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Violence - Le parcours du combattant de Samira attaquée dans sa voiture

Société


Elle arrivait chez des amis à Aubervilliers (Seine-Saint-Denis) quand elle s’est fait agresser dans sa voiture. C’était le 8 janvier. Un mois plus tard, son état de santé est toujours jugé sérieux. Et son agresseur, un jeune récidiviste de 17 ans et demi, a été condamné à six mois de prison avec sursis après douze plaintes.

Au feu rouge. Il est 19 heures, ce jeudi 8 janvier, quand Samira* B. se prépare à arriver chez des amis. Au volant de sa Renault Mégane, immatriculée dans le Calvados (14), la conductrice de 35 ans s’engage dans la rue de la Commune de Paris, à Aubervilliers (Seine-Saint-Denis). Samira s’arrête au feu rouge, face à la caserne des pompiers et s’empare de son gros sac à main rouge vernis qu’elle a calé, comme d’habitude, sous son siège, avant de se garer. « J’étais à 15 mètres de mon lieu de rendez-vous, raconte la jeune femme. J’étais dans mes pensées car je venais d’avoir ma mère au téléphone ; elle n’allait pas bien, elle avait des problèmes de santé. » Samira s’apprête à redémarrer quand soudain, c’est le choc. « Il y a eu un énorme bruit, comme une explosion sourde. J’ai pensé que cela venait de la caserne des pompiers, raconte la jeune femme, effarée. J’ai tourné la tête, c’était ma vitre, côté passager, qui venait de voler en éclat. Il y avait du verre partout. Je vois ce jeune. Je le regarde, il me regarde. J’ai bien mémorisé son visage, il a les traits fins, le teint blafard et un regard avec les yeux tombants. Je pourrais le reconnaître entre mille. Il passe sa main dans la voiture. J’ai ma ceinture mais je m’agrippe à mon sac. Je hurle. Il ne parle pas. Il veut m’arracher le sac des mains. Je tire de mon côté, de toutes mes forces. Et cela, à cinq reprises. Il me donne des coups de poings sur les mains mais je ne veux pas lâcher mon sac. Il y a ma vie dedans. Et je pousse un cri terrible. Et là, il lâche mon sac et s’enfuit. Un homme sort de sa voiture et accourt vers moi. En voyant ce jeune courir jusqu’à ma portière, il a cru que c’était mon fils ou une personne que je connaissais. Il m’a dit qu’un autre jeune l’attendait en scooter. Personne n’a réagi. Dans mon sac, j’avais mes papiers, des moyens de paiement, les clés d’une amie, 3,50 euros et 20 livres anglaises. »

« Douleurs à la nuque »

Plainte le lendemain. La jeune femme arrive au commissariat de police d’Aubervilliers, terrorisée. Elle décrit son agresseur mais sa plainte ne peut être enregistrée le soir-même. « Il y avait cinq personnes en garde à vue ce soir-là. On m’a demandé de revenir le lendemain. » Samira repart, paniquée, avec sa voiture ouverte aux quatre vents et le film de son agression en tête. « Il était vêtu d’une veste ou d’un survêtement, je ne sais plus, de couleur crème. Il mesure 1,70 mètre à peine… »

Premières douleurs. La victime revient au poste de police, le vendredi 9 janvier, et porte plainte. « Je dois reprendre mon travail dimanche, dit-elle. Je ressens comme des douleurs à la nuque. On me demande de revenir, lundi, pour identifier l’auteur. J’y serai. »

70 photos. Retour au commissariat le lundi 12 janvier. « On me présente un classeur de 70 photos, s’étonne la jeune femme. Je tourne les pages mais je ne reconnais pas mon agresseur et tout à coup, mon regard s’arrête sur une photo. C’est lui. Il est même photographié quatre fois à des âges différents. Le cliché le plus récent dévoile ses 17 ans et demi. C’est hallucinant. Les policiers m’expliquent qu’il est déjà bien connu de leurs services et qu’il va être interpellé à tout moment. Convoqué comme moi, le témoin le reconnaît aussi sur les photos. » Mais Samira veut en savoir plus. La nuque déjà raide, elle retourne sur les lieux de l’agression, arpente les rues, pousse la porte des magasins à la recherche d’une caméra de surveillance qui pourrait avoir filmé l’attaque. En vain. Après avoir été examinée par un médecin, elle revient avec une minerve autour du cou et 7 jours d’ITT (incapacité temporaire totale).

