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Mercredi 22 octobre, 17:26
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Addiction aux jeux d'argent : L'analyse d'un médecin

Santé


Une étude publiée récemment montre que 600.000 Français connaissent des problèmes avec les jeux d'argent et de hasard. Le docteur Abdou Belkacem, spécialiste des addictions, apporte son éclairage sur un phénomène étudié depuis peu.

Les problèmes d'addiction aux jeux d'argent ne sont étudiés que depuis peu de temps (illustration)
Les problèmes d'addiction aux jeux d'argent ne sont étudiés que depuis peu de temps (illustration) SIPA/Jasper James / Mood Boa

La première enquête réalisée en France sur les addictions aux jeux d'argent a été dévoilée vendredi 16 septembre. L'Observatoire français des drogues et des toxicomanies (OFDT) a étudié ce phénomène dans le cadre du Baromètre santé 2010 de l'Institut national de prévention et d'éducation pour la santé (Inpes). Les conclusions ont de quoi inquiéter : 600.000 personnes possèdent des problèmes avec ce type de divertissements, parmi eux, 200.000 sont qualifiés de joueurs « excessifs ».

Le docteur Abdou Belkacem, addictologue au centre hospitalier de Sèvres, répond aux questions de France-Soir.fr sur la dépendance aux jeux d'argent et de hasard.

France-soir.fr : Avez-vous remarqué une hausse de vos consultations pour des problèmes d'addiction aux jeux d'argent ?

Abdou Belkacem : Oui, je reçois plus de patients pour des problèmes liés au jeu depuis plusieurs mois, même si ce type d'addiction ne représente pas plus de 10 % des malades que je traite, par rapport aux autres addictions liées aux psychotropes, comme l'alcool et les drogues. D'après l'étude réalisée par l'OFDT, entre 0,5 et 1 % de la population générale est concernée par la dépendance au jeu, soit 600 000 personnes. Il est difficile d'évaluer clairement cette recrudescence à une échelle globale et nationale, mais à mon niveau, je constate effectivement une hausse.

F.S. : Comment soigne-t-on la dépendance aux jeux ?

A.B. : Le soin apporté dépend du diagnostic. Il faut d'abord distinguer deux types de patients. La première catégorie regroupe les joueurs problématiques, qui sont légèrement touchés par l'addiction. Ils se rendent compte de leur problème mais n'ont pas subi trop de pertes et peuvent encore se contrôler. Pour eux, de simples consultations pour dialoguer et leur apporter un discours préventif suffisent. En revanche, pour la deuxième catégorie, celle des joueurs pathologiques, les soins sont beaucoup plus lourds et longs. Il s'agit de patients qui ont perdu le contrôle, qui ont misé et perdu beaucoup d'argent, et qui se trouvent dans une phase de désespoir. Leur état est également lié à une dépression. Il faut donc soigner cette dépression, leur donner un traitement médicamenteux et les encadrer au plus près. Les actions menées pour les aider dépassent parfois le cadre médical. Des mesures de protection judiciaire peuvent être prises, comme l'interdiction de jouer, car certains arrivent chez nous au bord de la ruine.

Un contexte social souvent déterminant

F.S. : Quelles sont les explications de cette addiction ?

A.B. : Il y a souvent des facteurs sociaux qui entrent en jeu. Au départ, les patients que je soigne sont fragilisés. Ils vivent des situations difficiles et subissent un quotidien pénible. Pour s'évader et oublier leurs soucis, ils se réfugient dans le jeu. L'addiction intervient également après un déclic associé à un gros gain, obtenu avec une petite mise. Le fait de gagner une énorme somme d'argent en jouant procure à certains une forte sensation de plaisir, ceux qui souffrent de dépendance veulent retrouver à tout prix ce sentiment.

F.S. : Peut-on dresser un profil type du joueur compulsif ?

A.B. : Toutes les catégories socioprofessionnelles sont concernées. Les plus défavorisés sont ceux qui misent les sommes les plus importantes. S'il fallait faire ressortir un profil, il s'agirait d'un homme dont l'âge se situe entre 40 et 45 ans. Il peut aussi exister des antécédants familiaux.

L'addiction se soigne bien

F.S. : Les traitements sont-ils efficaces ?

