Brexit: la complainte d'un ostréiculteur nord-irlandais

Brexit: la complainte d'un ostréiculteur nord-irlandais

Publié le :

Lundi 11 Mars 2019 - 11:24

Mise à jour :

Lundi 11 Mars 2019 - 11:30
© PAUL FAITH / AFP
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Par Joseph STENSON - Londonderry (Royaume-Uni) (AFP)

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Depuis 20 ans, William Lynch développe son exploitation d'huîtres dans des eaux disputées par les autorités britanniques et irlandaises, un flou juridique qui a permis à son entreprises de prospérer. Mais le Brexit pourrait bien changer la donne.

"Si on nous laissait tranquilles, on ferait de superbes affaires ici", explique-t-il, regardant les vaguelettes lécher les poches à huîtres installées sur des tréteaux.

"Les huîtres, ça marche bien, mais il y a toujours quelque chose pour venir vous compliquer la vie", regrette cet ostréiculteur de 64 ans.

Son entreprise, Foylemore Oysters, est implantée sur les rives du Lough Foyle, l'estuaire qui traverse, un peu plus haut, la ville nord-irlandaise de Londonderry.

Riches en nutriments puisés dans les sables limoneux qui bordent ses rives, ces eaux donnent aux huîtres un léger "goût de noisette" qui, dit-il, assure le succès de sa production. L'entreprise exporte jusqu'à 500 sacs de coquillages par semaine.

Les autorités britanniques revendiquent l'intégralité de l'estuaire, jusqu'au niveau de la marée haute sur la rive irlandaise, ce que conteste Dublin, explique William Lynch.

"C'est un problème complexe qui implique un grand nombre d'acteurs", a déclaré à l'AFP un porte-parole du ministère irlandais des Affaires étrangères. Une question non résolue qui permet aux activités conchylicoles de se développer à l'abri des régulations. "On applique les meilleures normes", assure néanmoins William Lynch.

- 'Ce serait dommage' -

Mais avec le Brexit, il craint que le désaccord entre les autorités irlandaises et britanniques débouche sur une bataille politique entre Londres et l'UE, chaque partie tentant de défendre ses intérêts économiques et sa politique en matière de pêche et d'aquaculture.

Si le résultat du bras de fer est difficile à anticiper, William Lynch estime que des perturbations sont à prévoir pour son activité. "Ce serait dommage de laisser la politique gâcher un si bon gisement", déplore-t-il.

Sur les 500 kilomètres de frontière qui séparent l'Irlande de la province britannique d'Irlande du Nord, son entreprise est sans doute l'une des plus exposées aux conséquences du Brexit.

En plus de la dispute territoriale, William Lynch redoute la possible mise en place de contrôles à la frontière terrestre, qu'il traverse au moins six fois par jour pour rejoindre ses différents sites de production.

Ses exportations pourraient également être affectées par le nouveau régime qui sera instauré lorsque le Royaume-Uni sera devenu un "pays tiers" de l'UE. Ses huîtres sont d'abord traitées en France avant d'être envoyées, pour la plupart, en Chine, à Hong Kong ou Dubaï.

"Je sais que j'ai un produit de qualité ici, une main d'oeuvre qualifiée, et de bons clients", soupire-t-il. "Tout ce que je veux c'est pouvoir élever mes huîtres".

L'ostréiculteur William Lynch redoute que son exploitation, dans une zone disputée entre l'Irlande du Nord britannique et la république d'Irlande, ne fasse les frais du Brexit


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