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Un ex-mercenaire d’extrême droite s’accuse de l’assassinat de Pierre Goldman

Société

Publié le 27 janvier 2010 à 18h59
Mis à jour le 16 mars 2010 à 12h07

Cette enquête de Michel Despratx a nécessité plus d’un an de travail. On y croise d’anciens policiers, des militants aguerris et des responsables politiques à la mémoire défaillante.

Plus de trente ans après les faits, il revendique l’assassinat de Pierre Goldman. Le visage flouté, un galurin sévèrement vissé sur la tête, « Gustavo » – exotique sobriquet – relate l’assassinat, le 20 septembre 1979, à deux pas de son domicile, de l’un des plus turbulents gauchistes français, un tract signé « Honneur de la police », placé le long de son corps criblé de sept balles.

D’après « Gustavo », qui se présente comme « un soldat politique, patriote et nationaliste », il fallait stopper net « le laxisme » du gouvernement de l’époque, coupable d’avoir élargi un dangereux marxiste. En l’occurrence Pierre Goldman, révolutionnaire patenté revenu à Paris, en 1968, après deux ans passés au Nicaragua, ayant dérivé vers le gangstérisme.

Jusqu’à être condamné à perpétuité pour le meurtre de deux pharmaciennes commis en 1969.

L’auteur présumé a beau hurler son innocence, il écope. Mais parvient à être acquitté, en 1976, au cours d’un retentissant procès en révision, où afflue toute la gauche réunie. Sitôt dehors, le demi-frère de Jean-Jacques Goldman rejoint Libération, le quotidien de toutes les audaces dans une France bercée à l’accordéon giscardien.

Devant la caméra de Michel Despratx, « Gustavo » justifie l’exécution de « Goldy ». A l’écouter, l’auteur de Souvenirs obscurs d’un juif polonais né en France (éd. Seuil), un best-seller écrit en prison, devenait trop entreprenant.

Pour ce « contrat », l’ex-para affirme avoir été contacté par des individus, eux-mêmes mandatés par Pierre Debizet, dit « Gros Sourcils », le patron du Service action civique (SAC), officine gaulliste chargée des basses besognes, dissoute en 1982 après l’atroce tuerie d’Auriol.

Le commando ? Un membre de la DST, aujourd’hui à la retraite ; un policier appartenant à une section des RG, ignorée des organigrammes officiels et créée par Philippe Massoni, l’ancien préfet de police de Paris, chargée de lutter contre « la subversion » et, au besoin, en « cassant du Nègre », selon un ex-inspecteur. Le dernier homme du groupe est un mercenaire, compagnon d’armes de « Gustavo » dont l’entregent est certain dans les milieux fascistes.

« Violence révolutionnaire »


Le sexagénaire est en tout cas formel. L’exécution de Pierre Goldman aurait été revendiquée par Pierre Debizet en hauts lieux. Le sourcilleux patron du SAC, décédé en 1996, en aurait référé à Victor Chapos, l’ancien conseillé « aux affaires réservées » de Valéry Giscard d’Estaing, chargé des dossiers les plus sensibles, mort il y a quelques années.

Des propos qui plongent Christian Bonnet, ministre de l’Intérieur de VGE, dans une profonde expectative. Tandis que Robert Pandraud, alors directeur de la police nationale, infirme ce scénario, un rictus en coin…

Au terme de l’enquête, il ressort que Pierre Goldman aurait été assassiné pour avoir voulu ravitailler en armes les séparatistes basques d’ETA. Comme le confirme, face caméra, Charlie Bauer, ex-ami de la victime, un temps comparse de Jacques Mesrine. Les deux hommes réfléchissaient en outre à la création d’un « groupe radical » destiné à semer « la violence révolutionnaire ».

Trois décennies plus tard, « Gustavo », dans son costume rayé, reste droit dans ses brodequins. Abattre un homme, fût-il un adversaire politique, « C’est toujours absurde. Evidemment, ça n’a servi à rien. Mais il y a des choses qu’il faut faire. C’est comme ça… »









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