Coups de fil en boucle. « L’avez-vous arrêté ? » Samira relance plusieurs fois par jour les inspecteurs chargés de son dossier pour savoir si son agresseur va être interpellé. « Je sentais que, comme mon sac n’avait pas été volé, on risquait de glisser, peu à peu, vers un classement de ma plainte, mais les jeunes inspecteurs m’ont beaucoup aidée. C’est ainsi qu’ils m’ont annoncé que je n’étais pas la seule victime et qu’ils allaient l’arrêter. »

Derrière une vitre sans tain

Agresseur interpellé. Le jeudi 15 janvier, à 6 heures, le jeune M. est cueilli au domicile de ses parents à Aubervilliers. Les enquêteurs découvrent dans sa chambre un portable volé. Douze plaintes sont enregistrées contre lui, dont dix pour la seule ville d’Aubervilliers. Toutes les victimes, dix femmes et deux hommes, ainsi que le témoin de Samira, sont appelés à venir identifier leur agresseur derrière une vitre sans tain. « Il était placé entre trois hommes et présentait un carton portant le n°2. Sans avoir parlé entre nous, nous l’avons tous reconnu. »

La peur. Elles ont de 17 à 65 ans et ont toutes un point commun : la peur. L’une d’elle, une femme d’origine asiatique, a déjà été attaquée à trois reprises, dont deux fois par le même jeune M. et un complice. « Cette personne s’est fait agresser dans l’ascenseur de son immeuble, reprend Samira, peu rassurée. Ils étaient deux. C’était en novembre dernier. Depuis, elle ne dormait plus. C’est son portable qu’ils ont retrouvé chez lui. »

Détention provisoire.
Le jeune M. est gardé à vue et présenté au juge pour enfants qui ordonne son placement en détention provisoire au quartier des mineurs de la maison d’arrêt de Villepinte (Seine-Saint-Denis) avant sa comparution devant le tribunal pour enfants de Bobigny. Samira revoit son médecin le jeudi 22 janvier et ressort avec un traitement sous cortisone et 15 jours d’ITT.

Branle-bas de combat. Coup de fil des enquêteurs, le jeudi 22 janvier, au matin : l’audience est prévue le lendemain. Dans le cadre de la comparution à délai rapproché, les mineurs, comme pour la comparution immédiate des adultes, peuvent, depuis 2007, être présentés au tribunal en des temps raccourcis « J’ai juste eu le temps de prévenir ma compagnie d’assurance, s’agite Samira. Mon contrat prévoit une assistance juridique gratuite. Je vais appeler mon avocate ».

Ambiance au tribunal. Dans la petite salle des pas perdus du tribunal pour enfants de Bobigny, une jeune avocate enceinte arrive souriante devant sa cliente à la mine défaite. Suspects, parents, victimes, éducateurs, défenseurs, tous ont été convoqués à la même heure, 13 h 30, et au même endroit, dans un couloir exigu. Accompagnée de deux amies, Samira n’a pas le temps de s’asseoir qu’elle se retrouve face aux copains de son agresseur. Ils se jettent sur des sièges à un mètre d’elle, plaisantent, se chamaillent, feignant d’ignorer sa présence. La petite cinquantaine, le père du jeune M., manteau bleu marine impeccable sur costume-cravate, tourne en rond à deux pas de la salle d’audience. Les copains viennent l’embrasser, lui expriment leur soutien par des tapes dans le dos. « Mon fils n’a pas fait cela tout seul, lance le commerçant presque menaçant. Il a été entraîné. D’ailleurs, la police n’a rien trouvé à la maison, tout juste un portable qui ne valait pas un sou… »

