Des applis aux blogs, comment choisir son vin à l'ère numérique?

Des applis aux blogs, comment choisir son vin à l'ère numérique?

Publié le :

Jeudi 16 Mai 2019 - 12:02

Mise à jour :

Jeudi 16 Mai 2019 - 12:04
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Par Alexandra LESIEUR - Bordeaux (AFP)

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Entre applications, blogs, sites spécialisés... l'amateur de vin ne sait plus où donner de la tête pour choisir une bonne bouteille, depuis la perte de vitesse des bons vieux guides et magazines spécialisés au profit du numérique.

Fini le temps où le critique américain Robert Parker donnait le la, où les guides paraissaient une fois par an: place à une information disponible immédiatement, qui peut aussitôt être reprise à l'autre bout du monde.

Sur la toile, chacun peut exprimer son point de vue sur un vin, du débutant au professionnel comme les sommeliers ou producteurs, notent des experts lors d'une conférence intitulée "Le journalisme vinicole à l'ère numérique", au salon Vinexpo Bordeaux.

Le revers de la médaille: l'ouverture à tous amène aussi des doutes sur la fiabilité des informations qui peuvent se révéler incomplètes voire totalement fausses, mal écrites et pauvres en contenu.

Pour s'y retrouver, certains continuent à suivre des valeurs sûres: les numéros spéciaux du Point, des sites internet et magazines tels que Decanter, certains blogs relayés sur Facebook, Instagram ou Twitter.

"Quand vous dégustez, chacun a sa propre lecture", explique Emmanuel Delmas sur le stand de la Chambre d'agriculture de Gironde où il a reçu le prix de l'E-influenceur pour son blog vu 1,5 million de fois chaque année. Preuve que les temps changent, cette distinction s'appelait, lors des précédentes éditions, le prix de l'article de presse écrite.

A l'heure d'internet et de la dilution des informations, ce sommelier conseille de revenir aux fondamentaux: rencontrer les vignerons, demander conseil à un caviste indépendant et non une grande surface où "vous n'achetez pas un vin, mais un prix".

- Des algorithmes pour choisir son vin -

Internet, selon ce consultant en vin, permet de comparer les prix. Sur son blog, sont surtout consultés les accords mets et vins. Quant aux applications comme Vivino, importante plateforme alimentée par les utilisateurs, "il faut faire le tri car il y a beaucoup d'erreurs", note-t-il.

Certaines "applis" commencent à aller plus loin avec les algorithmes. La start-up VineSleuth établit le profil des vins à partir de dizaines de caractéristiques relevées lors de dégustations.

Pour sa fondatrice Amy Gross, la meilleure façon de trouver "son" vin est "d'avoir une relation avec quelqu'un de confiance et qui comprend votre palais". Dans son cas, ce sont les algorithmes.

Pour les grands vins aussi, professionnels et amateurs éclairés utilisent des applications ou se référent à des sites et blogs tels que Wine Lister, qui croise les données sur les vins et fait appel à de célèbres critiques.

Choisir un grand cru se révèle cependant plus compliqué que du temps de Robert Parker qui a fait pendant 30 ans la pluie et le beau temps, en particulier sur le Bordelais où il a façonné des vins boisés et puissants.

"Parker avait la capacité de faire doubler le prix d'un vin. Sur la base de note, un cru pouvait changer de statut", se souvient Gonzague Lurton du château Durfort-Vivens à Margaux (Gironde).

"Aujourd'hui, il n'y a que Wine Spectator (magazine américain spécialisé dans le vin, ndlr) qui est influent. Il accélère le marché mais ne le change pas, Parker changeait le marché", poursuit le propriétaire de ce deuxième grand cru classé en 1855.

Même si Parker reste inégalé, les puissants critiques de vin du temps de la presse papier restent, ensemble, importants sur ce marché élitiste où ils recréent un certaine diversité.

"Le numérique a permis aux noms connus comme James Halliday en Australie de rester influents. Ceux qui étaient faibles ont disparu avec le numérique", estime Felicity Carter, rédactrice en chef du magazine Meininger’s Wine Business International.

A l'avenir, le texte laissera la place à l'image et au son, selon des journalistes spécialisés en vin à Vinexpo. "On va revenir à l'oral, estime Mme Carter. Les gens seront influencés par la voix, le futur appartiendra a des personnes qui pourront bien parler du vin".

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