Résultats Présidentielle 2012

» S'identifier
Vendredi 25 mai, 23:45
Accueil > Actualité > Société > A l'école des imams à la Francaise

A l'école des imams à la Francaise

Société


La Grande Mosquée et l’Institut catholique de Paris forment peu à peu les futurs cadres de l’islam de France voulu par les pouvoirs publics.

Le geste est ample, la voix est forte. Ils sont une quarantaine, hommes et femmes, à prendre des notes et à l’écouter. Camper à l’extrémité d’une immense table installée au centre de la bibliothèque de la Grande Mosquée, Djelloul Seddiki donne un cours sur l’histoire de l’islam. Il s’adresse à ses élèves, tantôt en arabe, tantôt en français. Sa mission : former les futurs cadres musulmans de l’Hexagone.

« Ici, on est sûr de produire un bon imam francophone ! Avant, nous n’avions pas cette certitude. La personne qui suit notre programme est imprégnée du Coran, mais aussi de la pensée française et occidentale que maîtrisent rarement les prêcheurs qui viennent de l’étranger », assure celui qui dirige l’institut de théologie al-Ghazâli, installé dans les murs de la Grande Mosquée de Paris. Il se dit convaincu que pour guider au mieux ses fidèles, « un imam en France doit aussi connaître Jean-Paul Sartre et Voltaire ».

« La laïcité, c’est une chance pour les musulmans »

En 2005, Nicolas Sarkozy, alors ministre de l’intérieur, pose dans un livre qui fait grand bruit (*) la question de la formation des imams, invitant ses « compatriotes musulmans » à s’organiser dans le cadre de la laïcité et « à se montrer capables d’inventer un islam de France, un islam intégré à la culture européenne », en mesure de faire front aux courants les plus extrémistes de cette religion. Un an plus tard, répondant aux vœux du futur président de la République, la Grande Mosquée de Paris met en place un cursus universitaire unique en son genre : 800 heures de cours, réparties sur quatre ans, dédiés à la formation des aumôniers (devant travailler dans les prisons, les hôpitaux et les écoles) et à celle des ministres du culte musulman. Jusqu’alors, les imams qui officient sur le territoire français sont, pour la plupart d’entre eux, des étrangers, méconnaissants, dans des bien des cas, la société française, sa culture, ses principes juridiques, ses mœurs, voire sa langue. « La laïcité, c’est une chance pour les musulmans, c’est un espace où l’on peut respirer », estime le Dr Seddiki, ardent défenseur d’un islam à la française. Selon lui, « il faudrait former 200 imams par an », pour répondre aux besoins des 2.200 lieux de culte et de prières musulmans que compte la France.

Pour inculquer les fondements du droit français à ses élèves et perfectionner leur compréhension de notre culture, la Grande Mosquée travaille avec l’Institut catholique de Paris (surnommé, la «  Catho ») qui, lui aussi, participe à cette formation de cadres musulmans souhaitée par les pouvoirs publics. Un clergé « à la catholique » s’indigne encore aujourd’hui certaines organisations et associations musulmanes hostiles à ce projet sacrilège où, selon elles, « les curés enseignent aux imams ». « Nous ne demandons pas à l’Institut catholique de dispenser des cours de religion, mais de donner des cours de philosophie, d’histoire et de sociologie », se défend Djelloul Seddiki. En clair : la « Catho » s’occupe de la formation culturelle, La Mosquée de Paris, quant à elle, de l’enseignement théologique.

« Au départ, je suis venue pour apprendre le Coran et le droit musulman », explique Sonia, 37 ans, étudiante de 2e année à l’institut al-Ghazâli. Française, née en Algérie, mère d’un enfant, elle travaille dans une société qui s’occupe de l’organisation de salons professionnels et souhaite à présent devenir aumônier pénitentiaire. « Je suis sensible au problème des prisons où près de 65 % des détenus sont d’origine musulmane. Je veux aider cette jeunesse égarée, lui transmettre la sagesse de la loi coranique », confie la jeune femme, par ailleurs licenciée en psychologie.