15 h 45. La séance s’ouvre à huis clos. Le fils du commerçant comparaît détenu. Sur les douze victimes convoquées, Samira est la seule présente. Les autres redouteraient des représailles. L’audience est « surréaliste ». « Il se plaint de la nourriture en prison, menace de faire grève de la faim et de se suicider, réclame de l’argent à son père, coupe la parole à la présidente et en plus, nie les faits… », rapporte, ahurie, la jeune femme. Son éducateur le décrit comme un « garçon qui veut s’en sortir par des études d’électromécanique. » Un argument vite balayé par la présidente du tribunal qui égrène ses innombrables absences en cours. Son alibi : la boxe. L’audience est reportée au vendredi 6 février. Le jeune M. ressort libre, ce que Samira ignore encore. Il devra revenir avec les éléments de preuve justifiant de sa présence en salle de boxe lors de chaque agression.

Panique. Le samedi 24 janvier, l’une des victimes reconnaît son agresseur dans la rue. Elle appelle Samira, affolée. « Cette femme pensait qu’il était retourné en prison, ce que je pensais aussi. On ne se sent pas du tout en sécurité. »

Tombereau d’insultes

Jugement. Retour au tribunal pour enfants, le vendredi 6 février. Samira se retrouve face à son agresseur qui l’invective devant l’agent d’accueil, en présence de son père et de plusieurs témoins. Son frère l’a accompagnée. Son traitement médical s’est alourdi. « J’ai mal quand je suis assise. Le matin, j’ai le dos bloqué. Les disques ont bougé. Je fais glisser mes jambes pour sortir du lit. J’ai aussi mal à la mâchoire et je ne peux ni tourner ni baisser la tête. Ces douleurs me descendent dans la jambe droite. » Le rapport du médecin fait état « d’un traumatisme des trapèzes cervicaux avec engourdissement facial droit, déchirure des ligaments et lambo-sciatique. » Résultat : un mois d’ITT et trois mois de soins obligatoires. Au diagnostic s’ajoute la confrontation. « Je l’ai regardé ; je tremblais. Je n’étais pas obligée d’être là mais il le fallait. C’est un lâche. » Le jugement tombe tel un couperet : six mois de prison avec sursis et relaxe pour les 11 autres dossiers « faute d’éléments suffisants ». « Il est arrivé les mains dans les poches et n’a pas apporté la preuve de son innocence, s’indigne Samira. Il a joué aux personnes vulnérables pour bénéficier de l’indulgence du tribunal alors que les éléments à charge étaient là. La police a bien fait son travail. » A l’énoncé de la décision, la porte de la salle d’audience est restée ouverte. Dans le petit couloir, le jeune M. rejoint ses amis, suivi de son père et de son éducateur. Samira voudrait se faire toute petite à sa sortie. Elle est accueillie par un tombereau d’insultes.

Insomnie. « Je n’arrête pas de pleurer et je n’arrive pas à dormir. Je fais des cauchemars. Je ne sais pas si je dois faire appel. On me dit que cela ne sert à rien. Il recommencera. » Fin 2007, le jeune M. avait déjà été condamné à trois mois de prison avec sursis pour des faits similaires.

* Le prénom a été changé

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Réactions à cet article1 commentaire

  • Anonyme-77656, le 24 jui à 00:03

    Anonyme-77656
    Agression à Aubervilliers

    Le lundi 19 juillet 2010 vers 08h30, j'étais sur le chemin du boulot. Je n'oublierai jamais ce jour là. J'étais arrêté au feu rouge près l'entrée sur le phériphe extérieure à aubervilliers (place skanderbeg) que tout le monde connais sûrement. Tout à coup j'entends comme une explosion, c’était ma vitre qui a éclaté en millle morceaux du côté passager. J'ai vu un homme s'emparé de mon sac à main, je n'ai pas eu le temps de réagir que les 2 hommes en scooter s'étaient envolés. Il y a eu des gens qui ont klaxonnés aux voleurs mais personne n'est descendu. Voilà mon cauchemar d'aubervilliers.



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Publié : 15/02/09 - 17h36
Mis à jour : 12/03/10 - 13h50
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