Résultats Présidentielle 2012

» S'identifier
Samedi 26 mai, 01:40
Accueil > Actualité > Société > Terrorisme - Action directe : récit d’un super flic

Terrorisme - Action directe : récit d’un super flic

Société


Arrêtés une première fois en 1980, les leaders d’AD sont amnistiés et libérés. Une sanglante dérive criminelle suivra cette erreur politique.

Paris, 13 mars 1982. Un peu avant 20 heures, deux décharges de chevrotine résonnent au 5 rue des Pruniers. Gabriel Chahine, un artiste d’origine égyptienne, qui venait d’ouvrir la porte de son appartement à un inconnu, s’écroule, mortellement touché à la poitrine.

Le 9 juin 2008, dans un café de la capitale, Jean-Pierre Pochon, directeur honoraire de la police nationale, visiblement ému, marque un temps avant d’évoquer cet assassinat : « Immédiatement, j’ai su, lâche-t-il.

Aujourd’hui, bien que cette exécution n’ait jamais été revendiquée, j’ai l’absolue certitude qu’elle est l’œuvre d’Action directe ». Le premier mort, le baptême du sang en quelque sorte, pour l’organisation terroriste d’extrême gauche. Pochon redoutait ce crime et la dérive assassine qui s’ensuivit.

Un an et demi plus tôt, le 13 septembre 1980, c’est lui, à la tête d’une petite équipe d’une douzaine de flics de la Direction centrale des renseignements généraux, qui passa les bracelets à Nathalie Ménigon et à Jean-Marc Rouillan, les chefs historiques d’AD.

Chahine était son informateur, une taupe, un « salaud » pour certains, qui lui avait permis de monter une opération au culot incroyable.

L’indic, balancé par des flics

C’est pour « rendre hommage à Gabriel et à ceux qui ont partagé ce combat » que Pochon a décidé de raconter cette histoire dans un livre*. Le récit d’une traque « sans haine », où il pointe, aussi, la responsabilité politique de la gauche, tout juste arrivée au pouvoir et qui amnistia les membres d’Action directe en 1981. Pochon révèle encore comment Chahine a été proprement donné, balancé à ses tueurs par des fuites qui ne pouvaient provenir que des rangs de la police.

Le sombre polar débute le 1er mai 1979. Action directe mitraille la façade aux stores rouges du CNPF, le siège du patronat, ancêtre du Medef. Pochon et ses hommes comprennent qu’il ne s’agit que d’un début. « J’avais la conviction qu’il s’agissait des prémices d’actions plus violentes, qui inéluctablement allaient se solder par des morts, raconte-t-il. AD était mue par une idéologie destructrice et animée par la conviction de prolonger le combat antifranquiste et antifaciste en prenant les armes contre l’impérialisme, incarné par le pouvoir giscardien. »

Faire sauter le barrage d’Assouan

Très vite, la surveillance et les techniques policières classiques trouvent leurs limites. Enfermés dans leur paranoïa, Nathalie Ménigon, Jean-Marc Rouillan, Joëlle Aubron et Georges Cipriani, dont on connaîtra plus tard l’identité, ont déjà versé dans la clandestinité. Gabriel Chahine les connaît. Pour quelle raison a-t-il collaboré avec la police ?

L’argent, la vengeance, le goût de la manipulation, de l’aventure ? Pochon « ne sait pas ». Reste que la taupe parvient à attirer les membres d’AD dans un piège. Flattant leur ego, il les persuade que la star du terrorisme international, Carlos, les a remarqués et souhaite leur confier une mission : faire sauter le barrage d’Assouan en Egypte.

Ménigon et Rouillan acceptent un rendez-vous où ils croient rencontrer Carlos. C’est la police qui les attend ce 13 septembre 1980. Si l’homme se rend sans résistance, la jeune femme, elle, videra un chargeur en pleine rue contre les policiers avant d’être maîtrisée.

« Cellule de dissuasion »

Chahine est dès lors en danger de mort. Mais il refuse de quitter Paris. L’année suivante, les soubresauts de la campagne présidentielle se répercutent sur les services d’élite de la police. Mai 1981, François Mitterrand est élu président. Le 4 août, la Cour de sûreté de l’Etat, qui devait juger les terroristes, est dissoute. Le même jour, une loi d’amnistie est votée. Rouillan est libéré le lendemain. Ménigon sort de prison le 17 septembre, élargie pour raisons médicales. Chahine est abattu cinq mois plus tard.

Sur ordre de l’Elysée, une « cellule de dissuasion » est mise en place. Sa mission : négocier avec les terroristes. Ceux qui ont trouvé refuge en France, membres de la Fraction armée rouge allemande, des Brigades rouges italiennes, des Cellules communistes combattantes belges, sont approchés. Mais aussi, révèle Pochon « les groupes français d’extrême gauche », dont Action directe.

En échange de leur promesse de s’abstenir de tout activisme politique, ils ne seront pas inquiétés ou extradés. « La cellule leur faisait signer un accord écrit », raconte l’ex-flic.

Quant à Chahine, Pochon en est persuadé : « Quelqu’un, dans le dispositif de l’Etat a décortiqué le travail de mon service et a confirmé son nom comme informateur. » Pour preuve, une écoute téléphonique où un responsable d’AD s’exclame à propos de Chahine : « Il est sur les fiches (NDLR : de la police), c’est sûr ! On nous a dit que c’était sûr. » « On » a désormais un mort sur la conscience.

La machine infernale est enclenchée, l’épopée sanglante d’Action directe commence : outre Chahine, sept policiers tomberont sous leurs balles, ainsi que le patron de la régie Renault, Georges Besse et le général Audran, directeur des affaires internationales au ministère de la Défense.

