1. Le « ticket » Joly-Duflot
On les attendait rivales, prêtes à s’affronter pour brandir le drapeau écologiste en 2012. Raté. La nouvelle adhérente d’Europe Ecologie, l’ex-magistrate Eva Joly, et la secrétaire nationale des Verts, Cécile Duflot, ont affiché leur entente à Nantes lors des journées d’été des Verts. C’est un véritable pacte qu’ont conclu les deux femmes : la première devrait être candidate à la présidentielle quand la seconde prendra les rênes de la nouvelle formation unifiant Europe Ecologie et Verts qui verra le jour officiellement à Lyon les 13 et 14 novembre. Devant cette répartition des rôles qui ne lui laisse guère d’espace et, à ses yeux, fait trop de place à l’extrême gauche, Daniel Cohn-Bendit a annoncé qu’il « démissionnait de son poste de Zorro ».
2. La croissance revue à la baisse
Le gouvernement tablait sur une croissance de 2,5 % en 2011. Ce sera plutôt 2 %. Alors que le chômage devrait frôler les 10 % en fin d’année, cela rend d’autant plus compliqué le bouclage du budget de l’Etat pour l’an prochain. Le gouvernement va devoir trouver en septembre « entre 3 et 3,5 milliards d’euros supplémentaires » d’économies, selon le ministre du Budget, François Baroin. Car l’Elysée a été clair : « La réduction du déficit public à 6 % du PIB en 2011, quel que soit le niveau de la croissance, constitue un objectif majeur. » Il est vrai que Paris n’a guère le choix : la France est plus que jamais sous l’œil des marchés et des agences de notation.
3. A la recherche de 10 milliards d’euros
C’est désormais officiel, à la rentrée, il y aura un sérieux « coup de rabot » de 10 milliards d’euros sur les niches fiscales et sociales. Le gouvernement reste encore muet sur les dispositifs qui seront concrètement touchés, les ultimes arbitrages étant attendus pour la mi-septembre. Une chose est sûre : seront épargnés le crédit d’impôt recherche, les exonérations pour l’emploi d’un salarié à domicile, la TVA réduite à 5,5 % dans la restauration et pour la rénovation de logements. Le gouvernement a en revanche annoncé au cœur de l’été la suppression du crédit d’impôt sur les intérêts d’emprunt immobilier ainsi que la possibilité pour les familles dont un enfant est étudiant de cumuler demi-part supplémentaire (pour leur déclaration d’impôt) et allocation logement. Reste à savoir désormais s’il s’attaquera aux exonérations dont bénéficient les bas de laine des Français : livret A, assurance vie, plans d’actions…
4. L’offensive sécuritaire
Nicolas Sarkozy a donné le ton le 30 juillet à Grenoble en décrétant une « guerre nationale » contre les « voyous ». Venu installer le nouveau préfet de l’Isère après les émeutes qui ont éclaté dans la ville mi-juillet, le chef de l’Etat sort l’artillerie lourde – déchéance de nationalité pour ceux qui attenteraient à la vie de policiers, extension des peines planchers – et fait le lien entre immigration et insécurité. Ces propositions seront présentées au Parlement dès septembre, dans le cadre de la loi sur la sécurité intérieure (Loppsi), et de celle sur l’immigration. Dans la foulée, les suggestions en forme de surenchères se multiplient à droite : extension de la déchéance de nationalité aux polygames (Brice Hortefeux), condamnation pénale des parents de mineurs délinquants (Eric Ciotti) ou mise à l’amende des maires qui ne rempliraient pas « leur obligation de prévention de la délinquance » (Christian Estrosi). Du coup, l’Elysée est condamné à recadrer le débat. Ce sera « tout le discours de Grenoble » mais « rien que ce discours », résume Eric Besson.
