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Retraite - Combien dans la rue ?

Société

Publié le 7 septembre 2010 à 08h24
Mis à jour le 7 septembre 2010 à 16h04

Selon qu’une manifestation est perçue comme une réussite ou un échec, les conséquences ne sont pas le mêmes. D’où l’importance de la… comptabilité.

Combien seront-ils aujourd’hui (mardi) dans les rues pour clamer leur colère ou leur angoisse ? Nul ne le saura jamais exactement. Disons que les manifestants seront, en tout état de cause, très nombreux et que, selon un rituel désormais bien établi, les chiffres des organisateurs et ceux de la police seront, à l’arrivée, très différents. Il n’y a guère de risques à prévoir que la CGT, très vite, annoncera « au moins 2 millions de manifestants » et que la police, plus tard dans la journée, en dénombrera… disons 650.000.

Il y a eu – et il y a encore – des tentatives pour essayer de déterminer le nombre de ceux qui, tel jour, sont descendus dans la rue (voir page 3). Mais les chiffres, quand ils ne sont pas « gonflés » pour les besoins d’une cause – voire, dans certains cas limites, carrément « bidonnés » – restent globalement approximatifs. Pour parodier une formule célèbre, on ne peut mettre un gendarme derrière chaque rang de manifestants et un écran, à distance, ne dit pas tout. Alors, qu’est-ce qui est pris en compte, du côté de la police comme du côté des syndicats, pour établir – car cela arrive – une évaluation correcte ?

La nature du parcours, la durée de la manifestation, le rythme du défilé, l’écart (plus ou moins grand) entre les rangées de manifestants. Et on ajoute à cela, dans les deux camps, ce qu’on pourrait appeler le « nez » des experts : à force d’en observer, d’en suivre et d’en analyser, des policiers spécialisés et des syndicalistes avisés sont devenus capables, sans instruments de mesure scientifiques, de jauger, de juger, de trancher. Sans trop se tromper. Même si, pour ne citer que cet exemple, absolument personne ne saura jamais combien il y avait de manifestants gaullistes le 30 mai 1968 derrière le tandem Malraux-Debré ? 1 million, a-t-on dit à l’époque et depuis. Peut-être, ou peut-être beaucoup moins. Le gaulliste Jean-François Probst ne cite-t-il pas (voir ci-dessous) le chiffre de 600.000. 400.000 de moins : excusez du peu ! Mais qu’importe puisque, ce jour-là, la gauche était KO et la droite, revenue de l’enfer, avait tant envie d’y croire.

La foule dans la rue…

Ces questions de comptabilité ne sont pas boutiquières : de la réussite – ou de l’échec – d’une manifestation dépend parfois l’avenir d’une réforme. La foule dans la rue, et tel projet, prudemment, est soudain enterré. Des rangs épars dans une manif, et le pouvoir en place se sent pousser des ailes. Mais rien n’est jamais simple. Aujourd’hui, par exemple, il y aura du monde, et la quasi-totalité des Français sait déjà que la réforme des retraites – peut-être amendée il est vrai – aura d’ici peu force de loi.


Par Dominique de Montvalon
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