Les quatre d’AD ne seront stoppés que le 21 février 1987. Tous écoperont de deux peines à perpétuité assortie de dix-huit ans de sûreté. Ils seront incarcérés dans des conditions extrêmement dures. Après deux accidents cérébraux, Nathalie Ménigon a obtenu un régime de semi-liberté en août 2007. Même chose pour Jean-Marc Rouillan. Georges Cipriani, un temps interné en hôpital psychiatrique, est toujours incarcéré et a repris des études d’histoire. Joëlle Aubron, rongée par un cancer, a bénéficié d’une suspension de peine en juin 2004. Elle est décédée le 1er mars 2006, à 45 ans.

Jean-Pierre Pochon, lui, a quitté les RG en 1984. Il a continué sa carrière et le combat contre le terrorisme, notamment islamiste, au sein des services secrets français (DST et DGSE). Jamais il n’a revu les membres d’Action directe. Le flic n’oubliera pas le spectre de ces fantômes rouges qui hantent aussi l’histoire, la nôtre.

(Les Stores rouges, éditions des Équateurs, 286 pages, 19 euros.)

 


Fillon signe l’extradition d’une ex-brigadiste

Les soldats perdus des Brigades rouges qui ont trouvé refuge en France n’en ont pas fini avec la justice. François Fillon a signé hier le décret d’extradition vers l’Italie de Marina Petrella, condamnée dans son pays à la prison à vie pour le meurtre d’un policier imputé au groupe terroriste d’extrême gauche dont elle était membre.

Petrella est incarcérée en France depuis un an dans l’attente de sa présentation à la justice italienne. Près de 300 anciens « BR » sont passés en France à la fin des « années de plomb », qui ont ensanglanté l’Italie il y a quarante ans.

Tous ont bénéficié de l’accord alors proposé par François Mitterrand nouvellement élu président de la République : l’impunité et la non-extradition en échange de l’abandon de tout activisme politique.

Dans son livre, Jean-Pierre Pochon révèle que les responsables d’Action directe ont fait l’objet de la même mansuétude. Avec cette extradition, la France revient donc sur la parole donnée. Surtout, Petrella a été condamnée en son absence et la loi italienne ne lui offre aucune possibilité d’appel.

 

C'est sur France Soir !
 

Réagissez à cet article

Réagissez avec votre compte Francesoir.fr :

Ou créez GRATUITEMENT votre compte Francesoir.fr :
Publié : 10/06/08 - 16h49
Mis à jour : 12/03/10 - 12h14
  • Texte plus grand
  • Texte plus petit

Présidentielle 2012 les résultats dans votre ville :

SUIVEZ FRANCE SOIR SUR LES RÉSEAUX SOCIAUX


France-Soir sur Facebook

Sondage

Allez-vous suivre "Secret Story 6" qui débute vendredi 25 mai ?

1968 votants

En images

Festival de Cannes : La journée du vendredi 25 mai en images


Plus d’articles


 

Dernières vidéos

Secret Story 6 : Une nouvelle saison explosive ?

» Voir toutes les vidéos

En images

Bar Refaeli élue femme la plus sexy au monde par le magazine Maxim


Les membres les plus actifs

  • nellyolson nellyolson, le 25 mai à 23:17

    277410 points
    2695 commentaires

    En savoir plus sur nellyolson


  • HeyBaal HeyBaal, le 25 mai à 21:45

    269700 points
    4084 commentaires

    En savoir plus sur HeyBaal


  • Bluesun Bluesun, le 25 mai à 13:07

    174190 points
    2327 commentaires

    En savoir plus sur Bluesun


  • pasloi pasloi, le 26 mai à 00:21

    163240 points
    1498 commentaires

    En savoir plus sur pasloi


  • rafale rafale, le 25 mai à 21:24

    117890 points
    730 commentaires

    En savoir plus sur rafale


Quiz

Testez vos connaissances

Quiz Info : Nicole Kidman, Gouvernement, Roland-Garros et Vin Rouge


Actu du jour en image

Horoscope Quotidien 2012

Minute Trente de Montvalon

TV Tout sur Koh Lanta

Faits Divers Les maisons de l'horreur

Les législatives 2012 par département

AinGuyaneMoselle
AisneHaut-RhinNievre
AllierHaute-CorseNord
Alpes-de-Haute-ProvenceHaute-GaronneNouvelle-Calédonie
Alpes-MaritimesHaute-LoireOise
ArdècheHaute-MarneOrne
ArdennesHaute-SaoneParis
AriègeHaute-SavoiePas-de-Calais
AubeHaute-ViennePolynésie Française
AudeHautes-AlpesPuy-de-Dôme
AveyronHautes-PyrénéesPyrénées-Atlantiques
Bas-RhinHauts-de-SeinePyrénées-Orientales
Bouches-du-RhôneHéraultRhône
CalvadosIlle-et-VilaineSaint-Pierre-et-Miquelon
CantalIndreSaone-et-Loire
CharenteIndre-et-LoireSarthe
Charente-MaritimeIsèreSavoie
CherJuraSeine Saint Denis
CorrèzeLa RéunionSeine-et-Marne
Corse-SudLandesSeine-Maritime
Cote d'OrLoir-et-CherSomme
Côtes-d'ArmorLoireTarn
CreuseLoire-AtlantiqueTarn-et-Garonne
Deux-SèvresLoiretTerritoire de Belfort
DordogneLotVal d'Oise
DoubsLot-et-GaronneVal de Marne
DrômeLozèreVar
EssonneMaine-et-LoireVaucluse
EureMancheVendée
Eure-et-LoirMarneVienne
FinistèreMartiniqueVosges
Français à l'étrangerMayenneWallis et Futuna
GardMayotteYonne
GersMeurthe-et-MoselleYvelines
GirondeMeuse
GuadeloupeMorbihan