A Ascoval: "On a gagné une bataille mais pas la guerre!"

A Ascoval: "On a gagné une bataille mais pas la guerre!"

Publié le :

Mercredi 31 Octobre 2018 - 16:11

Mise à jour :

Mercredi 31 Octobre 2018 - 20:30
© FRANCOIS LO PRESTI / AFP
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Par Julia PAVESI - Saint-Saulve (France) (AFP)

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Pas de cris de joie mais du soulagement, mêlé encore de scepticisme. Rassemblés devant leur aciérie en sursis, les salariés d'Ascoval ont appris par l'AFP que le cabinet d'expertise jugeait le projet de reprise "crédible et viable"... mais, pour eux, "ce n'est pas fini".

"On a gagné une bataille, mais pas la guerre !", a réagi David Chapuy, 43 ans, en découvrant les premières déclarations de l’État et des experts indépendants.

A la mi-journée, aucune information de leurs représentants syndicaux, réunis autour de la table avec le gouvernement à Paris, ne leur est encore parvenue. Les yeux rivés sur le portable, ils cherchent des informations sur internet.

Plusieurs participants font savoir que le ministre de l’Économie Bruno Le Maire juge désormais "solide" l'offre de reprise de leur usine de 281 salariés par Altifort. Et le projet du groupe franco-belge est "crédible et viable", selon le diagnostic des experts.

"C'est super, Roland Berger est un cabinet spécialisé. C'est une reconnaissance de notre travail. Si l'avis avait été négatif, c'était mort", assure Bruno Ribals, entré chez Vallourec en 1996 et aujourd'hui chargé des achats de matières premières. "Maintenant, les gars veulent du concret, des chiffres, des dates. Dire que c'est en bonne voie, ça ne suffit pas (...) Ce n'est pas fini".

- Reprise du travail lundi -

Une grosse cinquantaine de salariés, installés par petits groupes à l'entrée du site bloqué par des palettes de bois, n'en savent pas encore plus et attendent le retour de Bercy de l'intersyndicale.

Car si Bruno Le Maire a affirmé qu'il y avait "une chance" pour sauver le site, ses déclarations ne convainquent pas encore tous les sidérurgistes.

"Il y a encore beaucoup de scepticisme", souligne, circonspect, Gérard Del Tufo, délégué CFDT. "Il faut voir les conditions" de reprise, "il faut des commandes fermes. Pour le moment, on n'a pas de garanties."

Sébastien Bourgard, lui, "se sent baladé par le gouvernement". "On est 280, et on a chacun un sentiment différent". La question pour lui, c'est de savoir "combien de temps on va durer en cas de reprise".

"C'est comme un commerce, quand tu l'ouvres, tu ne sais pas combien de temps il va tenir...", le coupe Salvatore Benedetti, délégué du personnel assis à côté de lui, tandis que le nuage de fumée noire que dégagent les pneux enflammés sur le rond-point les recouvre momentanément. "Il faut laisser une chance à Altifort !"

Il leur aura fallu attendre le retour de la délégation syndicale vers 17h00 pour en savoir plus et tenir une assemblée générale dans l'usine, loin de la presse.

Une assemblée générale qui a duré près de deux heures et qui a finalement décidé de remettre l'usine en route et de reprendre le travail lundi dès 6h00, pour quatre à cinq semaines, soit le temps demandé par Bruno Le Maire pour "régler les sujets qui sont sur la table".

"On nous ouvre une chance, on ne peut pas la laisser passer. Il faut aller jusqu'au bout", a déclaré le porte-parole de la coordination syndicale et délégué CFDT Bruno Kopczynski, assurant que la décision a été prise à "l'unanimité".

"La réunion a été assez difficile", a réagi à l'issue de l'AG vers 19h00 M. Chapuy, affirmant que tous n'étaient pas "forcément" d'accord avec la décision. "On veut essayer de garder notre emploi. Si on continuait le blocage, on condamnait notre usine".

"C'est une avancée, mais on n'a rien de concret dans l'immédiat. On a un projet viable mais il faut des garanties derrière. Sans Vallourec, c'est pas évident", selon Pascal Wardin, technicien de maintenance au sein du groupe depuis 1982, qui a néanmoins "confiance".

Selon plusieurs salariés sur place, un potentiel client italien visitait l'aciérie mercredi et un autre est venu dimanche. "Il va falloir remonter nos manches et montrer à Vallourec qu'on n'a pas besoin d'eux", ajoute Salvatore Benedetti.

Derrière lui, le panneau "Vallourec" est complètement carbonisé.

Des salariés d'Ascoval à Saint-Saulve le 31 octobre 2018


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