Besançon: une adolescente musulmane tondue et frappée pour avoir fréquenté un chrétien

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Besançon: une adolescente musulmane tondue et frappée pour avoir fréquenté un chrétien

Publié le 21/08/2020 à 12:41 - Mise à jour à 22:26
© DENIS CHARLET / AFP/Archives
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Auteur(s): Par Murielle KASPRZAK - Strasbourg (AFP)

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Ils ne voulaient pas que leur fille se marie avec un chrétien: la famille musulmane d'une adolescente d'origine bosniaque l'a tondue et violemment frappée lundi à Besançon quand les deux amants sont rentrés d'une fugue.

Alertée par le jeune homme, la police a placé en garde à vue les parents, l'oncle et la tante de l'adolescente, âgée de 17 ans. Les quatre adultes, présentés au parquet jeudi puis à un juge des libertés et de la détention, ont été placés sous contrôle judiciaire avec notamment l'interdiction de contacter la jeune fille.

Ils seront jugés pour "violences sur mineur en présence de mineurs et en réunion", d'ici à l'automne, a indiqué à l'AFP Margaret Parietti, vice-procureure au parquet de Besançon.

"Tondue et frappée parce qu'elle +aimait un chrétien+. Profondément choqué par cet acte de torture sur cette jeune fille de 17 ans", a réagi sur Twitter le ministre de l'Intérieur, Gérald Darmanin.

"Cette barbarie appelle les sanctions les plus sévères", a-t-il considéré.

La jeune fille, arrivée de Bosnie-Herzégovine en 2017 avec sa famille, entretenait depuis plusieurs mois une relation avec le garçon d'origine serbe qui vivait dans le même immeuble, à Besançon.

"Les deux familles se connaissaient et (leur relation) ne posait pas de problème, mais quand les jeunes ont commencé à parler de mariage, les parents de la jeune fille lui ont dit: +Nous sommes musulmans, tu ne te marieras pas avec un chrétien+", a relaté Mme Parietti.

La jeune fille est alors privée de téléphone par sa famille et empêchée de contacter son petit ami. Puis les deux adolescents décident la semaine dernière de s'enfuir pendant quatre jours tout en gardant le contact avec leurs parents respectifs.

Pendant leur fugue, le garçon, âgé de 20 ans, reçoit des "menaces sur son téléphone" émanant des parents de sa petite amie.

- "La première gifle" -

De retour à Besançon, le couple se réfugie dans l'appartement familial du jeune homme. Puis, mise en confiance par des messages de sa mère qui "apparaît plus rassurante", l'adolescente rejoint lundi son domicile avec son petit ami, accompagnée des parents du garçon.

La situation ne tarde pas à dégénérer. "La première gifle est partie de la mère, puis il y a eu un déferlement de violence. Elle est emmenée dans une chambre, violentée. Elle a été tondue, selon ses déclarations, par son oncle, le frère de son père, tout en étant frappée", a détaillé la magistrate, soulignant qu'elle avait auparavant "60 cm de cheveux".

Selon l'Est républicain, c'est le père de la victime qui aurait demandé à son frère de passer la tondeuse dans les cheveux de sa fille.

Les parents du garçon n'ont pas osé intervenir, n'étant pas chez eux, mais leur fils a rapidement prévenu la police, selon le parquet.

A l'arrivée des policiers, la tante de la jeune fille l'a contrainte à se cacher dans une pièce, mais elle a été découverte, puis transportée à l'hôpital, selon le quotidien.

Un médecin lui a délivré une ITT de 14 jours: elle souffre d'une côte cassée et d'hématomes "un peu partout", notamment "au niveau d'une oreille, ce qui est caractéristique d'une traction", selon la vice-procureure.

Les parents sont aussi poursuivis pour avoir frappé l'adolescente depuis leur arrivée en France. La jeune fille, qui a dénoncé ces faits, a été placée "sous protection judiciaire dans une structure adaptée", selon le parquet, qui précise que ses parents ignorent où elle se trouve.

La famille devait quitter le territoire français avant le confinement et la fermeture des frontières de Bosnie-Herzégovine liée à l'épidémie de coronavirus.

"Ils ont été définitivement déboutés du droit d'asile en décembre 2019 et nous avions pris dans la foulée une obligation de quitter le territoire", a indiqué à l'AFP le secrétaire général de la préfecture du Doubs, Jean-Philippe Setbon, confirmant une information de l'Est Républicain.

- "Eloignement" -

Les parents, qui, outre l'adolescente molestée, ont quatre autres enfants, avaient ensuite demandé à bénéficier d'une aide au retour volontaire, selon M. Setbon.

"Il va falloir attendre le jugement pour négocier un éloignement", a ajouté M. Setbon, précisant que la jeune fille ne serait pas concernée par cette mesure.

L'oncle et la tante, arrivés en 2016, bénéficient d'un statut de réfugiés qui pourrait leur être retiré "vu leur implication, en fonction du jugement", a-t-il prévenu.

La guerre de Bosnie (1992-95) qui a opposé musulmans, croates et serbes a laissé de profondes cicatrices au sein de ces communautés, faisant près de 100.000 morts.

Ce fait divers évoque aussi le sort de milliers de femmes françaises tondues en public à la Libération pour avoir eu des relations avec des soldats allemands sous l'Occupation.

Auteur(s): Par Murielle KASPRZAK - Strasbourg (AFP)


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