Comment concilie-t-elle le Coran, qui, notamment, autorise la polygamie et le droit français qui, lui, l’interdit ? « Sur le plan légal, nous devons respecter les règles du pays dans lequel nous vivons. Par contre, sur le plan humain, j’observe que dans la société française beaucoup d’hommes ont des maîtresses et font quelquefois des enfants avec elles. Le président Mitterrand lui-même agissait de la sorte. Cela ne l’a pas empêché de devenir chef de l’Etat », relève Sonia, la tête recouverte d’une étoffe de couleur rose. A l’entendre : « Au lieu que les choses se passent dans l’hypocrisie, le Coran légalise, dans des conditions rigoureuses, ce qui en France reste dans l’ombre. La règle dans le droit musulman, c’est que l’on ne doit pas enlever à l’une ce que l’on donne à l’autre. »

Envisage-t-elle de suivre ensuite les cours des professeurs de l’Institut catholique ? « Oui, c’est très intéressant. Je suis musulmane mais je possède aussi l’héritage de Voltaire, de Rousseau, de la Révolution. Je suis française ! », répond, amusée, l’étudiante.

S'intégrer à la société française pour mieux guider les fidèles

« Mon boulot est de former des gens qui puissent être légitimes aux yeux des pouvoirs publics et donc à ceux de l’opinion publique », considère Olivier Bobineau, responsables de l’enseignement à l’Institut catholique de Paris. Il explique que, « beaucoup d’imams ne parlaient pas le français et se retrouvaient en décalage par rapport au pays et, surtout, par rapport aux croyants à qui ils avaient affaire au sein de la communauté musulmane. Le décalage existait aussi par rapport aux autres religions. Un prêtre, un pope, un pasteur, un rabbin, c’est en moyenne six à huit ans de formation universitaire sur le sol français ».

Bref, les ministres du culte musulmans n’étaient pas toujours au niveau de leurs « confrères » chrétiens et juifs. « Notre enseignement est centré sur les valeurs et l’histoire de la République, précise le sociologue. Je donne aussi un cours de rhétorique où je leur apprends à s’exprimer devant un auditoire, un maire, un préfet ou les médias. Je leur apprends aussi à serrer des mains, à s’asseoir, à regarder… »

Mais pourquoi des imams arrivant de l’étranger, échappant à toute forme d’autorité, et qui, le plus souvent, se sont autoproclamés, feraient-ils aujourd’hui le choix d’une formation mise en place par la Grande Mosquée et la « Catho » en concertation avec l’Etat français ? « Parce qu’avoir une légitimité légale est un plus pour ceux qui veulent prêcher, affirme Olivier Bobineau. La légitimité des imams étrangers qui fascinent les jeunes des banlieues par leurs prêches ne dure que quelques mois. Après, quand il s’agit de construire une mosquée, d’organiser un pèlerinage, de gérer les problèmes que posent l’abattage et la distribution de la viande halal, il est nécessaire de fréquenter les institutions françaises et les pouvoirs publics. Si on ne connaît rien aux codes juridiques français, on ne peut rien faire, on repart à l’étranger », conclut le sociologue.

La raison d’être de la formation est donc de permettre aux candidats à « l’imamat » de s’intégrer à la société française pour être en mesure, par la suite, de mieux guider leurs fidèles, de les aider à s’intégrer eux aussi. Qui la finance ? Du côté de la Grande Mosquée, les frais d’inscription sont modiques, 120 € par an. « C’est la Mosquée (financée elle-même à 60 % par l’Etat Algérien, NDLR) qui paie les professeurs », assure Djelloul Seddiki. « En ce qui concerne l’Institut catholique, les cours sont financés par l’Etat (4.500 € par étudiant) », indique pour sa part, Olivier Bobineau.

« D’autres organisations, comme l’Union des organisations islamiques de France (UOIF), forment des cadres avec leurs fonds propres. Elles ne sont pas estampillées « ministère de l’Intérieur » et attirent de nombreux candidats », reconnaît un étudiant rencontré à la sortie des cours. « C’est vrai que quand on écoute les derniers discours ou les déclarations de Besson et d’Hortefeux sur l’immigration, on peut se poser des questions avant de se décider à franchir la porte de la Grande Mosquée ou celle de l’Institut catholique qui ont passé un accord avec ce gouvernement », juge t-il.

« L’important, c’est de jeter des ponts entre des milieux qui se défient ou se méprisent, tout simplement par ignorance, estime Olivier Bobineau. Aucun théologien n’intervient dans nos cours. Je m’y suis engagé auprès de l’Etat et des représentants musulmans. Tous nos professeurs viennent de l’enseignement public ou du CNRS », précise-t-il, pour bien souligner la différence qui existe entre « sa » formation, « proposée » et financée par les pouvoirs publics, et celles des organisations religieuses comme l’UOIF. « Mon souci, ajoute l’universitaire, c’est qu’au bout de quatre ans nous avons seulement 70 personnes qui ont obtenu notre diplôme universitaire. Il m’en reste encore 3.000 à former. »


(*) La République, les religions, l’espérance, de Nicolas Sarkozy, éd. du Cerf 2005.

