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Jean-Hugues Matelly, le radié du peloton

Société


Six mois après avoir été frappé par un décret présidentiel de radiation, une sanction inédite contre un gendarme que le Conseil d’Etat doit bientôt examiner, Jean-Hugues Matelly, 46 ans, publie aujourd’hui un ouvrage (*). Le chef d’escadron y relate son éviction brutale pour avoir publiquement critiqué la fusion police-gendarmerie.

Cette fusion est effective depuis janvier 2009. Une majorité de ses collègues militaires continuent de la fustiger. Auteur de plusieurs ouvrages comme chercheur associé au CNRS, ce gradé, major de promotion de l’école des officiers de Melun, insiste sur la nécessaire liberté d’expression des gendarmes dans la récente configuration voulue par le ministère de l’Intérieur dans laquelle les policiers sont très largement syndiqués. Soucieux de réintégrer son corps d’origine, il confirme le soutien massif de nombreux képis, consternés par sa mésaventure.

France-Soir - Pourquoi publier ce livre quelques semaines seulement avant votre rendez-vous crucial avec la justice ?
Jean-Hugues Matelly - J’avais besoin de témoigner car c’est la première fois dans l’histoire de France qu’un gendarme se fait jeter à la porte de l’armée pour une question de liberté d’expression. Cet ouvrage me permet en outre de relater l’ensemble des éléments à l’origine de la sanction prise à mon encontre et de prendre du recul après une décision qui m’a évidemment affecté. Quoi qu’il en soit, le sentiment d’être rejeté d’une institution pour laquelle j’ai un attachement profond demeure difficile à vivre. J’ai néanmoins aujourd’hui une vraie liberté de parole car je ne suis actuellement plus militaire – donc pas soumis au devoir de réserve –, d’où la possibilité d’écrire ce livre afin de m’expliquer.

F.-S. Quelle est votre situation actuelle outre votre recours formé devant le Conseil d’Etat ?
J. H. M. Matériellement, la gendarmerie continue de me verser mon traitement et de m’héberger car, depuis le décret présidentiel de radiation du 12 mars 2010, je ne suis plus officier de gendarmerie (nos éditions du 30 avril 2010). Je me trouve toujours au centre d’une étrange parenthèse : je continue d’être rétribué et logé au sein de mon corps d’origine, le temps que le Conseil d’Etat statue sur mon dossier, probablement entre fin octobre et début novembre, en espérant qu’il casse la mesure de radiation qui m’empêche provisoirement de rejoindre mon administration.

F.-S. Comment expliquez-vous cette mesure présidentielle de radiation, une sanction jamais vue sous la 5e République à l’encontre d’un gendarme ?
J. H. M. On m’objecte en réalité la capacité d’apporter un œil critique sur la fusion entre la police et la gendarmerie effective depuis janvier 2009. En tant qu’acteur et chercheur, il me semblait pourtant pouvoir participer à ce débat mais, hélas, dans le système français d’aujourd’hui, ce regard critique et distancié n’est pas ou plus possible ! La plupart de mes collègues attendent avec intérêt la décision finale du Conseil d’Etat.

F.-S. Avez-vous le sentiment d’être soutenu par vos collègues ?
J. H. M. Cela aurait été encore plus difficile à vivre s’il y avait eu un rejet personnel de la part de mes camarades au sens militaire du terme. Or, au contraire, il y a eu une très forte mobilisation en ma faveur au moment de ma radiation (nos éditions du 7 avril 2010). Cette solidarité de corps est tout à leur honneur et prouve que la fraternité d’arme n’est pas un vain mot. A Amiens, par exemple, dans ma caserne d’affectation, du gendarme adjoint volontaire jusqu’au général, les relations sont excellentes.

F.-S. Que reprochez-vous au fait que la gendarmerie est sous la tutelle du ministère de l’Intérieur ?
J. H. M. J’observe que le statut de militaire permet une plus grande disponibilité au service du public. Encore faut-il que ce contact et cette proximité cultivées au fil des siècles ne se traduisent pas par le fait d’aligner des statistiques mais qu’ils soient guidés par la satisfaction de la population et des élus locaux. Cette fusion pose aussi et surtout un problème en terme d’expression. Pourquoi nous exclure de toute liberté de parole – puisque malgré notre rattachement à la Place Beauvau nous gardons notre statut de militaire et le devoir de réserve afférent – alors que nos collègues policiers, très largement syndiqués, n’ont pas d’obstacle à s’exprimer ?

F.-S. Qu’envisagez-vous de faire si vous n’obtenez pas satisfaction ?
J. H. M. Je ne peux préjuger de l’arrêt du Conseil d’Etat mais, quoi qu’il arrive, il risque de marquer les esprits en terme de liberté d’expression, qui, je le répète, doit rester la règle. Comment des militaires pourraient-ils désobéir à des ordres manifestement illégaux, comme dans l’affaire des paillotes corses – où, dois-je le préciser, aucun des protagonistes n’a été sanctionné aussi sévèrement que moi – si on leur interdit, en amont, d’exercer un minimum d’esprit critique et de courage intellectuel ? ! Si je n’obtiens pas ma réintégration, je me tournerai vers l’enseignement, la recherche, voire vers d’autres pistes inexplorées. J’aurais en tout cas une vraie tristesse car je suis rentré dans la gendarmerie voilà vingt-cinq ans, une institution servie avec fierté et loyauté.

(*) L’Affaire Matelly, Jean-Hugues Matelly, éd. Jean-Claude Gawsewitch, 18,90 €.
Par Propos recueillis par Samy Mouhoubi
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Réactions à cet article2 commentaires

  • Anonyme-77656, le 7 oct à 09:12

    Anonyme-77656
    Gonflé, le monsieur.......

    Gonflé ce monsieur qui semble découvrir l'obligation de réserve des militaires et particulièrement des officiers d'active de la gendarmerie. Gonflé de se cacher derrière son statut de "chercheur" pour s'affranchir de ce devoir de réserve. Gonflé de découvrir sa sanction alors qu'il était récidiviste de ce genre de fait et avait fait déjà l'objet d'une punition disciplinaire pour les mêmes faits...........



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  • Anonyme-77656, le 7 oct à 23:57

    Anonyme-77656
    Courageux cet officier

    @majdad

    Cet officier ne découvre pas le devoir de réserve, il le critique, ouvertement. Dès lors que le gouvernement a mis la gendarmerie à cheval entre deux statuts, dès lors que l'on autorise des officiers à exercer des activités de chercheur, il était inévitable que ce devoir de réserve finisse par s'éroder jusqu'à provoquer une rupture. Cette rupture, lorsque qu'un général est hué par une foule de sous-officiers devant des caméras, elle est en fait consommée depuis longtemps (la fronde des gendarmes sous Jospin). Le devoir de réserve ne signifie plus rien face à un autre gouvernement qui lui, a brisé, notamment, un de ses fondements centenaires. La gendarmerie respire trop le régalien, le service public, pour ce gouvernement libéral.



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Publié : 07/10/10 - 07h09
Mis à jour : 06/10/10 - 18h21
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