A.B. : Il va falloir du temps pour vérifier l'efficacité des traitements à grande échelle. La récente étude de l'OFDT est la première réalisée en France, le phénomène est analysé depuis peu de temps chez nous. A mon niveau, je dirais que oui, les traitements portent leurs fruits. L'addiction au jeu se soigne mieux que l'addiction aux psychotropes. Deux paramètres rendent parfois difficiles le traitement : une dépendance simultanée à d'autres produits, comme le tabac et l'alcool, et l'absence de produits de substitution, qui existent par exemple pour soigner l'addiction à la drogue.

F.S. : Quels conseils donneriez-vous aux joueurs, pour les mettre en garde contre une éventuelle dépendance ?

A.B. : Les joueurs doivent se poser deux questions sur leur comportement :

1-Suis-je capable de m'arrêter ?

2-Suis-je arrivé à la transgression, c'est-à-dire au mensonge, au cumul de dettes pour parier, etc. ?

Si ces deux interrogations amènent des doutes, les personnes concernées doivent en parler avec un soignant. Je tiens par ailleurs à souligner l'importance de l'entourage des malades. Nous recevons bien sûr les personnes concernées elles-mêmes par une addiction au jeu, mais nous pouvons aussi écouter leurs proches et leur apporter des réponses.

Le docteur Abdou Belkacem et les professeurs Michel Reynaud et Jean-Luc Venisse ont écrit un ouvrage intitulé Du plaisir du jeu au jeu pathologique : 100 questions pour mieux gérer la maladie. Le livre est paru en mai dernier aux éditions Maxima. Les trois auteurs analysent avec précision et de manière concrète le phénomène de dépendance au jeu. Ils apportent des réponses aux patients et leurs proches sur l'addiction.

Propos recueillis par Christophe Binet

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Réactions à cet article6 commentaires

  • Par Anonyme-77656, le 22 sep à 13:29

    Anonyme-77656
    les miracles de la médecine !

    Heureusement qu'on a tous ces experts aujourd'hui qui couvrent tout le champ de l'activité humaine et vous expliquent pourquoi vous êtes malade et vous devez vous soigner ! Tiens j'ai même connu un garçon qui comprenait pas ce qu'on pouvait bien faire sur cette planète !Et bien la médecine a conclu qu'il souffrait d'une sévère addiction à la métaphysique et croyez moi on l'a vite guéri :100heures de télé par jour ,secret story à hautes doses ,et lectures nocturnes de Michel Onfray ,il s'en est vite sorti le malheureux qui était dans un état ! Bon il a rechuté mais juste un peu ,il s'est mis à la poésie mais pas la bonne hein ,du Vigny du Baudelaire,Du Jammes !on le soigne avec de bons espoirs de le tirer de là :Prévert ,benjamin Perret ..vous allez voir il va aller bien mieux !je vous tiens au courant ...



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  • Par Anonyme-77656, le 27 sep à 17:06

    Anonyme-77656
    Gambling France : questions

    Gambling France : questions réponses

    Alors que l’Observatoire des drogues (OFDT) vient de publier une étude sur l’addiction au jeu qui pose problème sur de nombreux aspects ( scientifique, épistémologique, méthodologique…) et avant la clause de revoyure et les propositions du sénateur Trucy qui ne manqueront d’aborder la question du jeu responsable ; questions réponses sur le jeu excessif


    LE JEU N’EST PAS UNE MALADIE :

    jeu pathologique, compulsif, addictif…attention aux idées reçues

    -------

    Jean-Pierre Martignon-Hutin ,sociologue


    1. Au niveau de la pathologie du jeu les sites de paris en ligne sont-ils dangereux?


    
Pas plus que les autres jeux d’argent. Après la roulette, les machines à sous… les jeux en ligne sont présentés comme les nouveaux démons de l’enfer du jeu, par la doxa du jeu pathologie maladie. En réalité le jeu et son support sont neutres. Sans joueur, pas de jeu. C’est le joueur qui donne sens au jeu comme l’a démontré le philosophe Jacques Henriot. Les pratiques ludiques excessives ne viennent donc pas du jeu lui-même ou de son support mais de la biographie, de l’histoire du joueur et de nombreux autres éléments ( socialisation ludique primaire, rapport à l’argent , croyances, culture ludique familiale, groupale…). Par contre le jeu peut mettre en lumière, voire exacerber des problèmes personnels, financiers ou conjugaux par exemple. 
Le jeu donne à voir sur notre société mais il serait illusoire et réducteur d’avoir la prétention de traiter les problèmes sociaux en médicalisant le jeu et les pratiques ludiques de nos contemporains. Par ailleurs en assimilant le jeu à une pathologie on déresponsabilise les joueurs. ( c’est pas ma faute , je suis malade du jeu) tout en dédouanant pour partie les opérateurs, responsables mais pas coupables.