En Chiffres

5 à 6 millions de musulmans vivent en France, on estime que 70 % sont nés dans le pays.
Le Conseil du culte musulman français (CFCM) a été créé en 2003.
La France compte près de 2.200 lieux de culte et de prières musulmans.
1.500 imams travailleraient en France, seulement 200 d’entre eux ont été formés « à la française », 700 seraient « autoproclamés ».
On compte seulement 120 aumôniers musulmans pénitentiaires pour une population carcérale de 64.000 personnes où 60 à 65 % des détenus sont d’origine musulmane.
La formation d’un imam coûtede de 7.000 à 8.000 € à l’Etat.

Par Jean-Claude Galli
C'est sur France Soir !
 

Réactions à cet article12 commentaires

  • Anonyme-77656, le 25 oct à 10:01

    Anonyme-77656
    Enfin un article équilibré


    Enfin un article équilibré sur le sujet.... Bravo France Soir!



    - Signaler un abus  
  • Anonyme-77656, le 25 oct à 10:09

    Anonyme-77656
    Tres intéressant

    Ca va à l'encontre de tous ces prejugés debiles sur les musulmans.. c'est tres bien comme papier..


    je pige pas trop par contre ce que vient faire l'institut catholique. c'est quoi leur intéret à eux ?



    - Signaler un abus  
  • Anonyme-77656, le 25 oct à 10:10

    Anonyme-77656
    question

    comment des "cadres" de l'institut catho peuvent ils former des imams ? Ils n'ont rien à voir ensemble...



    - Signaler un abus  
  • Anonyme-77656, le 25 oct à 10:45

    Anonyme-77656
    Quelle honte

    L´Eglise catholique ferait pas mal de se demander pour les églises

    sont vides en France.


    Est ce qu´un iman vient alder l´église catolique???????


    En Algérie ils ont brulés les églises, ils ont tues des moines,


    franchement la France a perdu le nord............



    - Signaler un abus  
    • Anonyme-77656, le 25 oct à 16:49

      Anonyme-77656
      eh alors???

      je ne vous comprends pas très bien! voulez-vous que nous fassions comme les extrémistes de ce pays??? la différence est que nous vivons dans un pays démocratique et de droit, donc on ne va pas tuer les musulmans!

      pourquoi l'imam aiderait-il l'église? si l'Institut Catholique les aide, c'est en logistique et pour apprendre à ces imams notre culture, et le fondement de notre société basé sur le christianisme.

      par contre étant dans un pays laic je ne comprends pas pourquoi on doit payer pour la formation des imams!



      - Signaler un abus  
  • Anonyme-77656, le 25 oct à 10:46

    Anonyme-77656
    bravo pour l'article

    C'est très bien que l'institut catholique dispense un enseignement culturel de valeur sans s'occuper de la théologie.Enfin il y aura des imams de valeur qui sauront ne pas mélanger religion et valeurs de notre pays, respectueux du droit sans pour autant négliger les valeurs religieuses qu'ils professent ce qui permettra de respecter totalement la laïcité.

    Pour une fois, au moins, M.Sarkozy à eu raison.Bravo.



    - Signaler un abus  
  • Anonyme-77656, le 25 oct à 11:30

    Anonyme-77656
    fantastique

    Si ce projet perdure, on pourrait peut-être arriver à un mieux vivre ensemble.



    - Signaler un abus  
  • Anonyme-77656, le 25 oct à 12:50

    Anonyme-77656
    cest bien

    c est bien comme procédé mais pourquoi l'état doit payer ces formations il me semble qu'il y a séparation de l 'église et l'état , pourquoi financer alors que la collecte dans les mosquées amène une manne financière gigantesque , et ne me dites pas que je suis raciste ou extrémiste , non je pose une question pleine de bon sens, car l'état français ne finance en rien l'église catholique , donc pourquoi financer les études des imams ?



    - Signaler un abus  
    • Anonyme-77656, le 26 oct à 15:10

      Anonyme-77656
      effectivement

      Si financement de la formation des imams ou cadres musulmans il y a, c'est parce que ça répond à une demande forte de l'Etat français qui s'intéresse fortement aux affaires musulmanes (voile, burqua, halal...).



      - Signaler un abus  
  • Anonyme-77656, le 25 oct à 22:14

    Anonyme-77656
    bravo

    Faire comprendre l'islam aux jeunes musulmans de France, est une bonne initiative, mais faire comprendre ce qu'est l'islam aux Francais serait encore mieux.



    - Signaler un abus  
    • Anonyme-77656, le 26 oct à 15:06

      Anonyme-77656
      Pertinent

      Remarque très pertinente !

