Après son expulsion, un squat latino prend ses quartiers devant une mairie aux portes de Paris

  •  SOUTENEZ L'INDEPENDANCE DE FRANCESOIR, FAITES UN DON !  

Après son expulsion, un squat latino prend ses quartiers devant une mairie aux portes de Paris

Publié le 09/08/2019 à 10:17 - Mise à jour à 11:51
© BERTRAND GUAY / AFP
PARTAGER :

Auteur(s): Par Marie GIFFARD - Saint-Ouen (AFP)

-A +A

Colombiens, Péruviens, Boliviens, Vénézuéliens, Cubains... Expulsés fin juillet d'un squat, ils sont une centaine de Latino-Américains à camper depuis plus d'une semaine devant la mairie de Saint-Ouen, près de Paris, avec le soutien d'associations qui dénoncent l'inaction des autorités.

"Le squat Bauer... C'était +chez nous+", raconte Chanel Marté Castillo, une Dominicaine de 40 ans. "Quand on est arrivés, on a commencé à nettoyer, à construire. Petit à petit, d'autres familles arrivaient, on cherchait une place. On a fini à 150 personnes (...) On peut pas laisser les gens dehors, même si nous on est dehors aussi",

Accompagnée de ses cinq enfants et deux petits-enfants, elle se rappelle comment la communauté s'est constituée au fil des neuf derniers mois dans cet entrepôt désaffecté, propriété de la ville de 50.000 habitants en Seine-Saint-Denis.

Le 30 juillet, en application d'une décision de justice, les locaux et ses occupants ont été évacués.

Depuis, 130 personnes, dont 40 enfants et plusieurs femmes enceintes, déploient chaque soir des dizaines de tentes qu'ils devront replier à 6H00 avant l'arrivée de la police.

Sous un barnum, la cantine ravitaillée quotidiennement par les riverains: des cartons de nourriture, un réchaud sur lequel deux femmes font griller des saucisses. Plus loin, des sacs de vêtements, des jouets d'enfants épars sur le goudron, des canapés, des matelas sur lesquels plusieurs hommes font la sieste.

"La CGT nous a proposé d'accéder à leurs toilettes, il y a Emmaüs pour la douche", décrit Chanel.

Jeudi soir, entre deux voitures, une maman lave son bébé, pieds nus sur l'asphalte, la tête mousseuse de shampoing.

"Il y a des Péruviens, des Boliviens, des Dominicains, des Cubains, des gens qui ont l'asile politique, d'autres sans papiers", détaille Yamile Millan. Arrivée en France il y a un an et demi, sans papiers, elle fait "des ménages" au noir, comme beaucoup d'autres qui travaillent dans le bâtiment.

"Je n'avais jamais vécu dans la rue", confie-t-elle, le regard las et assise sur des baluchons. "Nous réclamons le droit à un logement digne".

"Dans nos pays, ça n'aurait aucun résultat de lutter de cette façon, mais ici, si", affirme Mauricio Gomez, le "pasteur" de la communauté. "On sait bien que nous sommes des immigrés (...) Le maire ne nous connaît peut-être pas, il ne sait pas qui nous sommes, mais on aimerait qu'il nous rencontre", dit-il.

- "Squatteurs" -

La municipalité estime qu'il ne lui appartient pas de prendre en charge ces "squatteurs". "En aucun cas, le maire et sa majorité municipale ne peuvent être tenus pour responsables de la situation", se défend la ville dans un communiqué transmis à l'AFP.

Pour elle, l'association du DAL (Droit au logement) a "installé illégalement des personnes dans ce bâtiment municipal dont tout le monde connaissait la destinée". Une école doit y voir le jour en 2022. "Si des solutions doivent être trouvées pour ces personnes, il appartient exclusivement à l’Etat d’y pourvoir", ajoute la ville.

Son édile, William Delannoy (UDI), juge qu'il doit "apporter des solutions de relogement prioritairement aux Audoniens qui ne comprendraient pas, après des années d’attente, de voir le maire attribuer des logements à des Colombiens".

"En quoi ces +Colombiens+ ne sont-ils pas des habitants de la ville? Le maire va-t-il désormais trier ses concitoyens par origine ?", s'emporte La France Insoumise dans un communiqué.

Contactée par l'AFP, la préfecture explique que "29 familles avec enfants se sont vu proposer des nuitées hôtelières, en attente d'une solution plus pérenne. Pour les autres, on rentre dans le cadre du 115 habituel", le numéro d'urgence sociale, saturé.

Pas question de retourner là-bas, selon Chanel : "Le squat est surveillé, il y a les flics. On nous a dit qu'on n'allait jamais le récupérer".

"Pour mettre des chiens, payer des gens pour garder un local, y a de l'argent. Mais pour libérer un gymnase, non", s'énerve Aliénor Turpin, une bénévole audonienne. "Il n'y a pas d'interlocuteur, pas de solution, la préfecture, la mairie, tout le monde se renvoie la balle."

Auteur(s): Par Marie GIFFARD - Saint-Ouen (AFP)


Chère lectrice, cher lecteur,
Vous avez lu et apprécié notre article et nous vous en remercions. Pour que nous puissions poursuivre notre travail d’enquête et d’investigation, nous avons besoin de votre aide. FranceSoir est différent de la plupart des medias Français :
- Nous sommes un média indépendant, nous n’appartenons ni à un grand groupe ni à de grands chefs d’entreprises, de ce fait, les sujets que nous traitons et la manière dont nous le faisons sont exempts de préjugés ou d’intérêts particuliers, les analyses que nous publions sont réalisées sans crainte des éventuelles pressions de ceux qui ont le pouvoir.
- Nos journalistes et contributeurs travaillent en collectif, au dessus des motivations individuelles, dans l’objectif d’aller à la recherche du bon sens, à la recherche de la vérité dans l’intérêt général.
- Nous avons choisi de rester gratuit pour tout le monde, afin que chacun ait la possibilité de pouvoir accéder à une information libre et de qualité indépendamment des ressources financières de chacun.

C’est la raison pour laquelle nous sollicitons votre soutien. Vous êtes de plus en plus nombreux à nous lire et nous donner des marques de confiance, ce soutien est précieux, il nous permet d’asseoir notre légitimité de media libre et indépendant et plus vous nous lirez plus nous aurons un impact dans le bruit médiatique ambiant.
Alors si vous souhaitez nous aider, c’est maintenant. Vous avez le pouvoir de participer au développement de FranceSoir et surtout faire en sorte que nous poursuivions notre mission d’information. Chaque contribution, petite ou grande, est importante pour nous, elle nous permet d'investir sur le long terme. Toute l’équipe vous remercie.




PARTAGER CET ARTICLE :


Des migrants latino-américains, expulsés d'un squat, campent le 8 août 2019 devant la mairie de Saint-Ouen

Annonces immobilières

Newsletter


Fil d'actualités Politique




Commentaires

-