapport à notre situation d’aujourd’hui, c'est presque un temps qu'on regretterait. Le déficit de la France était alors de
40 milliards. C’était déjà énorme. Or, cette année, il sera plus près de 150 milliards d’euros, c’est-à-dire qu’il a été presque multiplié par quatre.

F.-S. N’est-ce pas imputable d’abord à la crise ?

F. B. Selon la Cour des comptes, la crise ne représente qu’une petite part de notre déficit : de l’ordre de 30 milliards. Notre déficit est donc principalement la conséquence denos déséquilibres de long terme. Il est étroitement lié à une question clé : le commerce extérieur de la France s’effondre mois après mois, aggravant sans cesse nos déséquilibres. Toutes les semaines, ce sont des milliards d’euros qui s’en vont de notre pays. Quand on en est là, comment peut-on espérer - sinon en empruntant à tour de bras - conserver notre modèle social, notre niveau de vie, nos services publics ? Cette situation appelle une prise de conscience générale. Pour l’instant, l’euro nous protège. Si l’euro n’existait pas, le château de sable se serait déjà écroulé…

F.-S. On ne peut pas emprunter sans fin…

F. B. C’est pourtant là que nous en sommes ! Ce n’est pas sans raison que j’ai, depuis quatre ans, multiplié les alarmes sur la situation du pays. Ce qui est incroyable dans cette situation, c’est que certains à gauche demandent à dépenser plus : elle annonce des emplois publics supplémentaires par centaines de milliers ! Aujourd’hui, entre les candidats PS, c’est un débat adapté à la campagne de 1995 ou à celle de 2002, pas à celle de 2012. Un certain nombre d’entre eux le savent très bien d’ailleurs !

F.-S. Vous avez été reçu lundi à l’Elysée par Nicolas Sarkozy pour évoquer justement la question de la dette. Que lui avez-vous dit ?

F. B. J’ai parlé longuement avec Nicolas Sarkozy du risque que fait courir à l'euro laréponse insuffisante qui a été trouvée pour la Grèce. Je lui ai aussi parlé de la « règle d’or » que je réclame en réalité depuis 2002. Pour moi, il s’agirait d’inscrire dans la Constitution la règle selon laquelle, quand la croissance est là, le déficit budgétaire est interdit, du moins en matière de dépenses de fonctionnement. A la limite, on peut imaginer que, pour investir, on puisse emprunter. Et en temps de récession, on pourrait aussi, s’il le faut, réinjecter de l’argent public. Ce n’est pas vraiment le dispositif que le gouvernement a adopté. Ce n’est pas le texte simple et clair que j’aurais souhaité. Mais c’est un pas dans la bonne direction. J’ai dit à Nicolas Sarkozy qu’à sa place j’irais au Congrès pour mettre tous les élus, de quelque bord qu’ils soient, en face de leurs responsabilités. C’est un moment grave pour le pays, une question essentielle. Je lui ai donc indiqué que, même si le texte n’était pas celui que j’aurais souhaité, je le voterais. Pour être en cohérence avec ce que j’ai dit depuis des années.

F.-S. Cette réunion du Congrès, le PS la dénonce comme un « piège »…

F. B. Je ne fais pas passer la politique politicienne avant les intérêts essentiels du pays. Ce n’est pas un piège pour le PS. La situation d’aujourd’hui, c’est un piège pour 65 millions de Français.

F.-S. Y aura-t-il encore des marges de manœuvre pour le vainqueur de 2012 ?

F. B. Oui, il en restera. Mais toutes les promesses qui ne prendront pas en compte la nécessité de reconstruire le pays sur des bases saines seront autant de promesses vaines.

F.-S. L’affaire de la dette est-elle « le » nouveau clivage ?

F. B. Je pense, depuis longtemps, que le clivage gauche droite n’a plus de sens parce que, dans les deux camps, il y a des gens qui pensent des choses radicalement différentes. Or l’élection présidentielle va se jouer sur ces questions de fond. Elle doit faire naître une approche politique nouvelle, que je porte et je recommande depuis des années.

F.-S. Nicolas Sarkozy, que vous avez tant combattu, a-t-il changé ?

F. B. En 2007, je me suis opposé à Nicolas Sarkozy parce que les valeurs qu’il proposait à la France étaient en contradiction avec ce que je crois : une place excessive accordée à la réussite matérielle, à l’argent, une manière de tourner le dos à une partie de notre histoire culturelle et sociale, le choix de favoriser les inégalités, sans compter un système de gouvernement absurde qui consistait à concentrer tous les pouvoirs entre les mêmes mains avec un gouvernement effacé. Il était le président d’un parti au lieu d’être le président d’un pays. A-t-il changé ? Les hommes peuvent-ils changer ? Il est sans doute plus retenu, et moins caricaturalement du côté des intérêts catégoriels. Sur le fond, a-t-il compris qu’un président de la République c’est quelqu’un qui doit rassembler et proposer une vision ? Sa démarche s’inscrit toujours dans cette guerre d’un camp contre l’autre. Moi, je pense qu’il faut changer la politique de la France. Lui pense qu’il faut continuer. Entre nous, c’est une contradiction majeure.

F.-S. Serez-vous candidat en 2012 ?

F. B. Je m’exprimerai à la rentrée sur ce que je considère comme essentiel pour la France. Le processus de l’élection présidentielle suivra. Aujourd’hui, je ne veux pas faire partie de ce manège de chevaux de bois, avec ceux qui montent, descendent, puis disparaissent. Ça tourne, ça tourne… Nous sommes dans le temps de la prise de conscience pour le pays. Le temps des réponses viendra à la fin de l’année quand les choses deviendront sérieuses.

