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L’éducation civique s’invite sur les bancs de la maternelle

Société

Publié le 20 avril 2009 à 17h29
Mis à jour le 12 mars 2010 à 13h01

Le Conseil économique, social et environnemental votera demain un texte sur l’éducation civique à l’école. Les « sages » du palais d’Iéna préconisent notamment l’ouverture de l’école aux parents mais surtout l’enseignement des valeurs républicaines. Dès la maternelle.

« La liberté de l’un s’arrête où commence celle d’autrui. » Avis aux nostalgiques de tableaux noirs et autres blouses grises, c’est le grand retour de l’éducation civique à l’école primaire. Et surtout à la maternelle.

Le Conseil économique, social et environnemental votera demain un projet sur l’enseignement de l’éducation civique à l’école. A l’origine de ce rapport, les émeutes en banlieues de 2005. Et un constat : l’école ne fait plus autorité. Elle qui était hier synonyme de réussite et d’intégration, serait aujourd’hui contestée.

Le Conseil souhaite ainsi réaffirmer la mission de l’école, qui est de former des citoyens. Et pour cela, il faut s’y prendre très tôt. « Il faut commencer l’enseignement de l’éducation civique dès la maternelle, c’est fondamental », assure Alain-Gérard Slama, rapporteur du texte. Selon lui, c’est par l’éducation civique que l’enfant apprend à gérer ses pulsions et à vivre en communauté.

« C’est important de se souvenir de cette dimension de l’école qui est d’éduquer à la citoyenneté », affirme Philippe Watrelot, président des Cahiers pédagogiques. Et c’est sur ce point qu’insiste le Conseil économique et social. « Il nous est apparu que l’une des questions fondamentales qui pouvaient se poser était la transmission des valeurs républicaines », explique Hubert Brin, président de la section des affaires sociales.

Les valeurs républicaines, comme la laïcité, la liberté ou encore l’égalité, seront le socle de cet enseignement, sorte de cahier des charges de l’instituteur.

Enseignement qui ne devra pas se cantonner à une discipline, mais devra être transversal. Pourtant, ces valeurs sont déjà présentes dans les écoles. « De la morale, on en fait à longueur de journée », explique Françoise Loubrie, directrice et institutrice dans une école primaire de Montereau.

Valeurs qui peuvent apparaître en décalage : elle regrette parfois que les principes qu’elle enseigne dans sa classe ne soient pas ceux du monde des adultes.

« Changer des couches »

Si le Conseil prône l’introduction du droit dans l’éducation civique, la question de la compétence des maîtres n’est pas résolue.

Les instituteurs n’ont aucune formation particulière dans le domaine juridique. Le rapport préconise également d’ouvrir l’école aux familles, d’associer les parents à la vie scolaire, avec la distribution d’un guide en plusieurs langues. « Que les parents franchissent la porte de l’école, oui, mais ils ne doivent pas se substituer à l’enseignant », ajoute Françoise Loubrie.

Le rapporteur du texte s’est entretenu avec le ministre de l’Education nationale, Xavier Darcos, qui lui a accordé une heure. « L’idéal ne serait pas une loi mais un livret estampillé par le ministère, qui présenterait la problématique aux enseignants et permettrait une pratique commune de l’éducation civique. »

Y compris ceux de maternelle. Comme quoi, ces instituteurs ne servent pas qu’à « changer des couches », comme l’avait dit Xavier Darcos en juillet dernier.

 


“Elle n’élève pas le citoyen”

Professeur à l’université de Genève en sciences de l’éducation, François Audigier considère que l’éducation civique, aujourd’hui, se cantonne à organiser un ordre scolaire sans éduquer l’enfant à la citoyenneté.

« L’éducation civique, c’est essentiellement le moyen d’organiser l’ordre scolaire. Aujourd’hui, elle n’élève pas le citoyen mais pacifie la classe, pour éviter toute forme de violence. Dans les séances de vie de classe, on dit de ne pas voler, de lever la main avant de parler, de ranger ses affaires.

Ce sont des règles de vie très standardisées. Elles sont constituées d’obligations et d’interdictions. Mais on voit rarement la formulation de droit et de liberté.

Or, la formation du citoyen devrait commencer par les libertés. Ainsi la question du droit nous apparaît fondamentale pour construire l’éducation à la citoyenneté. Mais les enseignants ne sont pas formés. On est dans une hypocrisie absolue de demander aux enseignants de faire de l’éducation civique sans être formés.

C’est terriblement de la langue de bois de parler de valeurs républicaines en matière d’éducation civique. Le monde de la vie, c’est le monde du conflit, du rapport de force. Un monde où les valeurs s’affrontent. Il faut travailler avec les élèves sur ce conflit de valeurs.

Et arrêter de regarder l’avenir avec un rétroviseur en se disant qu’autrefois c’était mieux. On dit que l’école faillit à son devoir de démocratisation et d’intégration. Mais comment l’école pourrait être solidaire et égalitaire dans une société qui ne l’est pas. »

 

Par Céline Hussonnois
 

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