    
2. Vous refusez de parler de joueur pathologique... ?

    Epistémologiquement le terme jeu problématique est plus neutre et évite d’associer ipso facto le jeu à une maladie sans pour autant nier le « problème ». Lors de l’expertise Inserm j’ai beaucoup bataillé contre la doxa du jeu pathologie maladie qui refuse de réinterroger son dogme scientiste, jeu = drogue = addiction. Je conteste la doxa du jeu pathologie maladie en conflit d’intérêts dans cette affaire. Les études sur le jeu excessif souvent contradictoires - ce qu’oublie de préciser la doxa - prétendent qu'il y « aurait » entre 1 et 3% de joueurs addicts. Comme par hasard – on ne trouve que ce que l’on cherche - l’Observatoire des drogues tombe dans cette fourchette, mais à nouveau comme par hasard dans le bas de cette fourchette (1,3%) pour ne pas trop gêner le principal opérateur national la FDJ. Drôle de fourchette en réalité qui varie du simple au triple et permet toutes les manipulations. Sommes-nous ici dans la rigueur scientifique ou dans le lobbying ? Plus globalement dans notre société du care ( soin mutuel), certains médicalisent – dans ce domaine comme dans d’autres - les pratiques sociales et culturelles de nos contemporains pour donner bonne conscience aux autorités politiques mais aussi pour faire de l’argent. C’est le business du jeu compulsif, publique et privé. Cette collusion d’intérêts est scandaleuse. C’est l’ensemble des causes et conséquences ( positives et négatives) du gambling qu’il faut étudier sans a-priori et c’est à l’Observatoire des jeux de faire ce travail non à l’Observatoire des drogues qui de par la nature de sa mission va avoir tendance à voir de l’addiction partout. L ‘OFDT est un organisme indispensable vu le fléau que représente la drogue. Il devrait même accroitre sa mission qui est de lutter contre la toxicomanie et non de proposer des salles de shoot comme l’a fa fait Jean Michel Costes ( l’ex directeur de l’OFDT) avant d’être remercié. Mais l’observatoire des drogues n’a pas vocation me semble t il à traiter de l’ensemble des passions et pratique culturelles des français, même quand elle sont jugées excessives. Confier l’étude du jeu à un observatoire des drogues, faut quand même avoir l’esprit tordu. Bonjour la symbolique pour le secteur concerné et pour l’Etat. Après l’Etat Croupier l’Etat dealer ?

    Par ailleurs rappelons car c’est pas anodin que plusieurs millions d’euros ont été soudainement versés au centre de Nantes par la Française des jeux en pleine expertise Inserm, qu’une légion d’honneur a été accrochée par Eric Woerth ( alors en charge du projet de loi sur les jeux en ligne) à Marmottan au bon moment. L’étude de l’Observatoire des drogues qui vient de sortir après des mois d’attente a elle aussi été décidée dans des circonstances et temporalités curieuses et s’inscrit dans un lobbying opportuniste parisien qui pose question. Elle pose en outre de sérieux problèmes épistémologiques et méthodologiques sur lesquels nous reviendrons prochainement dans une autre contribution. Même JF Lamour dans son dernier rapport a reconnu les lacunes et limites de cette étude de 8 pages, avant même sa publication . Tout cela n’est pas très net. La politique des jeux de la France, le secteur économique concerné, l’intérêt général, les joueurs et la recherche sur le jeu, méritent de notre point de vue un autre traitement.