F.-S. Au centre, vous êtes concurrencé par Jean-Louis Borloo…

F. B. Vraiment ? Nos démarches ne sont absolument pas les mêmes. Lui, il a été depuis dix ans un des piliers de la majorité actuelle. Ses amis et lui ont tout approuvé, tout voté, tout applaudi, tout ce qui a été, pour moi, des motifs lourds d’opposition. Aujourd’hui, il y a une querelle à l’intérieur de la majorité. C’est leur affaire. Ce dont la France a besoin, c’est d’un renouvellement profond, pas d’une guerre intestine entre radicaux et UMP. Dans une élection présidentielle, deux questions comptent : quel est le chemin ? Qui propose ce chemin ? Le chemin, je vous en ai parlé. Pour le reste, ce qui importe, c’est de savoir si celle ou celui qui parle aux Français a fait preuve dans sa vie de cohérence, celle qui garantit que sa conduite ne relève pas de l’opportunisme ou dela rancœur, que ce n’est pas une girouette qui tourne avec le vent.

F.-S. Y a-t-il des socialistes avec lesquels vous pourriez dialoguer ?

F. B. Il y en a beaucoup. Ce sont des gens que je respecte comme il y a beaucoup de gens que je respecte à l’UMP. Ce qui se dessine, c’est la majorité qu’il faudra pour la France : une majorité centrale, et non plus une majorité de camp contre camp. Mais pour cela, il faut que les socialistes comprennent que cette majorité centrale est incompatible avec un certain nombre de thèses en leur sein ou chez leurs alliés.

F.-S. Si vous n’êtes pas présent au second tour, ferez-vous un choix cette fois-ci entre les deux finalistes ?

F. B. Tout le combat que je mène, c’est pour être au second tour. Si ce n’était pas le cas, collectivement, nous ferions évidemment un choix.

F.-S. Pensez-vous comme Nicolas Sarkozy que la France glisse à droite ?

F. B. Glisser, ce n’est pas le mot. Mais, c’est vrai, il y a un déplacement vers plus d’autorité, plus de rigueur, plus de repères. Les gens exigent que ceux qui sont en charge de l’autorité fassent leur travail, et c’est absolument légitime.

F.-S. Est-ce que cela ne met pas un candidat du centre en porte-à-faux ?

F. B. Au contraire ! Le centre, c’est le seul lieu où l’on soit capable de prendre en compte les attentes des deux bords. Le centre, ce n’est pas le « ni ni ». Des deux côtés, il y a des attentes légitimes.

Propos recueillis par Dominique de Montvalon, Christine Ollivier
C'est sur France Soir !

Réactions à cet article6 commentaires

  • Par Anonyme-77656, le 28 jui à 09:08

    Anonyme-77656
    Enfin, un peu de bon sens !

    Et pourtant, F B a bien peu de chance d'être entendu ! C'est "trop" raisonnable, pas assez polémiste.... Il faut faire du sensationnel, du bruit, du choquant pour que le grand public tende l'oreille et perçoive le bon sens qui n'en aurait qu'en privé !



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  • Par LeCanard76, le 28 jui à 09:18

    LeCanard76
    L'extra terrestre

    La faculté de pousser des portes ouvertes a son leader depuis des années. Mettre une heure a répondre à une question simple où la majorité d'entre nous répondrait par deux ou trois mots... Il faut être député professionnel avec une bonne rémunération pour entretenir le néant d'une phylosophie vaseuse. D'ailleurs, dans le Béarn, ils l'ont bien compris car ce type issu de Pau a pris une culotte mémorable aux élections. Incapable de se faire élire dans son fief et ça donne des conseils politiques... A mourir de rire !



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  • Par Anonyme-77656, le 28 jui à 13:17

    Anonyme-77656
    je retourne ma veste

    à force de tourner sa veste dans tous les sens,il finit par tourner en rond!

    à gauche ,à droite, méme au bon dieu :personne en veut!



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  • Par Anonyme-77656, le 28 jui à 17:13

    Anonyme-77656
    Oui !

    Encore une fois, c'est trop raisonnable et trop sensé pour plaire aux hurleurs insensés. A ceux qui se pourlèchent des inégalités et des divisions. Mais quoiqu'ils en déplaise aux trolls stipendiés par les officines électorales de droite et de gauche, l'idée fait son chemin... Et le temps des surprises n'est pas révolu



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  • Par Anonyme-77656, le 28 jui à 19:12

    Anonyme-77656
    Ce n'est pas gagné en effet!

    Le Libdem anglais a commis la même erreur que les lâches du Nouveau Centre qui préfèrent s'allier à l'UMP plutôt qu'affronter la sanction démocratique, le choix des électeurs. Même si le contexte est différent.

    Il faut du courage et des convictions pour accepter d'être battu pour ses idées, accepter d'être isolé, plutôt qu'entouré d'opportunistes... Ce sont eux qui ont retourné leur veste et lâché ceux qui les ont soutenus.



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  • Par Anonyme-77656, le 30 jui à 05:10

    Anonyme-77656
    FRANCOIS BAYROU

    quoiqu en disent certain, est certainement l un des plus raisonnable; mais justement il est trop raisonnable pour être entendu!!



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Publié : 28/07/11 - 07h05
Mis à jour : 28/07/11 - 16h26
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