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Attaques de bureaux de poste - Des kits explosifs en vente dans les cités

Société

Publié le 2 mars 2010 à 18h46
Mis à jour le 16 mars 2010 à 12h44

Les attaques de bureaux de poste cet hiver en banlieue parisienne ont pour origine un nouveau phénomène : des explosifs puissants vendus dans les cités pour 1.800 euros.

Une garde à vue comme une autre Rue de Lutèce, au siège de la brigade de répression du banditisme de Paris. Le jeune malfaiteur refuse de « balancer » ses complices. Classique. Oui, mais, en échange, il raconte aux enquêteurs une autre histoire qui va les passionner un peu, les inquiéter beaucoup. La petite frappe donne une explication à la vague de braquages à l’explosif commis en Ile-de-France ces derniers mois : des pains de plastic vendus sous le manteau en kit, avec un détonateur planté dedans. Le tout pour 1.800 euros.

L’utilisation d’explosifs était l’apanage des grands voyous et des terroristes, maintenant le moindre apprenti braqueur peut rêver éventrer un coffre. Depuis cette révélation, les limiers de la PJ parisienne sont sur la brèche : il faut saisir les engins, et surtout mettre fin à ce dangereux trafic.

Les coffres-relais, coffres de transfert ou encore « trappons » ont été installés progressivement après l’an 2000 et les attaques dont faisaient l’objet des convoyeurs de fonds. Ces derniers ont obtenu des équipements censés les rendre moins vulnérables : ils peuvent approcher leur fourgon blindé au plus près de l’agence bancaire ou du commerce à approvisionner, sans avoir à y entrer. Cette « nouveauté » n’a pas échappé aux délinquants. L’argent transite dans le coffre, il suffit de l’ouvrir. Pour ça, l’explosif s’impose.

23 attaques en un an

D’abord une perceuse pour attaquer la « boule » de plastic, et forer un trou de quelques centimètres. La texture est proche de la pâte à modeler durcie. Puis un détonateur, petit cylindre métallique, à placer dans l’interstice, relié à une mèche lente, ou, à la rigueur, un simple fil. Et le tour est joué. « Le pain de 500 g revient à 1.800 euros », confirme un policier. Il suffit ensuite de le poser sur un coffre-relais.

Depuis un an, 23 attaques de ce type ont été enregistrées, principalement en Seine-Saint-Denis, mais aussi dans le Val-de-Marne, les Hauts-de-Seine ou la Seine-et-Marne. Paris restant épargné, pour l’heure, hormis un casse avorté chez le joaillier Chopard, place Vendôme le mois dernier.

La Poste a essuyé l’essentiel des assauts, 12 en un an. Sans doute parce que ses agences sont parmi les rares à disposer encore d’importantes liquidités, versement du RSA oblige. Les policiers ont d’ailleurs affublé les braqueurs d’un sobriquet : les « Postiers détonants ».

« Depuis un mois et demi, nous n’avons pas déploré la moindre attaque », nuance une source proche de l’entreprise publique. Grâce à un dispositif de surveillance mis en place par la police. Un Crédit agricole et un magasin Norauto ont en revanche été la cible des braqueurs au plastic. Et certains continuent à s’entraîner avant de passer à l’acte. Ainsi au Carrefour Market dans les Hauts-de-Seine, des malfrats se sont essayés sur un coffre-relais inutilisé depuis plusieurs années.

Pénurie de détonateurs

Difficile de connaître l’origine exacte des substances, puisqu’une fois qu’elles ont explosé il ne reste que des débris et des traces noirâtres. Les prélèvements du laboratoire central de la préfecture de police ne permettent que de déterminer le type : tolite et essentiellement pentrite, des explosifs extrêmement puissants, à usage militaire. Peut-être même le fameux PEP 500, produit au Monténégro. A base de pentrite, il a fait le bonheur des braqueurs de fourgons blindés. Des filières existent, artisanales, comme ces ressortissants serbes, croates ou bosniaques qui reviennent de vacances avec quelques centaines de grammes, ou industrielles comme en 2005, quand un poids lourd avait été intercepté à Hazebrouck (Nord) avec 100 kg de PEP 500 caché dans son chargement.
C’est une petite cité d’Aubervilliers (Seine-Saint-Denis), quelques tours en bordure de la rue Réchossière, qui d’après les enquêteurs serait une des plaques tournantes du trafic actuel.

Le profil des nouveaux braqueurs déroute les policiers, habitués à un milieu structuré et identifié. Là, c’est le monde des cités, beaucoup plus compliqué à comprendre et à pénétrer. « Le danger c’est que ça fait tache d’huile, dit un enquêteur. Le procédé est relativement facile : quand on a appris le principe, n’importe qui ayant la matière peut passer à l’action. C’est pour ça que ça part dans tous les sens, avec une multitude d’équipes de voyous. »

Pour autant, la filière explosive connaît des passages à vide. Si aucune attaque à l’explosif n’a été enregistrée depuis le braquage nocturne d’un magasin Décathlon en Seine-et-Marne, le 2 février, ce n’est pas parce qu’il n’y a plus de stock. « L’explosif est là, mais, d’après les infos qui nous remontent, ce n’est pas le problème, rapporte un enquêteur. Ils semblent avoir de grosses difficultés à se fournir en détonateurs. »

Les policiers savent que faire tomber une équipe qui a acheté son kit ne sert à rien. Leur but, c’est de « couper l’alimentation », depuis l’ex-Yougoslavie. Il y a forcément un ou plusieurs grossistes qu’il faut identifier et neutraliser, et des « nourrices » qui veillent sur le stock.

 


“Tous les services de police sont mobilisés”

Responsable des brigades centrales au 36, quai des Orfèvres, et notamment de la brigade de répression du banditisme (BRB), chargé de l’ensemble des braquages à l’explosif commis à Paris intra-muros et en petite couronne, il décrypte ce nouveau phénomène.

FRANCE-SOIR. En quoi ces attaques sont-elles préoccupantes ?
JEAN-JACQUES HERLEM.
Nous sommes inquiets de voir l’émergence d’un nouveau mode opératoire particulièrement violent. Nous ne voulons pas créer la psychose, mais il fait courir des risques importants au public présent à proximité des distributeurs automatiques de billets. Il n’y a pas eu de blessés à déplorer, mais le risque zéro n’existe pas quand on emploie des explosifs, quand on les manipule, quand on les transporte, et qu’on les met à feu.

D’où viennent les explosifs ?
C’est un explosif générique, dont on peut imaginer qu’il vient d’ex-Yougoslavie. On ne peut pourtant pas être affirmatif puisqu’on ne travaille que sur les traces qu’il laisse…

Des jeunes délinquants semblent s’en procurer facilement…
Je serais prudent sur le profil de ces malfaiteurs. Il est simpliste de dire que nous avons à faire à des jeunes inexpérimentés. Des enquêtes sont en cours, toutes concentrées à la brigade de répression du banditisme. Nous avons fait quelques interpellations qui nous ont ouvert un spectre plus large : il y a plusieurs modes opératoires et plusieurs équipes.

Depuis un mois, la situation semble s’être calmée…
Le préfet de police a demandé à tous les services de police de se mobiliser. La BRB a engagé de gros moyens sur les enquêtes et la direction de sécurité de proximité de l’agglomération parisienne (DSPAP) a mis en place un dispositif qui vise à sécuriser les agences les plus exposées. Sans rentrer dans les détails, c’est un dispositif très lourd.

 

Par Brendan Kemmet et Matthieu Suc
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