    
3. L'approche médicale pour parler du jeu et de son environnement ne convient donc pas?



    Non, il faut une approche socio-anthropologique, économique, historique...du gambling. Une approche pluridisciplinaire du jeu : passion humaine ancestrale, fait social et culturel. Il y a danger à aborder ces jeux à travers la problématique de l’addiction. Car une fois acceptée comme entité morbide individualisée, les jeux de hasard sont analysés comme des formes plus ou moins graves de pathologie. Par ailleurs historiquement il faut savoir que le jeu pathologique est un construit social qui vient, pour la période contemporaine, du lobby des psychiatres américains et de certaines associations anti jeu


    

4. Vous ne pouvez pas contester qu'il y a des personnes chez qui le jeu pose problème?

    

On enfonce des portes ouvertes toute pratique excessive « peut » être dangereuse….. dans le jeu comme ailleurs et effectivement des sujets joueurs jouent beaucoup. Encore faudrait il définir cette excessivité. Il ne suffit pas de demander naïvement à un joueur ( à fortiori par téléphone comme vient de le faire l’observatoire des drogues ) combien il joue, - comme vient de le faire l’Observatoire des drogues à travers le baromètre santé de la DGS - pour le savoir. Par ailleurs sur le fond :

    - rien ne prouve que le jeu lui-même soit la cause originelle de cette excessivité

    - rien n’indique que l’excessivité soit forcément synonyme de pathologie.

    Par ailleurs nous contestons avec d’autres chercheurs internationaux, la vision d’un joueur désocialisé, forcément seul devant sa machine à sous ou son ordinateur, pour flamber en ligne dans une posture onanistique. Dans les casinos socialités et sociabilités sont nombreuses, on peut facilement engager la conversation, faire des rencontres. Idem pour les jeux d’argent sur Internet ou de nombreux sites existent autour du poker.



    
5. Justement avant il fallait se déplacer dans des casinos ou au café pour jouer à des jeux d'argent. Avec Internet, les tentations vont être à portée de main, directement au domicile des joueurs...

    

Arrêtons à nouveau d’enfoncer des portes ouvertes, permanence et proximité sont les principes même d’Internet. C’est pour ça que ça marche. La légalisation des jeux en ligne va faciliter la vie des joueurs qui ne souhaitent pas ou ne peuvent pas se déplacer. Bien entendu il faut faire de l’information prévention, notamment en direction des mineurs, des jeunes adultes et des personnes vulnérables. Pour les adultes responsables avant de mettre en œuvre des mesures en place par trop liberticides, il faut prendre le temps de faire des études sociologiques sur les nouvelles pratiques ludiques des internautes vs jeux d’argent et la socialisation ludique contemporaine. C’est au Comite Consultatif des jeux (CCJ) et à l’Observatoire des jeux de faire cela de manière sereine sans a priori et non à l’Observatoire des drogues, qui a d’autres chats à fouetter en matière de toxicomanie et qui en outre n’a aucune compétence en matière de gambling. Pas besoin de construire une usine à gaz, comme actuellement, ou la doxa du jeu pathologie maladie et la Française des jeux verrouillent en réalité le dossier pour contrôler entièrement l’information médiatique et scientifique sur le jeu. 



    6. Les casinos et opérateurs en ligne font-ils assez de prévention?



    Il y a déjà pas mal de prévention, notamment dans les casinos en dur, sur les sites et grâce à l’Arjel. Mais est-ce vraiment aux opérateurs de faire de la prévention et surtout de mesurer l'impact de leur activité comme le fait actuellement la Française des jeux en finançant les études du centre de Nantes. Le conflit d'intérêts est grossier. Plus globalement cela vaut aussi pour l'Etat Croupier qui ne pourra pas éternellement exploiter le gambling et établir les règles en matière de responsabilité, de protection et par exemple en ce qui concerne le taux de redistribution

(TRJ). Par manque d’études , en l’absence d’observatoire, le TRJ a été dès le départ instrumentalisé par Eric Woerth vis à vis de la problématique de l’addiction et maintenant comme les jeux en ligne marchent moins que prévu, à cause de la crise, les responsables du dossier retournent leur veste et veulent augmenter le TRJ, pour « rendre les jeux en ligne plus attractifs ». Ce n’est pas une politique des jeux cohérente, c’est une politique girouette courtermiste qui favorise instrumentalisation, conflit d’intérets, lobbying. Il faut développer la recherche sur le jeu en France et ce n’est pas à L’observatoire des drogues de le faire et encore moins à la FDJ via le centre du jeu excessif de Nantes avec la caution scientifique de Marmottan. Ce n’est pas à ceux qui soignent les joueurs, forment des thérapeutes spécialisés, de mesurer le jeu problématique. Ils sont forcément en conflit d’interets. Ils n’ont pas du tout intérêt en réalité à ce que le jeu excessif disparaisse, bien au contraire. C’est le principe même de l’usine à gaz


