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Bruno Toussaint : "La réforme du médicament n'est pas la hauteur"

Traitements de demain


Alors que la réforme du médicament est discutée à l'Assemblée nationale, certains trouvent le projet trop tiède.

Bruno Toussaint, rédacteur en chef de la revue indépendante Prescrire
Bruno Toussaint, rédacteur en chef de la revue indépendante Prescrire MaxPPP/SILVERE GERARD

« Le doute doit profiter au patient ». Cette déclaration pleine de bonnes intentions de Xavier Bertrand semble loin. Alors que le projet de réforme du médicament est en discussion à l’Assemblée nationale, des voix s’élèvent déjà pour dénoncer son insuffisance. « Des demi mesures », pour Bruno Toussaint, rédacteur en chef de la très sérieuse revue Prescrire. Un texte « pas du tout à la hauteur » aux yeux de la député socialiste Catherine Lemorton. 

Cette réforme, dont l’ambition affichée est de rendre impossible un nouveau scandale du Mediator, présente quelques avancées en matière de transparence et de contrôle des experts, mais peu, voire rien, concernant le financement pour une recherche indépendante ou pour le renforcement de la pharmacovigilance. 

Chaque année, 800 patients décèdent à cause d’un médicament (effets secondaires, surdosage, mauvaise prescription...). Au delà de l’affaire du Mediator, la sécurité sanitaire est un enjeu majeur. Le 20 septembre dernier, le rejet en commissions des affaires sociales de la plupart des amendements proposés par diverses sources, laisse un projet de loi jugé frileux sur de nombreux points. Déçu, Bruno Toussaint craint que l’on ne passe à côté d’une « opportunité historique » de révolutionner le système pour de bon. 

France-Soir Cette réforme protègera-t-elle les patients d’un nouveau Mediator ?

Bruno Toussaint Non, on en est loin. Le projet existe. Ca c’est bien. Cela signifie que le désastre est aujourd’hui pris en compte. Mais le texte ne va pas assez loin. La plupart des dispositions intéressantes sont systématiquement limitées dans leur exécution.

F. S. Le principal problème révélé par le Mediator est l’omniprésence et l’influence des laboratoires sur le système de santé. Ce texte vous semble-t-il suffisant pour garantir l’indépendance des institutions ?

B. T. Les firmes financent en grande partie tout ce qui concerne la santé :  l’Afssaps (Agence de sécurité sanitaire), les associations de patients, la recherche pharmaceutique, la formation continue des médecins... C’est disproportionné. Or le projet n’aborde aucune question d’argent. Il ne prévoit même pas une instance pour y réfléchir. 

F. S. Quelles seraient les solutions, selon vous ?

B. T. Il faut casser ce système et commencer par créer une recherche publique indépendante : aujurd’hui, ce sont les laboratoires qui la finance et, donc, privilégient les médicaments qui rapportent au détriment de véritables avancées thérapeutiques moins rentables. Ils réalisent eux-mêmes les études cliniques pour évaluer leurs propres produits. Comment ne seraient-ils pas tentés de mettre en avant les points positifs et de minimiser d’éventuels effets secondaires ? C’est le premier, et le plus crucial, de tous les conflits d’intérêt. Or les pouvoirs publics ont depuis longtemps abandonné la recherche aux firmes. Ils doivent reprendre la main.

F. S. De quelle façon ?

B. T. Les gains colossaux qui permettent aux labos d’investir dans la création des traitements qui les arrangent proviennent de la Sécurité sociale et des remboursements de médicaments, tous très chers. Si on baissait leur prix, la Sécu dépenserait moins et pourrait investir dans une recherche plus novatrice du point de vue thérapeutique. Les labos feraient moins de profit mais n’auraient plus à financer autant.  C’est une question de circuit et de volonté politique, mais l’argent existe.

F. S. La réforme indique tout de même que l’Afssaps ne sera plus financée par les labos mais par l’état.

B. T. En effet. Mais les experts des commissions, eux, gardent des liens d’intérêts avec les firmes : ils travaillent pour elles comme consultants, comme chercheur, comme conférencier... Certains vont jusqu’à diriger les évaluations des produits qu’ils auront ensuite à juger en commission ! Certes, le projet de loi rend les déclarations d’intérêts obligatoires sous peine de sanction pénales. Mais cela reste trop compliqué pour être véritablement transparent. Les firmes seront supposées déclarer les montants qu’elles versent, et les individus, les tâches qu’ils effectuent. Il faut regrouper tout ça et pouvoir faire une recherche complète sur n’importe quel expert d’une institution. De plus, les liens ne seront déclarés qu’à partir de 150 euros d’avantages. On a tord de croire que ça suffit. Comme dit le proverbe, « les petits cadeaux entretiennent l’amitié ». A la longue, les invitations, les petites gratifications, cela crée des proximités, et donc ça influence. 

F. S. Pour prouver une réelle innovation, vous souhaitiez que l’on compare les nouveaux médicaments aux traitements existants plutôt qu’à un placebo. Avez-vous obtenu satisfaction ?

B. T. Non. Xavier Bertrand se réfugie derrière la législation européenne qui, selon lui, l’interdit. Or c’est faux. Mais ce ne serait pas bon pour les firmes : les trois quarts de leurs nouveaux produits n’apportent aucun progrès par rapport à ceux existants. Elles obtiendraient beaucoup moins d’autorisations. 

