San Juan de los Morros, la ville vénézuélienne où rien ne marche

San Juan de los Morros, la ville vénézuélienne où rien ne marche

Publié le :

Mardi 31 Juillet 2018 - 07:43

Mise à jour :

Mardi 31 Juillet 2018 - 07:58
©DR
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Par Alex VASQUEZ - San Juan de los Morros (Venezuela) (AFP)

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Coupures d'électricité quotidiennes, l'eau courante une fois par mois, des distributeurs sans billets et des bus qui mettent des heures à arriver: à San Juan de los Morros, au Venezuela, plus rien ne marche normalement.

Pourtant, cette ville de 160.000 habitants n'est pas isolée. La capitale de l'Etat de Guarico ne se trouve qu'à 150 km de Caracas.

Généralement plus sévère en province, la crise politico-économique qui frappe le Venezuela depuis des mois est palpable ici à chaque coin de rue.

"On a de l'eau qu'une fois par mois, le reste du temps on doit en acheter (à l'extérieur) (...) il nous est arrivé de passer 24 heures sans lumière", se plaint Florimar Nieves, une maîtresse de 39 ans.

Elle vit avec ses deux filles et sa petite-fille dans une banlieue pauvre de San Juan, comme on surnomme la ville, où les maisons sont petites et inachevées, les rues en terre et les chiens ont la peau sur les os.

Un quart de son salaire part dans l'eau qu'elle achète à des camions-citerne. Dans ce pays pétrolier autrefois très riche, la pénurie frappe les aliments, les médicaments ou les biens de consommation courante.

Apparemment résignés, les habitants collectent l'eau de pluie et, lors des coupures, prient pour que leur électroménager ne rende pas l'âme.

Maigres et portant des vêtement fatigués, adultes et enfants marchent sous le soleil durant de longues heures pour se rendre au travail ou à l'école, lassés d'attendre des bus qui ne viennent pas.

Environ 90% de la flotte des transports publics au Venezuela est paralysée, devant l'impossibilité de faire face au coût des pièces de remplacement, selon les responsables de ce secteur qui sont accusés de "sabotage" par le gouvernement.

- "Grand dénuement" -

Ceux qui ne peuvent pas acheter de l'eau aux camions citernes s'approvisionnent grâce à des robinets reliés à un puits dans le centre-ville.

"On vient deux ou trois fois par semaine. Voilà 12 jours qu'on n'a plus d'eau" à la maison, raconte Arelis Oliveros après avoir rempli plusieurs bidons.

Alejandro, 17 ans, vit chez son grand-père et se douche avec de l'eau de pluie.

"Parfois, j'en ai marre de me laver de cette façon, car je sens mauvais. Alors, je me paye le luxe de dépenser 10.000 bolivars dans le bus pour aller me doucher chez ma mère", explique-t-il.

Un luxe, car ici comme dans le reste du pays, l'argent liquide est une denrée rare. L'inflation dans le pays pourrait atteindre 1.000.000% à la fin 2018, selon le FMI.

Pas un distributeur ne fonctionne et pour retirer de l'argent au guichet, il faut s'armer de patience. Les retraits sont de toute façon limités à 100.000 bolivars, de quoi payer seulement le bus ou l'essence, alors qu'un oeuf coûte 200.000 bolivars.

Pour José Viana, ex-président d'Hidrocapital, compagnie des eaux qui dessert Caracas, les services publics ne fonctionnent pas car ces entreprises ont été confiées à des proches du gouvernement non qualifiés pour les gérer.

Carolina Azuaje, étudiante de 17 ans, n'a plus d'argent liquide et passe plusieurs heures à attendre les navettes gratuites de l'université.

Alors qu'elle commence les cours à 9 heures, elle part "à six heures du matin pour trouver un moyen de transport. (Les navettes) mettent longtemps et tu dois monter en poussant et en donnant des coups de pieds. La semaine dernière, on m'a cassé un doigt", raconte-t-elle.

Et Carolina n'exagère pas. Quand le bus finit par arriver, elle et une centaine de camarades se ruent vers les portes du véhicule. Beaucoup ne parviennent pas à monter, pourtant ils gardent le sourire.

Une part importante de la population a intégré la crise car "elle n'a pas connu autre chose" après deux décennies de gouvernements chavistes (du nom du défunt Hugo Chavez, président de 1999 à 2013), analyse le sociologue Francisco Coello.

La stratégie du gouvernement est de "laisser la population dans le plus grand dénuement et face à deux options: quitter le pays ou dépendre des aides du gouvernement. Une population mal alimentée et peu éduquée est la garantie pour cette caste de se maintenir au pouvoir", fait valoir M. Coello.

"Vivre au Venezuela c'est un combat, une source d'angoisse et de grande détresse", explique en pleurant Florimar, qui songe à fuir, comme des centaines de milliers de ses compatriotes.

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