Au procès de l'Hyper Cacher, un tueur "totalement dénué d'empathie"

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Au procès de l'Hyper Cacher, un tueur "totalement dénué d'empathie"

Publié le 21/09/2020 à 14:09 - Mise à jour à 18:28
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Auteur(s): Par Valentin BONTEMPS, Anne-Sophie LASSERRE - Paris (AFP)

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Quatre victimes assassinées en un quart d'heure par un tueur "totalement dénué d'empathie": au procès des attentats de janvier 2015, la cour d'assises spéciale de Paris s'est replongée lundi dans l'attaque antisémite de l'Hyper Cacher, marquée par la "cruauté" d'Amédy Coulibaly.

"Il était froid, déterminé", sans "aucune empathie pour les victimes". Appelé à la barre, Christian Deau, ex-chef antiterroriste de la brigade criminelle de Paris, n'occulte rien des "violences" imposées par le jihadiste de 32 ans aux employés et aux clients de la supérette.

"A l'époque, c'est vraiment le summum des difficultés qu'a pu rencontrer un service d'intervention sur une prise d'otages", raconte le commissaire divisionnaire, en insistant sur le caractère exceptionnel de cette prise d'otages et de son dénouement.

Il est 13H05 le 9 janvier 2015 quand Amédy Coulibaly, recherché depuis l'assassinat d'une policière municipale à Montrouge la veille, fait irruption dans la supérette de la porte de Vincennes et tire à l'aide d'un fusil d'assaut sur un employé: Yohan Cohen.

A l'intérieur du magasin, c'est "la panique". Certains clients et employés parviennent à s'enfuir en essuyant des coups de feu, d'autres se ruent vers le sous-sol, plusieurs se retrouvent coincées au milieu des rayons.

Coulibaly, d'un geste "calme", réarme son fusil et met en joue un client. "Comment tu t'appelles?" "Philippe Braham". L'homme est assassiné à bout portant.

Un deuxième client, Michel Saada, fait face au tueur près de l'entrée: il est abattu en tentant de faire demi-tour.

A la demande de Coulibaly, une caissière ferme le rideau métallique de l'épicerie puis descend chercher les clients réfugiés au sous-sol. "Les otages savent que s'ils remontent, ils peuvent se faire exécuter", rappelle Christian Deau.

Une partie d'entre eux a réussi à se dissimuler dans une chambre froide, avec un nourrisson, et s'efforcent de rester silencieux. Les autres, sous la menace, finissent par remonter.

A l'étage, un client, Yoav Hattab, aperçoit une kalachnikov posée sur un sac de farine. Il tente de s'en emparer, sans succès: ce Tunisien de 21 ans est tué à son tour, "à 13H21", soit 15 minutes après l'irruption de Coulibaly.

- "Il est juif!" -

Faut-il intervenir? Tenter de parlementer? A l'extérieur, les forces de l'ordre ont pris position. "Lorsque l'on arrive, l'assaut est le dernier recours: il faut d'abord essayer de négocier, pour parvenir à la libération des otages", rappelle Christian Deau.

A 40 kilomètres de là, les auteurs de l'attentat contre Charlie Hebdo, Chérif et Saïd Kouachi, sont retranchés depuis le matin dans une imprimerie à Dammartin-en-Goële (Seine-et-Marne). Une situation délicate à gérer pour les policiers, qui cherchent à gagner du temps.

A l'intérieur de l'épicerie, les otages sont tétanisés. Au sol, la première victime, Yohan Cohen, agonise lentement. Gêné par ses "gémissements", Coulibaly demande à la vingtaine d'employés et de clients s'il doit "l'achever". Ils refusent.

"Il y a une cruauté dans l'acte criminel", relève le président de la cour, Régis de Jorna.

Le jihadiste, connu pour de multiples faits de délinquance, a filmé l'attaque à l'aide d'une caméra GoPro fixée sur son torse. Il allume un ordinateur et télécharge les fichiers.

Ces images -- "de la propagande", insiste le président -- ne seront pas diffusées à l'audience. Celles des 16 caméras de vidéosurveillance du magasin ainsi que les photos prises par les enquêteurs sont en revanche projetées.

Sur ces clichés, qui témoignent de la violence de l'attaque, les corps de certaines victimes sont étendus dans des allées jonchées de cartons et de produits tombés des rayons. Les armes de Coulibaly sont également visibles.

Lors de l'attaque, Coulibaly a menacé à plusieurs reprises d'utiliser les "20 bâtons de dynamite" retrouvés en sa possession, rappelle le commissaire. De quoi "entraîner un effondrement de l'immeuble", précise-t-il.

Le jihadiste, qui regarde sur son ordinateur les chaînes d'information en continu, essaye aussi de "maîtriser sa communication". Mécontent d'un bandeau défilant sur BFM, il va jusqu'à appeler la chaîne pour "corriger ce qui est dit".

Lors de cet appel, diffusé à l'audience, le tueur de l'Hyper Cacher apparaît calme, nonchalant. "Avez-vous visé ce magasin pour une raison particulière?", lui demande le journaliste. "Oui... Il est juif", répond Coulibaly, avant de raccrocher.

Après quatre longues heures d'attente, ordre est finalement donné au RAID et à la BRI d'intervenir, à 17H10. Pris entre deux feux, Amédy Coulibaly riposte, avant d'être abattu.

Quelques minutes plus tôt, les frères Kouachi ont été tués dans un assaut à Dammartin-en-Goële. Le "risque", c'était que Coulibaly "se venge" sur les otages, explique Christian Deau. "Pour lui, il n'a jamais été question de reddition".

Auteur(s): Par Valentin BONTEMPS, Anne-Sophie LASSERRE - Paris (AFP)


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