L’intelligence économique pour régler les contentieux juridiques ? Le cas Black Cube et l’affaire Steinmetz vs. Vale.

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L’intelligence économique pour régler les contentieux juridiques ? Le cas Black Cube et l’affaire Steinmetz vs. Vale.

Publié le 08/06/2020 à 17:51 - Mise à jour le 09/06/2020 à 11:33
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Auteur(s): Pierre d'Herbès pour FranceSoir

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ANALYSE : Black Cube a récemment défrayé la chronique en jouant un rôle décisif dans le contentieux juridique opposant le milliardaire israélien Beny Steinmetz au géant minier brésilien Vale. Un signe de la conception plus offensive de l’intelligence économique en dehors de l’Europe.

 

Black Cube est une agence israélienne spécialisée dans la résolution des enjeux et litiges business qui a pour principale activité le « soutien en contentieux judiciaires ». Cette agence formée par d’anciens cadres du Sinbet et du Mossad peut être considérée comme un parangon de la conception offensive de l’intelligence économique.  En effet, en France et en Europe, cette activité se caractérise par sa doctrine plus préventive qui repose principalement sur des méthodes de collectes via l’Open Source Intelligence (OSINT) ou la recherche en sources ouvertes. Cette méthode porte de nombreux fruits mais peut se révéler insuffisante lorsque les contentieux prennent des tournures plus féroces.

Black Cube n’hésite pas à employer des techniques de ROHUM (Renseignement d’Origine Humaine) et d’infiltration afin de recueillir des faisceaux de pièce à conviction. A l’aide de cette méthodologie exécutée par des anciens agents, l’agence ne se contente pas d’accompagner les entreprises via des investigations (due diligence, etc.) ou des études de marchés/risques en source ouverte mais elle cible les réseaux informationnels internes des acteurs privés ou institutionnels.

Un contentieux à deux milliards

L’agence s’est distinguée à de nombreuses reprises ces dernières années dans des affaires de très haut niveau comme le règlement du contentieux Alstom/Afcon (en faveur du premier) en 2016, l’identification d’un vaste réseau de corruption au sein du système judiciaire Panaméen en 2019…. Elle s’est à nouveau fait remarquer ces derniers jours dans le cadre du contentieux juridique Steinmetz/Vale.

A l’origine, un différend qui oppose le géant minier Vale à BSGR, filiale de Steinmetz. Le groupe Brésilien Vale visait la mise en valeur du méga-gisement de fer de Simandou (Guinée). C’est ainsi que fut conclue la prise de participation de Vale à hauteur de 51% du capital de BSGR en 2010. Toutefois, en 2014, Conakry révoquait les licences d’exploitation [de BSGR] qui auraient été obtenues grâce à la corruption. Une accusation alors dénoncée par Steinmetz.

Invoquant sa totale ignorance des faits de corruption et estimant avoir été frauduleusement poussée à investir dans BSGR, Vale saisissait alors la « London Court of International Arbitration » afin d’obtenir des dommages et intérêts. En avril 2019, la cour d’arbitrage donne gain de cause à Vale et condamne Steinmetz à payer une amende de deux milliards de dollars à Vale en remboursement de son investissement et de ses pertes.

Pourtant Steinmetz refuse ce jugement, revendiquant son innocence et alerté par le manque de transparence de Vale dans la procédure.

 

Black Cube rentre en scène

Sollicité par Steinmetz, le savoir-faire de Black Cube en cartographie et en infiltration permit en quelques mois la collecte des éléments du dossier à charge contre Vale. A cet effet, l’agence créait tout un écosystème de sociétés-écrans, de sites internet et de profils fictifs sur les réseaux sociaux. Servie par sa mise en scène, Black Cube est parvenue à obtenir des témoignages d’employés, notamment de dirigeants, de Vale. Ces derniers pensaient s’adresser à des consultants ou collecteurs de fonds.

Les éléments recueillis par Black Cube via ce réseau de « faux nez » ont permis de mettre en évidence que le groupe brésilien était au courant de l’éventualité des faits de corruption et avait toutes les informations en main avant de signer mais auraient décidé de fermer les yeux et d’avancer. En outre les investigations ont prouvé que le groupe camouflait déjà en amont sa volonté de mettre fin à la co-entreprise pour des raisons financières et commerciales liées aux exigences supplémentaires du gouvernement guinéen rendant le projet non-viable. Couplé à la relaxe de Steinmetz par la Haute-Cour de Justice de Guinée en février 2019, les éléments nouveaux de Black Cube attaquent et détruisent le cœur du dossier juridique monté par Vale devant la cour d’arbitrage de Londres. C’est donc sans doute une affaire à 2 milliards de dollars que Black Cube a démêlé pour son riche client israélien.

Les éléments du dossier n’auraient pu être collectés via une méthodologie basée uniquement sur l’OSINT et la veille juridique. A de très hauts niveaux décisionnels, la circulation de l’information peut rapidement devenir informelle voire opaque : elle impose donc des protocoles de collectes plus pointus.

Ces savoir-faire existent en Europe, mais dans des proportions insuffisantes aux besoins. A ce titre une évolution autant culturelle qu’institutionnelle serait souhaitable.

Tout en accompagnant cette montée en puissance par un cadre juridique clair afin d’éviter les dérives.

Pierre d'Herbès, consultant en intelligence économique est spécialisé dans les questions de défense/sécurité, énergies, renseignement et relations internationales. Il de décrypte les rapports de forces et luttes d'influence qui caractérisent notre monde et écrit dans plusieurs publications dont FranceSoir.

 

 

Auteur(s): Pierre d'Herbès pour FranceSoir


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