France-Soir. Considérez-vous que le gouvernement a gagné son bras de fer avec les syndicats sur la réforme des retraites ?
Laurent Wauquiez. Il n’y a pas eu de bras de fer. Il n’y a, aujourd’hui, ni vainqueurs ni vaincus. Tout le monde a fini par comprendre qu’il était incontournable de faire un effort sur l’âge de la retraite : c’est indispensable pour assurer la pérennité de notre système par répartition, si on y tient.
F.-S. Mais Nicolas Sarkozy ne va-t-il pas, après le vote final, crier victoire ?
L. W. Il n’avait aucun intérêt politique à ouvrir ce dossier. Demander des efforts n’est jamais gratifiant. En tout cas, il y a une chose que l’on ne peut pas reprocher à la majorité : elle a prouvé à plusieurs reprises qu’elle assumait les difficultés, sans se dérober.
F.-S. Le PS, par la voix de Ségolène Royal, a affirmé catégoriquement jeudi qu’il rétablirait l’âge légal de départ à 60 ans en cas de retour au pouvoir…
L. W. Comme d’habitude, le PS se montre régressif dès qu’il s’agit de réformes. Je pèse mes mots : j’accuse Martine Aubry de trahir le pacte social français. Oui, elle promet de revenir à 60 ans, mais sans garantir le niveau des pensions. Elle propose donc des retraites au rabais. D’une façon générale, le PS passe son temps à s’opposer en refusant toute logique constructive. Prenez trois réformes simples : celle de l’autonomie des universités, celle du service minimum, celle de Pôle emploi. Or personne –je dis bien personne – ne militera demain pour la remise sous tutelle des universités, pour le retour ANPE-Assedic ou pour la suppression du service minimum. Pourtant, le PS avait chaque fois crié à la catastrophe. Ce parti est, en Europe, un dinosaure.
F.-S. Vous, où vous situez-vous politiquement ?
L. W. J’appartiens à la droite sociale, qui se différencie clairement de la droite libérale. On retrouve cette sensibilité chez des gaullistes comme André Malraux ou Philippe Séguin, ainsi que chez les centristes et les héritiers de la démocratie chrétienne. Elle repose sur une conviction : les classes populaires et les classes moyennes doivent être prioritaires. Notre obsession, c’est de les aider, mais sans tomber dans une politique d’assistanat. Un exemple : nous proposons de financer les permis de conduire de personnes en recherche d’emploi. En contrepartie, elles doivent s’engager à accepter un poste dans un périmètre plus large que prévu. Avec ce type de mesure, c’est vérifié, on double ses chances de retrouver un emploi.
F.-S. Avez-vous des états d’âme relativement au virage sécuritaire du gouvernement ?
L. W. Je n’en ai aucun. Les thèmes liés à la sécurité ne sont pas le monopole de l’extrême droite. Si on laissait cette idée s’installer, on ferait le lit du Front national. Cela ne me semble pas anormal qu’on demande à quelqu’un qui vient d’acquérir la nationalité française de ne pas tirer sur les forces de l’ordre. Mais, parallèlement, nous devons améliorer l’intégration des personnes que la France décide d’accueillir.
« Il doit y avoir deux Sarkozy »
F.-S. La politique du gouvernement à l’égard des Roms est violemment critiquée…
L. W. Je suis choqué par la dérive laxiste du PS. A Lille, Martine Aubry avait demandé, avant la polémique, une expulsion de Roms. Elle a changé d’avis dès que les médias se sont intéressés à la question. La première secrétaire d’un des principaux partis politiques de France a donc demandé au préfet de ne pas appliquer la loi. C’est surréaliste. Il est indispensable de lutter contre l’occupation illégale de terrains, tolérée depuis près de vingt ans de façon totalement scandaleuse. Mais nous devons aussi favoriser l’insertion des Roms. Premièrement, en faisant pression sur le gouvernement roumain afin qu’il se préoccupe de l’intégration de ses citoyens. Deuxièmement, en utilisant le Fonds social européen pour mettre en place une politique d’emploi à l’intérieur de nos frontières.
F.-S. Comment avez-vous réagi en apprenant que le siège de l’UMP avait été perquisitionné dans le cadre de l’affaire Bettencourt ?
L. W. La justice fait son travail, de façon parfaitement légitime. Je suis très serein. Je connais bien Eric Woerth, c’est quelqu’un de sincère, d’honnête, de rigoureux. On se demande s’il est intervenu pour obtenir une décoration de Légion d’honneur pour Patrice de Maistre ; ce débat est ridicule. Il faut se concentrer de nouveau sur les vrais enjeux.
F.-S. Vous avez pris la défense de Xavier Bertrand, vivement attaqué par Jean-François Copé. Que se passe-t-il à l’UMP ?
L. W. S’occuper d’un parti et devoir assumer des responsabilités politiques en même temps, c’est la tâche la plus ingrate. Lionel Jospin et François Hollande l’ont vécu avant Xavier Bertrand. Dans la vie politique et médiatique, on a tendance à valoriser les « snipers », de préférence s’ils tirent contre leur camp. Je n’aime pas ça. Xavier Bertrand a été loyal envers la majorité ; qui peut le lui reprocher ?
F.-S. Un remaniement ministériel est, dit-on, imminent…
L. W. Je reste zen et lucide. La politique de l’emploi existait avant moi, elle existera après. Evitons l’agitation.
F.-S. Nicolas Sarkozy est la cible de critiques tous azimuts, et parfois d’une extrême violence…
L. W. Quand j’entends parler du président de la République, je me dis qu’il doit y en avoir deux. Celui avec lequel je travaille est quelqu’un de déterminé dans l’action, très préoccupé par l’intérêt général. On lui reproche d’être bling-bling, alors qu’il a gardé des goûts extrêmement simples et qu’il est loin d’être un adepte des dîners protocolaires. Alors ce que certains disent de lui me fait sourire. Mais peu importe : en politique, contrairement aux idées reçues, c’est la vérité de la personne qui, sur la durée, prédomine.
Par
Propos recueillis par Marie-Laure Hardy et Dominique de Montvalon