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Waris Dirie, pour l’honneur des femmes

Société

Publié le 9 mars 2010 à 16h47
Mis à jour le 16 mars 2010 à 12h47

Le film revient sur le parcours de l’ancien top-modèle, de son enfance tourmentée à son combat contre l’excision.

Aujourd’hui, elle est grippée. Qu’importe, Waris Dirie assurera ses entretiens de la journée. Depuis la parution de son livre Fleur du désert, en 1999, et la création de sa fondation, en 2002, cet ex-mannequin a revêtu un autre costume : un manteau de pèlerin. Et c’est autour du monde qu’elle défend farouchement la cause des fillettes violentées.
Longtemps elle a caché derrière un sourire de papier glacé cette blessure inavouable. Puis, en 1990, au détour d’un entretien dans un grand magazine de mode, Waris Dirie s’est décidée à parler, à raconter, à dénoncer… Depuis, elle ne s’arrête plus. Excisée à 3 ans, elle dit tout sur le rasoir qui a mutilé sa féminité à jamais, la douleur qui l’a terrassée. Sur la mort de ses deux sœurs qui n’y ont pas résisté, la honte et l’incompréhension qui longtemps ne l’ont pas quittée… « Plus jamais ça ! » s’insurge cette femme de 45 ans, mère de deux garçons (12 ans et 9 mois), qui, après avoir défilé sur les podiums du monde entier aux côtés des Claudia Schiffer, Linda Evangelista et Carla Bruni, parcourt désormais la planète afin de rencontrer les chefs d’Etat et de les convaincre de rejoindre son combat. Kofi Annan l’a nommée à l’ONU en 1999, Nicolas Sarkozy lui a remis la médaille de chevalier de la Légion d’honneur en 2003, mais Waris balaie les honneurs d’un revers de la main, presque agacée. Pas de quoi se réjouir, même si quatorze pays africains depuis 2006 ont légiféré contre cette pratique illégale. Pas de quoi crier victoire quand, aujourd’hui encore, « ce crime » mutile ou tue chaque jour 8.000 fillettes, soit 3 millions par an, à travers le monde. Si Waris Dirie a raconté l’histoire de sa vie dans un best-seller, Fleur du désert, paru en 1999, aujourd’hui adapté au cinéma par la réalisatrice Sherry Hormann, c’est, dit-elle, pour l’exemple. « Je viens de nulle part. Je n’ai pas fait d’études, mais je m’en suis sortie. Je veux que toutes les petites filles qui rêvent de liberté sachent que si moi, je l’ai fait, elles peuvent le faire aussi, car je n’ai rien d’exceptionnel. » Pourtant sa détermination à vouloir changer le cours des choses force le respect. Née dans un camp de nomades en Somalie, déjà à 13 ans elle se dresse contre le désir de son père de la marier à un homme de 65 ans. Des jours et des nuits à marcher seule dans le désert avant d’être confiée à un oncle ambassadeur à Londres. Elle se croit sauvée, mais la voilà enfermée, esclave à tout faire de cet homme sans scrupule. Puis c’est la rue, les restes qu’elle mange dans les poubelles, et un jour, un destin : un photographe qui la repère et lui offre la couverture du fameux calendrier Pirelli en 1987… Quand on lui demande aujourd’hui si sa vie est un cauchemar ou un conte de fées, elle s’énerverait presque : « C’est un conte de fées, voyons ! J’ai désormais le contrôle absolu de ma vie. »

(*) www.waris-dirie-foundation.com
Par Veronick Dokan
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