    7. Que préconisez-vous alors pour limiter les risques?

 Il faut mesurer avant de limiter. Je préconise la création d'une autorité de régulation unique et indépendante ( qui intégrerait l’Arjel, le CCJ, l’observatoire, différentes commissions) , à l'image de l'Autorité des marchés financiers (AMF). Il faut éviter les doublons , travailler conjointement sur les jeux en ligne et les jeux en dur. Pour l’aspect recherche/expertise il faut faire fonctionner l’observatoire des jeux au service de cette autorité. Actuellement cela ressemble davantage à une commission, dominée en outre par la doxa du jeu pathologie maladie et certaines associations familiales. C’est pas sérieux. La doxa du jeu pathologie maladie et la FDJ font tout en réalité pour qu’un véritable Observatoire des jeux d’argent scientifique ne soit pas installé, cela bousculerait leurs petits arrangements entre amis et leur business respectif. Souhaitons que la clause de revoyure soit l’occasion de faire évoluer cette situation exécrable et afin de défendre l’intérêt général.


    © 
JP Martignoni-Hutin , Lyon (France), 182, septembre 2011



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  • Par Anonyme-77656, le 29 sep à 11:59

    Anonyme-77656
    GAMBLING INTERNATIONAL Le

    GAMBLING INTERNATIONAL


    Le Québec vient d’installer une Chaire de recherche sur le jeu responsable :


    Recherches sur le jeu, jeu pathologique, Observatoire des jeux…quelques mots sur la situation en France et au Québec



    Jean-Pierre G. Martignoni-Hutin (sociologue)


    En France depuis quelques années, la Française Des Jeux (FDJ) finance ses « ennemis » - les anti-jeu de la doxa du jeu pathologie maladie - notamment le centre du jeu excessif de Nantes (CRJE) dirigé par JL Vénisse - pour mieux les contrôler. Dans le même temps l’opérateur historique se lance dans une course effrénée à la croissance, jamais vue depuis sa création. Sous couvert d’une lutte contre le jeu excessif et le jeu de mineur, la « politique éthique » mise en œuvre par Christophe Blanchard Dignac (PDG de la Française des jeux) a donc pour conséquence en réalité de produire plus de jeu. Habile stratège - mais certains pourraient considérer cela comme de la duplicité - le patron de la FDJ a profité du débat sur le jeu pathologique, de l’inquiétude des pouvoirs publics en matière de santé publique, de la loi sur les jeux en ligne - autorisés en France depuis mai 2010 - non pour mettre la pédale douce en matière de développement, mais au contraire pour accélérer fortement son volume d’affaire par une incitation au jeu accrue. Si l’on est y regarde bien – et c’est le rôle du sociologue de le faire - la duperie est totale, car en final la politique de jeu responsable mis en œuvre par la Française des jeux va produire du jeu excessif. Les meilleures preuves de cette démonstration se situent dans les résultats de l’opérateur. En pleine crise économique il surperforme (+5,5 % en 2010) en dépassant pour la première fois les 10 milliards d’euros. L’incitation au jeu est telle que la FDJ est même parfois – en fonction du calendrier politique et du calendrier de la politique des jeux - « gênée par son succès ». L’expression est du quotidien France-Soir qui d’après des sources internes à la FDJ pense que la barre symbolique des 10 milliards aurait été atteinte en 2009 et non en 2010.


    Pour allumer des contre feux vis-à-vis de cet activisme commercial & marketing, la FDJ pousse le bouchon de plus en plus loin dans le domaine du jeu responsable. La société dirigée par Christophe Blanchard Dignac a l’audace - ils se croient tout permis et ils se permettent tout - de lancer en juin 2011 « une campagne nationale contre l’addiction au jeu (1) » Au même moment comme par hasard, Jean Luc Vénisse - financé à hauteur de 2 millions d’euros par la FDJ, le site du CRJE est très discret sur ce financement - associé aux addictologues M. Reynaud et A . Belkacem sortent un fascicule : « Du plaisir du jeu au jeu pathologique, 100 questions pour mieux gérer la maladie» Et Michel Reynaud d’affirmer dans France-Soir du 6 juin 2011, après sans doute plusieurs mois d’études de terrain et d’études comparatives ( !) : « de tous les opérateurs la Française des jeux est celui qui en fait le plus pour le contrôle et la prévention du jeu excessif. » La boucle est bouclée. La collusion d’intérêts marche à fond pour les deux parties. Plus c’est gros, plus ça marche. En cherchant bien, on apprend que ce livre est publié et distribué via un mécénat de la Française des jeux, mais plupart des médias qui accueillent souvent les publicités de la FDJ n’ont pas repris ce « détail ».