F. S. Voulez-vous dire que l’Etat protège encore les laboratoires ?

B. T. Je ne ferai pas de procès d’intention, mais le médicament de référence n’est ni plus compliqué ni plus cher que le placebo. Je constate que cette lacune ne sert que les firmes. 

F. S. Comment expliquez-vous le rejet des amendements demandés par les associations de patients, de nombreux députés ou votre revue ?

B. T. Je ne l’explique pas. Mais on est loin du compte pour ce qui est de la protection des patients. 

F. S. Croyez-vous que les firmes exercent encore une forme de pression en menaçant de se délocaliser et de supprimer des emplois ?

B. T. On peut l’envisager. Elles sont omniprésentes et habituées à ce qu’on leur cède. Ce qui est sûr c’est que ce projet permet encore des secrets dans les rapports des labos sur les médicaments - sur les informations commerciales par exemple -, et que le secret tue les gens.

Propos recueillis par Marie Marvier
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Réactions à cet article4 commentaires

  • Anonyme-77656, le 28 sep à 09:25

    Anonyme-77656
    Amélioration ?

    Étonnant de pouvoir mettre sur le marché une molécule qui n'apporte rien par rapport à ce qui existe déjà et pouvoir la faire rembourser dans le flot de produits...

    Surtout que chacune a ses effets secondaires plus ou moins importants, dont certains ne sont découverts que quand on passe à une utilisation à grande échelle (on ne voir pas les mêmes choses sur 1000 patients test que sur un million)



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  • Anonyme-77656, le 28 sep à 17:55

    Anonyme-77656
    Affsaps

    Financée par l'état, c'est une nouvelle réjouissante.

    Cela va multiplier les loobyistes du secteur, car ils ne lâcheront jamais.

    A partir de la prise de 4 médicaments, les interactions délétères, induisent la prise d'autres molécules.

    Citoyens, gradez l'esprit critique, vérifiez les fiches qui renseignent sur les contre-indications et interactions.

    Votre seul capital : La santé.



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  • Anonyme-77656, le 28 sep à 17:59

    Anonyme-77656
    pour ou contre!

    quel que soit le traitement que le medecin nous prescrit il y a et il y aura toujours des effets secondaires chez l.individu.notre organisme est different et reagi differemment.meme un medicament bien tolere durant 10ans peut agir differemment, ensuite car notre organisme s.affaiblit.c.est notre medecin traitant qui a chaque fois qu.il nous renouvelle un produit,doit tenir compte de l.effet sur chacun de nous.pour cela c.est au patient d.etre vigilant et consulter son medecin.ne pas changer de medecin ,un seul vous connait .toute cette histoire de changement est pour l.economie ,au detriment des malades.pour qui cotisent on ,pour des campagnes electorales ou autre raison qu.il vaut mieux ignorer car leur revelation nous ferait monter la tension.



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  • HeyBaal, le 29 sep à 12:09

    HeyBaal
    1 comme le dit tata la

    1 comme le dit tata la pharmacologie n'est pas une science exacte. Les médicaments ont tous des avantages et des inconvénients. Tout dépend de l'individu qui prend le médicament et de l'effet désiré par rapport au risque encouru.


    2 ce sont les laboratoires qui financent tout ça et encore heureux. C'est quand même pas au contribuable de le payer pour que les labos en fassent l'économie et ne fassent que profiter des bénéfices !! On peut imaginer un effet pervers e ce système : que les élaborations de médicaments soient bâclées et que les labos se servent des études financées par le contribuables pour rectifier le tir. Puisque c'est gratuit !


    3 obliger un médicament à être meilleur qu'un autre alors que ce constat ne se fera que dans un contexte précis et sur un panel restreint est contre productif. Il ne faut pas croire que les médicaments sont tous des copies les uns des autres. Il y a des brevets sur les médicaments, pour en créer un nouveau il faut une nouvelle formule, donc de nouveaux effets. Parfois les effets ne  sont pas perceptibles lors des tests. C'est inévitable. Un test à grande échelle ce ne serait plus un test mais une mise sur le marché Wink Mais plus importants, parfois ces effets non prévus sont positifs. Tel médicament sera mieux toléré par certaines personnes qui ne font pas forcément partie du pannel de test. Donc en clair là on parle de médicaments qui seraient interdits sans raison autre que "on a décidé que c'était mieux" et qui pourraient être très bénéfiques, voir carrément profiter à des gens qui ne peuvent pas se soigner. Exemple des médicaments pour les femmes enceintes. Des médicaments avec des effets secondaires moins importants (chimios ...). Chaque année, 800 patients décèdent à cause d’un médicament (effets secondaires, surdosage, mauvaise prescription... = dans tous les cas c'est un problème de prescription, donc la responsabilité du médecin et du pharmacien, pas du médicament). Combien mourraient si on restreignait autant les tests ?


    4 obliger un médicament à être meilleur qu'un autre dans les conditions ci-dessus (test par des fonctionnaires qui n'en ont rien à cirer des implications et dans des conditions qui ne mettent pas en valeur tous les effets secondaires/accidentels/imprévus), c'est, de fait, créer un monopole pour le médicament existant. Et ça c'est effectivement contraire au droit européen.


    Déjà qu'on paye pour la santé, qu'il veut nous faire payer pour des tests, si on doit payer des amendes à cause d'histoires de monopoles, ça suffit !


    Notre système est perfectible, certes. Perfectionnons le au lieu d'essayer de le révolutionner sans penser aux conséquences.



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Publié : 28/09/11 - 06h45
Mis à jour : 28/09/11 - 06h50
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