5. Roms et gens du voyage en ligne de mire
C’est une flambée de violences, les 17 et 18 juillet à Saint-Aignan (Loir-et-Cher), qui a mis le feu aux poudres. Des gens du voyage, furieux de la mort d’un des leurs, tué par un policier au cours d’une course-poursuite, attaquent une gendarmerie. La réaction ne se fait pas attendre et elle est musclée. Sarkozy convoque une réunion à l’Elysée sur les « problèmes que pose le comportement de certains parmi les gens du voyage et les Roms ». Y sont décidées l’expulsion « quasi immédiate » des Roms, des immigrés de nationalité roumaine ou bulgare pour la plupart, et le démantèlement de la moitié des 600 campements illégaux – de Roms comme de gens du voyage – dans les trois mois. Quinze jours plus tard, Brice Hortefeux assure en avoir déjà évacué quarante. Quand les gens du voyage, citoyens français, protestent contre l’amalgame et soulignent le manque d’aires de stationnement pour leurs caravanes malgré les obligations légales, les premiers Roms sont expulsés par avion, avec en poche une « aide au retour humanitaire » de 300 €. Mais l’Union européenne met en garde Paris, prié de respecter la liberté de circulation de ces citoyens européens. En France, la brutalité des évacuations émeut à gauche, mais aussi à droite.
6. La discrétion du PS
Cet été le Parti socialiste est resté en retrait, malgré l’offensive sécuritaire du gouvernement. Pas question de tomber dans le « piège » tendu par Nicolas Sarkozy, explique Christophe Borgel, chargé de porter la voix du PS pendant les vacances de Martine Aubry. La première secrétaire entend répliquer sur le terrain social lors des journées d’été qui s’ouvrent vendredi à La Rochelle. Mais, déjà, les primaires qui doivent désigner le futur candidat socialiste sont dans toutes les têtes. En coulisse se joue un bras de fer entre Martine Aubry et Dominique Strauss-Kahn. Le mieux placé des deux se présentera aux primaires en 2011. Pour l’heure, « DSK » fait la course en tête : 30 % des Français placent le patron du FMI en tête des candidats susceptibles de représenter le PS en 2012, selon un sondage Ifop pour Dimanche Ouest-France, loin devant Aubry (13 %) et Ségolène Royal (8 %), toujours en embuscade.
7. Pour Matignon, le scénario Alliot-Marie
Vendredi, Nicolas Sarkozy a profité de la réunion de Brégançon sur la situation économique pour avoir un long tête-à-tête avec son Premier ministre, François Fillon. Le chef du gouvernement va-t-il quitter Matignon à la faveur du prochain remaniement, à l’automne ? Rien n’est encore joué, d’autant plus qu’il reste populaire. Mais une chose est certaine : depuis cet été, le nom de Michèle Alliot-Marie, actuelle ministre de la Justice, revient avec insistance (voir notre dossier du 18 août).
8. Le silence d’Eric Woerth
Après des semaines passées à faire les gros titres de la presse dans l’affaire Bettencourt (et à en souffrir), le ministre du Travail, Eric Woerth, a connu cet été un répit… relatif. Alors qu’il était en vacances à Chamonix (Haute-Savoie), il a tout de même été sommé de se défendre à plusieurs reprises. L’UMP dénonce un « acharnement ». Le ministre, qui a abandonné sa casquette de trésorier du parti présidentiel fin juillet, paraît plus affaibli que jamais. Dans ces conditions, va-t-il pouvoir porter la réforme des retraites, examinée à l’Assemblée à partir du 7 septembre ? En principe, oui.
9. La guerre des retraites aura bien lieu
Le bras de fer annoncé sur la réforme des retraites aura bien lieu le 7 septembre prochain. Tous les syndicats ont appelé à une nouvelle journée de grève et de manifestations, au moment où le Parlement commencera l’examen du projet de loi qui doit reculer de 60 à 62 ans l’âge de départ légal. Sarkozy a exclu de revenir sur cette mesure symbolique, mais se dit prêt à discuter des aménagements pour les carrières longues ou les métiers pénibles. A la SNCF, les quatre syndicats représentatifs (CGT, UNSA, SUD-Rail et CFDT) mobilisent déjà leurs troupes, alors que SUD et FO ont déposé un préavis de grève illimitée à la RATP.
10. Passage de relais en famille au FN
La campagne interne est lancée et Jean-Marie Le Pen ne cache plus sa préférence : il souhaite que sa fille Marine lui succède à la tête du Front national. Bruno Gollnisch, l’outsider, aura donc du mal à se faire entendre d’ici au Congrès de Tours, les 15 et 16 janvier prochains. En attendant, le FN espère engranger les bénéfices électoraux du virage sécuritaire du gouvernement. « Les Français ont bien compris que, depuis 2007, Nicolas Sarkozy chante en play-back » (sur les propositions de l’extrême droite), martèle Marine Le Pen.