    Comme le Centre de Nantes a beaucoup d’argent, il faut bien qu’il le dépense. Il a lancé un enquête pour passer les « joueurs compulsifs à la loupe (2) « . Marc Valleur ( directeur du centre Marmottan) alors qu’il est membre de l’Observatoire des jeux, participe à cette étude financée par la FDJ. Curieusement le CRJE semble avoir du mal a recruté des joueurs compulsifs, alors qu’il affirme par ailleurs - dans une belle fourchette scientifique qui ressemble à un râteau - qu’il y aurait en France entre « 600 OOO et 1,8 million de joueurs pathologiques ! » Nous aurons l’occasion de revenir sur cette étude qui se déroule sur 5 ans. Mais en attendant nous invitons les internautes du Québec et les opérateurs de jeux, à prendre connaissance des conditions méthodologiques fixées par le centre de Nantes, autoproclamé centre de Référence sur le jeu excessif : « Le CRJE recherche des joueurs à Paris et Colombes. Les conditions : avoir entre 18 et 65 ans, jouer au moins une fois par an, avoir joué l’année écoulée et « avoir l’impression de perdre le contrôle sur la pratique du jeu (3)» Mais comme il n’est pas certain que ce protocole très scientifique (sic) attire les joueurs malgré la rigueur épistémologique de cette méthodologie, le CRJE ajoute : « La participation a l’étude est indemnisée »


    Nous le constatons, malgré certaines avancées ( rapports Trucy, débats parlementaires, loi sur les jeux en ligne…), la France est tombée progressivement – comme nous l’avions annoncé il y a quelques années - dans le « syndrome québécois, c’est à dire le « syndrome Ladouceur/Loto Québec ». La différence c’est que le Québec a su sortir progressivement de ce système, avec comme point d’orgue dernièrement l’installation d’une Chaire de recherche sur le jeu responsable qui sera gérée par le Fond de recherche sur la société et la culture (FQRSC). C’est une avancée considérable. Pour avoir été plusieurs fois – gracieusement – « expert externe » pour le compte du FQRSC, nous pensons que cet organisme à toutes les qualités requises pour superviser des recherches scientifiques indépendantes sur le gambling à condition qu’il ne soit pas dominé par la doxa du jeu pathologie maladie et soit pluridisciplinaire. Pour rester sur le chemin de crête de la neutralité scientifique, c’est l’ensemble des causes et conséquences du gambling qu’il faut analyser et pas seulement la question du jeu problématique, qualifié un peu vite de jeu pathologique. Alors bien sur on peut s’interroger pour savoir – comme l’a fait dernièrement Alain Dubois dans le quotidrn Le Devoir (4) - qui finance cette chaire ? Mais l’essentiel nous semble t il c’est que cette Chaire soit indépendante scientifiquement. En France nous sommes loin pour l’instant d’une telle évolution. Certes un Observatoire des jeux a enfin été installé grâce au Sénateur Trucy après des années d’attente. Mais il est dominé par la doxa du jeu pathologique maladie, quelques associations et personnalités placées. Il ressemble plus à une Commission qu’à un Observatoire scientifique du gambling à la hauteur de ses multiples missions. Certes le sénateur Trucy rédige actuellement un ultime rapport dans le cadre de la clause de revoyure qui comportera certainement de nombreuses propositions dont certaines pourraient concernées la recherche et l’Observatoire des jeux.


    Souhaitons qu’à cette occasion la France sache s’inspirer de l’évolution de la situation en matière de recherche sur le jeu au Québec, justement pour éviter les errements qu’a connu la Nouvelle France pendant des années à cause du « système » Ladouceur/Loto Québec, qui entre parenthèse aura surtout profité à Robert Ladouceur et à la doxa du jeu pathologie maladie dans son ensemble, qu’à la Politique des jeux de ce pays. Nous avons ici un désaccord fondamental avec « l’ami Alain Dubois » (porte parole infatigable de la coalation EmJeu que nous respectons par ailleurs car il est ouvert au dialogue et surtout accepte le débat sans censure) Nous pensons qu’une véritable Politique Des Jeux responsable - réaliste et pérenne - doit défendre l’intérêt général, abandonner l’idéologie du care chère à la doxa du jeu pathologie maladie et aux anti – jeux. Par ailleurs la sociologie du gambling que nous pratiquons depuis 20 ans au contact des joueurs et des opérateurs indique qu’une telle politique - qui ne signifie pas autorégulation - ne saurait se faire in fine contre l’industrie des jeux, contre les joueurs. Sinon à terme, un tel procès ne pourrait que réactiver l’idée de prohibition.