      C'est une chose très délicate, car après avoir passé plus de 120 ans en terre d'islam, le Français n'a rien appris. Peut-être qu'une autre période de 120 ans en terre laïque fonctionnerait ?



      - Signaler un abus  
  • Anonyme-77656, le 27 oct à 09:39

    Anonyme-77656
    Ha Sonia! il y a toujours une

    Ha Sonia! il y a toujours une femme que l'on nous sort de derrière les fagots pour comparer nos vilains français qui ont des maîtresses!!


    Tout d'abord beaucoup de femmes ont aussi des amants en Europe !!!!!sans qu'on les fouette ou les lapide comme dans les pays de confession musulmane . Et j'aimerais que l'on puisse plus souvent lire les femmes ( Wafa Sultan . Haya irsi Ali, Djémila Benhabib ......)qui ont vécu dans ces pays et témoignent au risque de leur vie. Mais tout cela n'est qu'une vue de l'esprit e méchants racistes....



    - Signaler un abus  

Réagissez à cet article

Réagissez avec votre compte Francesoir.fr :

Ou créez GRATUITEMENT votre compte Francesoir.fr :
Publié : 25/10/10 - 09h12
Mis à jour : 25/10/10 - 09h30
  • Texte plus grand
  • Texte plus petit

Présidentielle 2012 les résultats dans votre ville :

SUIVEZ FRANCE SOIR SUR LES RÉSEAUX SOCIAUX


France-Soir sur Facebook

Sondage

Allez-vous suivre "Secret Story 6" qui débute vendredi 25 mai ?

1866 votants

En images

Festival de Cannes : La journée du vendredi 25 mai en images


Plus d’articles


 

Dernières vidéos

Secret Story 6 : Une nouvelle saison explosive ?

» Voir toutes les vidéos

En images

Bar Refaeli élue femme la plus sexy au monde par le magazine Maxim


Les membres les plus actifs

  • nellyolson nellyolson, le 25 mai à 23:17

    277410 points
    2695 commentaires

    En savoir plus sur nellyolson


  • HeyBaal HeyBaal, le 25 mai à 21:45

    269700 points
    4084 commentaires

    En savoir plus sur HeyBaal


  • Bluesun Bluesun, le 25 mai à 13:07

    174190 points
    2327 commentaires

    En savoir plus sur Bluesun


  • pasloi pasloi, le 25 mai à 22:30

    163240 points
    1497 commentaires

    En savoir plus sur pasloi


  • rafale rafale, le 25 mai à 21:24

    117890 points
    730 commentaires

    En savoir plus sur rafale


Quiz

Testez vos connaissances

Quiz Info : Nicole Kidman, Gouvernement, Roland-Garros et Vin Rouge


Actu du jour en image

Horoscope Quotidien 2012

Minute Trente de Montvalon

TV Tout sur Koh Lanta

Faits Divers Les maisons de l'horreur

Les législatives 2012 par département

AinGuyaneMoselle
AisneHaut-RhinNievre
AllierHaute-CorseNord
Alpes-de-Haute-ProvenceHaute-GaronneNouvelle-Calédonie
Alpes-MaritimesHaute-LoireOise
ArdècheHaute-MarneOrne
ArdennesHaute-SaoneParis
AriègeHaute-SavoiePas-de-Calais
AubeHaute-ViennePolynésie Française
AudeHautes-AlpesPuy-de-Dôme
AveyronHautes-PyrénéesPyrénées-Atlantiques
Bas-RhinHauts-de-SeinePyrénées-Orientales
Bouches-du-RhôneHéraultRhône
CalvadosIlle-et-VilaineSaint-Pierre-et-Miquelon
CantalIndreSaone-et-Loire
CharenteIndre-et-LoireSarthe
Charente-MaritimeIsèreSavoie
CherJuraSeine Saint Denis
CorrèzeLa RéunionSeine-et-Marne
Corse-SudLandesSeine-Maritime
Cote d'OrLoir-et-CherSomme
Côtes-d'ArmorLoireTarn
CreuseLoire-AtlantiqueTarn-et-Garonne
Deux-SèvresLoiretTerritoire de Belfort
DordogneLotVal d'Oise
DoubsLot-et-GaronneVal de Marne
DrômeLozèreVar
EssonneMaine-et-LoireVaucluse
EureMancheVendée
Eure-et-LoirMarneVienne
FinistèreMartiniqueVosges
Français à l'étrangerMayenneWallis et Futuna
GardMayotteYonne
GersMeurthe-et-MoselleYvelines
GirondeMeuse
GuadeloupeMorbihan