Affaire Grégory: victoire d'étape de Murielle Bolle contre sa garde à vue de 1984

Affaire Grégory: victoire d'étape de Murielle Bolle contre sa garde à vue de 1984

Publié le :

Mardi 11 Septembre 2018 - 18:29

Mise à jour :

Mardi 11 Septembre 2018 - 18:32
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Par Juliette MONTESSE - Paris (AFP)

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En 1984, Murielle Bolle, âgée de 15 ans, avait accusé devant les gendarmes son beau-frère d'avoir enlevé le petit Grégory. Trente-quatre ans plus tard, ce personnage-clé de l'affaire a obtenu mardi la saisine du Conseil constitutionnel dans l'espoir de faire annuler cette garde à vue.

La Cour de cassation a transmis aux Sages une question prioritaire de constitutionnalité (QPC) soulevée par la défense de Mme Bolle, qui attaquait notamment l'ordonnance de 1945 sur l'"enfance délinquante".

A l'époque de la mort du petit Grégory Villemin, retrouvé pieds et poings liés dans la Vologne (Vosges) le 16 octobre 1984, ce texte ne prévoyait pas de garanties spéciales pour la garde à vue des mineurs, comme la notification du droit de se taire ou l'assistance d'un avocat.

Les avocats de Mme Bolle considèrent donc que ses droits fondamentaux n'avaient pas été respectés au regard de la Déclaration des droits de l'homme de 1789.

Le Conseil constitutionnel a trois mois pour se prononcer.

Il s'agit d'une nouvelle victoire d'étape pour Murielle Bolle, 49 ans, après l'annulation en mai, par la cour d'appel de Dijon et pour des questions de procédure, de sa mise en examen pour le rapt mortel du garçonnet de 4 ans.

Les mises en examen des époux Jacob, grand-oncle et grand-tante de Grégory, avaient été annulées pour la même raison. Mais le parquet général entend redemander ces trois mises en examen une fois tranchés l'ensemble des recours déposés par Murielle Bolle.

Toutefois, si Mme Bolle obtenait gain de cause au sujet de sa garde à vue, les conséquences d'une telle décision demeurent incertaines, la cour d'appel ayant jugé que sa mise en examen ne résultait "pas des propos tenus en garde à vue mais d'éléments nouveaux".

- "Cousin mythomane" -

Début novembre 1984, l'adolescente à la crinière rousse avait accusé son beau-frère Bernard Laroche d'avoir enlevé Grégory, puis répété ses propos devant le juge avant de se rétracter en disant avoir parlé sous la contrainte des gendarmes.

Bernard Laroche, incarcéré puis relâché, avait été tué d'un coup de fusil par son cousin Jean-Marie Villemin, le père de l'enfant, en 1985.

L'accusation soutient aujourd'hui que la rétractation de Mme Bolle s'explique par des violences familiales subies à l'époque, ce qu'elle conteste.

Une deuxième QPC, portant sur un autre texte, doit être plaidée en cassation en octobre. Le pourvoi visant à obtenir l'annulation de la garde à vue de 1984 sera examiné une fois que le Conseil constitutionnel se sera prononcé.

Emmanuel Piwnica, l'un des avocats de Mme Bolle, s'est dit "ravi" que la Cour ait reconnu le caractère "sérieux" de sa question.

A terme, "nous espérons que Murielle Bolle sera sortie définitivement de ce dossier", a déclaré à l'AFP un autre de ses défenseurs, Christophe Ballorin, pour qui les éléments nouveaux évoqués par l'accusation "ne sont pas un argument pertinent".

Le témoignage déterminant d'un cousin, qui avait affirmé avoir assisté à un "lynchage" de Murielle Bolle par sa famille après sa garde à vue, n'a plus "aucune crédibilité", a estimé Me Ballorin: "Nous avons bien un cousin mythomane".

Thierry Moser, avocat historique des parents de Grégory, s'est au contraire dit "étonné et déçu", dénonçant "une échappatoire, un faux-fuyant, pour éviter de discuter sur le fond du dossier".

Le couple Villemin espère que les déclarations de Murielle Bolle en 1984 ne seront pas annulées, au risque, sinon, de "parfaire le sinistre judiciaire" que constitue l'affaire Grégory, a expliqué Claire Waquet, une autre de leurs avocats.

Ce Cluedo familial nourri de rivalités et rancœurs, l'une des énigmes criminelles les plus célèbres en France, avait connu un spectaculaire rebondissement en juin 2017 avec les arrestations des époux Jacob et de Murielle Bolle.

Les enquêteurs avaient mis en avant de nouvelles expertises en écriture et une nouvelle analyse du dossier à l'aide d'un logiciel de la gendarmerie, Anacrim, pour étayer l'hypothèse d'un "acte collectif" avec Bernard Laroche.

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