    © JP G. Martignoni-Hutin, Lyon, France, 183. Le devoir –Québec - Canada. Septembre 2011


    1. (1) « La Française des jeux lance une grande campagne contre l’addiction…à ses propres jeux » (Francesoir.fr du 6 juin 2011)

    2. (2) « Les joueurs compulsifs à la loupe « (europe1.fr du 12 juillet 2011)

    3. (3) « Avec le jeu la prudence est de mise « (20minutes.fr du 11 juillet 2011)

    4. (4) Alain Dubois, Jeux d’argent et de hasard, Une chaire ou un Observatoire des jeux ? ( Le Devoir.com , 26 septembre 2011)



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  • Par Anonyme-77656, le 22 oct à 16:51

    Anonyme-77656
    Jeux d'argent

    Jouer de l'argent c'est espérer un gain ,un profit et d'autre part ,prendre du plaisir .

    La course au profit par le jeu (de hasard ou de calcul) est dangereuse pour l'humanité car elle peut devenir prédatrice envers les perdants. Voir la spéculation financière ,une des causes majeures de la Crise actuelle . Le jeu d'argent peut exciter la recherche du profit et inversement .C'est en outre une déviance personnelle qui peut devenir pathologique et calamiteuse.

    Il faut donc combattre les jeux d'argent de toutes natures ,Publics ou privés ,en famille ,en société ,sur Internet . C'est un sujet grave qui nous concerne tous et qui pourrait être utilement débattu à l'Assemblée Nationale .

    De leur côté,les Chinois se sont mobilisés dernièrement pour faire face à ce fléau.Qu'attendons-nous ?



    - Signaler un abus  
  • Par Anonyme-77656, le 22 oct à 17:39

    Anonyme-77656
    le jeu des pathologies

    @Homo ludens :votre article est super intéressant et aborde une manipulation dont personne ne parle vraiment ,tant là comme ailleurs la politique de la culpabilisation porte ses fruits !Effectivement la FDJ a tout intérêt à ce que les joueurs qui se trouvent dans la gêne financière soient présentés comme des grands malades responsables de leur propres ennuis en raison de leur" pathologie"! Or il s'agit de jeux qui ne procurent aucun plaisir tels que les jeux de cartes ou les courses peuvent en procurer (contacts humains ,choix des paris ,connaissances de la psychologie ,sorties , etc ) alors que se ruiner pour l'Euro million ou le Loto n'a rien d'excitant pour l'esprit ,le Joueur cherchant uniquement le gain qui lui permettra de changer de vie ou ...de payer ses factures les plus pressantes, selon le résultat ! Mais par ailleurs Aucune société ne peut fonctionner sans le jeu ou alors on voit ce qu'elles furent (chine de Mao ,Cambodge de POl pot , URSS ...)Alors ?



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  • Par Anonyme-77656, le 22 oct à 17:57

    Anonyme-77656
    Le monde parfait

    A force de vouloir traquer toutes les "addictions " dont la liste croît tous les jours ,dans le but de les supprimer ,la vie va ressembler à un long corridor sinistre traversé par des déjà fantômes du berceau au cercueil ,des fantômes réagissant toutefois à tous les stimuli de ce que Léo Ferré nommait le grand ordinateur neuronal ,en fait le Système ,et n'ayant pas plus d'initiative personnelle et d'originalité qu'un électron ! Que ce soit le sport la nourriture l'amour l'histoire ,les opinions ,la santé ,..... et Dieu ,toutes les notices et mode d'emploi seront distribués gratos ! Dans un tel monde ou tout comportement déviant sera honni et dénon cé inlassablement ,la Littérature ,le Cinéma ,le Théâtre ,tous les arts d'invention et de création disparaîtront,car que raconter ?la vie des parfaits est lassante ! D'ailleurs ça a déjà un peu commencé ,non ,



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Publié : 22/09/11 - 13h00
Mis à jour : 22/09/11 - 16h35
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