Pesticides, réchauffement: l'agriculture a trouvé "ses limites"

Pesticides, réchauffement: l'agriculture a trouvé "ses limites"

Publié le :

Mercredi 28 Février 2018 - 20:20

Mise à jour :

Mercredi 28 Février 2018 - 20:32
© PATRICK KOVARIK / AFP/Archives
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Par Isabel MALSANG - Paris (AFP)

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Que ce soit pour réduire les pesticides ou pour lutter contre les effets du réchauffement climatique sur les plantes, la recherche agronomique "progresse" et "fait naître beaucoup d'espoir", explique à l'AFP le président de l'Inra, Philippe Mauguin.

"La démarche générale de l'Institut national de la recherche agronomique", présentée cette semaine au salon de l'Agriculture, "met l'accent sur la diversité des ressources au sein d'une même espèce" afin d'expliquer comment "les croisements de variétés sauvages résistant naturellement à certaines maladies peuvent renforcer génétiquement des variétés actuellement utilisées en agriculture ou arboriculture", a indiqué M. Mauguin lors d'un entretien réalisé mercredi.

Car selon lui, l'agriculture française telle qu'elle existe depuis la deuxième guerre mondiale "a trouvé ses limites".

Après guerre, "on avait organisé les choix de sélections variétales dans l'objectif de nourrir le pays, et on a multiplié les rendements par trois en quelques décennies grâce aux sélections génétiques, aux intrants et à l'agrochimie".

"Mais on a vu les limites de ce système vers la fin des années 90, avec des cas de pollution des eaux, via notamment les effets induits par un produit désherbant, l'atrazine, qui a finalement été interdit en 2003 mais qui laisse des effets rémanents de longue durée", souligne M. Mauguin.

Depuis plusieurs années, l'agriculture a essayé de corriger les effets secondaires de la chimie sur la terre et l'environnement, avec des pratiques "raisonnées", qui limitent l'utilisation de produits phytosanitaires.

"Mais les réponses n'ont pas été assez rapides, et nous avons vu les limites notamment du plan +Ecophyto+", lancé par le président Sarkozy dans la foulée du Grenelle de l'Environnement, admet celui qui fut directeur de cabinet du précédent ministre de l'Agriculture Stéphane Le Foll: "une simple optimisation de l'utilisation des produits phytosanitaires ne suffit pas".

- Changement radical -

Après avoir affirmé que "les agriculteurs n'utilisent pas des pesticides pour le plaisir, mais pour protéger leurs récoltes", M. Mauguin souligne que l'objectif est dès lors de "changer tout le système de production agricole de façon radicale".

"Mais ce n'est pas évident", reconnaît-il.

Il a présenté mardi les nouvelles approches agronomiques à l'étude aux ministres Frédérique Roussel (recherche) et Nicolas Hulot (Transition écologique).

La première porte sur l'augmentation du biocontrôle, c'est-à-dire la neutralisation des agresseurs avec leurs prédateurs, en général des insectes. Le trichogramme par exemple détruit la pyrale qui s'attaque notamment au maïs.

Deuxième approche, l'amélioration de la sélection variétale, afin de rendre les variétés de semences plus résistantes aux maladies et limiter ainsi l'utilisation de pesticides chimiques.

L'INRA présente ainsi sur son stand les quatre premiers ceps de vigne issus de sa recherche, porteurs de gênes résistants à l'oïdium et au mildiou, qui permettront de réduire de plus de 70% l'utilisation de pesticides sur la vigne: Vidoc, Voltis, Floreal et Artaban.

"Nous avons inscrit en janvier au catalogue des variétés ces quatre premiers cépages résistants, deux destinés aux vins rouges et deux aux vins blancs", souligne M. Mauguin. L'INRA devrait en sortir une vingtaine d'autres en 2019.

Cette démarche est développée pour toutes les espèces. "Nous accompagnons les semenciers pour le premier stade de multiplication" et ensuite ils continuent, explique M. Mauguin.

Sur certaines espèces le travail est très long et frustrant. Pour la laitue par exemple, "en 20 ans, nous avons trouvé une trentaine de gênes résistants, mais les agresseurs contournent toujours, se défendent et il nous faut sans cesse chercher de nouveaux gênes résistants".

Sur le désherbant contesté glyphosate, l'Inra estime être en mesure de proposer des alternatives "qui peuvent être compliquées à mettre en place" pour 80% à 90% des cas d'utilisation.

"Nous avons évalué les impasses techniques entre 10% et 20%", essentiellement dans le domaine de l'agriculture de conservation des sols, précise M. Mauguin.

Ce type d'agriculture présente beaucoup d'intérêt sur le plan de la lutte contre le réchauffement climatique, puisqu'en supprimant le labour, elle permet de stocker le carbone dans les sols. Mais elle nécessite une utilisation de désherbant une fois par an pour nettoyer les sols avant semis, afin de permettre aux graines de se développer.

Philippe Mauguin, le 13 juillet 2016 à Paris

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