Commerce: Robert Lighthizer, un influent conseiller dans l'ombre de Trump

Commerce: Robert Lighthizer, un influent conseiller dans l'ombre de Trump

Publié le :

Jeudi 09 Mai 2019 - 18:10

Mise à jour :

Jeudi 09 Mai 2019 - 18:12
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Par Delphine TOUITOU - Washington (AFP)

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Avec Donald Trump, Robert Lighthizer partage la méfiance et l'intransigeance à l'égard de la Chine. Econome de ses mots, ce technicien de l'ombre s'est imposé au fil des mois comme l'homme fort de Washington dans les négociations commerciales, bien décidé à faire plier Pékin.

C'est dans ses bureaux, non loin de la Maison Blanche, que l'ambassadeur Lighthizer va retrouver jeudi et vendredi le vice premier ministre chinois Liu He, un proche du président Xi Jinping, pour des tractations à haut risque pour les deux pays.

Il a hérité du dossier chinois fin 2018 juste après avoir arraché la signature du nouveau traité de libre-échange nord-américain liant Etats-Unis, Canada et Mexique.

Cette mission avait été précédemment confiée au secrétaire au Commerce Wilbur Ross et son secrétaire au Trésor Steven Mnuchin. Sans succès.

Le titre de représentant américain au Commerce (USTR) fait de M. Lighthizer un membre à part entière du "cabinet", c'est-à-dire du gouvernement réuni autour du président américain. Il est aussi le représentant des Etats-Unis au sein de l'Organisation mondiale du commerce (OMC).

Les services de l'USTR, dont il a pris la tête il y a tout juste deux ans, ne sont pas une découverte pour ce spécialiste du droit commercial international puisqu'il en avait été le numéro 2 sous la présidence du républicain Ronald Reagan dans les années 1980.

Comme Donald Trump, il estime que le libre-échange n'est pas sans limite, plaidant pour le "pragmatisme" en matière de politique commerciale.

Vis-à-vis de la Chine, ses objectifs sont clairs: forcer le géant asiatique à mettre fin à des pratiques commerciales jugées "déloyales", citant le "vol" de la propriété intellectuelle américaine, le "transfert forcé" de technologies ou "le capitalisme d'Etat", une rhétorique chère au président républicain.

"La technologie est l'avantage le plus important dont disposent les Américains. Nous sommes innovants, nous sommes excellents sur le plan technologique", avait fait valoir "Bob", comme le surnomme Donald Trump, dans un entretien rarissime à un média américain début décembre. Et, il n'est pas question de céder du terrain en la matière.

- Des promesses et des actes -

C'est même tout l'enjeu de ces négociations. Alors, Robert Lighthizer ne se contentera pas de promesses. Il veut des actes.

Contrairement à Donald Trump qui aime être constamment sous les feux des projecteurs, le négociateur cultive le secret, la discrétion. Lors des négociations avec le Canada et le Mexique qui ont duré plus d'un an, ses apparitions ont été rares, ses prises de paroles parcimonieuses, ses communiqués distillés au compte-goutte.

Durant ses auditions au Congrès, il pèse ses mots, répond de manière ciblée sans jamais dévoiler de détails susceptibles de faire capoter les discussions.

Seul couac en public: il est violemment pris à partie en février par Donald Trump dans le bureau ovale, devant les caméras du monde entier et surtout en présence de Liu He.

Le président veut nouer un accord avec la Chine, et vite, quand M. Lighthizer privilégie un accord consistant.

En vétéran des négociations commerciales -- il avait participé à celles avec le Japon dans les années 80 --, il apparaît alors désarçonné, lui qui met un point d'honneur à ne pas exposer en public ce qui se joue en coulisses.

Robert Lighthizer est originaire d'une famille aisée d'Ashtabula, un port de l'Ohio important pour le transport du charbon et des minerais à la fin du XIXe siècle, dont le déclin au fil du temps a forgé son scepticisme sur la mondialisation et ses prises de position musclées sur les échanges commerciaux, avaient rapporté des proches au New York Times.

Diplômé de Georgetown, université qui forme une grande partie de l'élite de Washington, M. Lighthizer, père de deux enfants, était associé dans le cabinet d'avocats Skadden où il était spécialiste du droit commercial international pendant plus de 30 ans.

Stature plutôt imposante, yeux d'un gris-bleu perçant, on le décrit comme un homme aussi "grincheux" en privé qu'en public. "Il est très particulier. Pompeux parfois", ont confié des responsables proches des négociations commerciales entre les Etats-Unis, le Canada et le Mexique.

"Mais il est aussi charmant et doté d'un grand sens de l'humour", ont-ils nuancé, relevant qu'il est "profondément respecté pour sa grande intelligence".

Sur le site de l'USTR, ses services louent, eux, un plaideur chevronné en faveur des travailleurs, éleveurs, industriels et entrepreneurs américains. Un profil qui colle en tout point au slogan du président "America first!": "L'Amérique d'abord!".

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