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La guerre du loup

Science/Ecologie

Publié le 5 avril 2010 à 08h56
Mis à jour le 11 avril 2010 à 00h59

Depuis 1993, le loup est revenu en France. La polémique enfle entre défenseurs du prédateur et éleveurs.

« Houuuuuuuuuu ! » hurle le loup dans la nuit. « Bêêêêê… » gémit la brebis terrorisée. Il y a trois cents ans déjà, La Fontaine l’écrivait : « La raison du plus fort est toujours la meilleure. »(*). L’histoire se répète. L’an dernier, plus de 3.000 brebis ont été victimes du grand prédateur.

Bernard Allemand habite le village des Abadoux, dans les Hautes-Alpes, un lieu-dit inconnu même des GPS. Eleveur d’ovins de père en fils, bel homme travaillé par le grand air, cet agriculteur de 40 ans n’en peut plus. Il a encore perdu 22 brebis la saison dernière. Depuis cette attaque, il ne les monte même plus pâturer sur les montagnes l’été. A peine la conversation entamée, il s’effondre… en larmes. « On croyait travailler pour nourrir les gens et aujourd’hui on nourrit le loup. » Le désespoir des éleveurs fait peine.

Eradiqué en France après des siècles de lutte, on n’avait quasiment plus croisé un loup chez nous depuis les années 1930. C’est en 1993 qu’est réapparu le premier spécimen, dans le Mercantour. Le loup gris, Canis lupus de son petit nom scientifique, s’est développé, reproduit, déplacé, et on en compte aujourd’hui plus de 180 répartis sur neuf départements, principalement dans le sud-est du pays. L’animal, strictement protégé par la convention de Berne à laquelle la France a adhéré en 1990, divise les associations écologistes et les éleveurs. Encore récemment, dans les Hautes-Alpes, un chasseur était condamné pour avoir tué une louve. Manifestations en chaîne des fédérations d’agriculteurs à Gap, levée de boucliers des défenseurs de l’animal sauvage.

Faut-il avoir peur du grand méchant loup ?

« Grand prédateur », au même titre que l’ours et le lynx, l’animal ne sert de proie à aucune autre espèce dans la nature. D’où sa réputation de tueur sanguinaire. Aucun animal n’a été aussi méconnu, craint et persécuté à travers l’histoire alors que nous savons aujourd’hui qu’il ne s’attaque pas à l’homme – 20.000 ans de battues lui ont appris à s’en méfier. « Les légendes circulent toujours, rappelle Sylvain Macchi, responsable zootechnique du Parc à loups du Gévaudan (Lozère), l’un des plus ardents défenseurs de l’animal mythique, mais maintenant on raconte des histoires, autrefois, on transmettait une peur. »

En réalité, la nature a même créé le loup de façon à ce qu’il court moins vite que la plupart des proies bien portantes. « En s’attaquant essentiellement aux gibiers faibles et malades, il fait office de régulateur sanitaire et empêche les épidémies », plaide Jean-François Darmstaedter, le président de l’association Ferus. Pour lui, « la présence du loup est le symbole d’un écosystème de qualité. »

Mais revenons à nos moutons. Ces arguments, les éleveurs les réfutent. Pour la plupart d’entre eux, le loup n’est qu’une engeance qui leur rend la vie plus difficile. « Un troupeau attaqué, c’est beaucoup plus que quelques brebis dévorées, déplore Bernard Allemand. Les bêtes sont terrorisées, elles s’étouffent entre elles en s’enfuyant, tombent dans les ravines. Dans les jours qui suivent, on assiste à des avortements en masse. C’est un vrai désastre pour toute la production de l’année. »

Sylvain Macchi tente de rétablir la communication avec les éleveurs. Il participe au programme Pastoraloup, qui vise à une « cohabitation harmonieuse » entre loup et pastoralisme. « Il existe des solutions ancestrales pour la protection des troupeaux, affirme-t-il. Un berger, des chiens patous, des regroupements nocturnes dans des filets de protections. »

De son côté, l’Etat fait ce qu’il peut. Par le truchement du Groupe national loup, géré par les ministères de l’Agriculture et de l’Ecologie, il a mis en place des aides (financement à 80 % des filets, des chiens, des bergers et de cabanes tout confort), indemnisation des brebis tuées. « Des mesurettes pour nous faire taire ! » s’insurge Roger Candy, un éleveur de la Drôme. « On a fait tout ce qu’ils nous ont demandé, se désespère Bernard Allemand de son côté, et on est attaqué quand même. Leurs indemnisations ne prennent en compte que les victimes directement imputées au loup selon expertise, pas les dommages collatéraux. » « Et le stress humain ? Qui l’indemnise le stress humain ? », s’insurge Roger, la voix teintée de colère et de tristesse.

(*) Le Loup et L’Agneau, fable de Jean de La Fontaine

Par Marie Marvier
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