Double meurtre de Montigny-lès-Metz : les 15 années "perdues" de Patrick Dils

Double meurtre de Montigny-lès-Metz : les 15 années "perdues" de Patrick Dils

Publié le :

Lundi 10 Décembre 2018 - 15:31

Mise à jour :

Lundi 10 Décembre 2018 - 15:40
© JEFF PACHOUD / AFP/Archives
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Par Anne LEC'HVIEN - Versailles (AFP)

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"J'ai perdu 15 ans de ma vie pour ça" : au procès en appel de Francis Heaulme pour le double meurtre de Montigny-lès-Metz, Patrick Dils, condamné pour ces crimes avant d'être innocenté, est revenu sur son passé, essuyant les questions soupçonneuses de la défense.

"Une nouvelle fois je vais me plonger trente-deux ans en arrière pour essayer de vous expliquer qui était Patrick Dils et comment celui-ci a évolué", dit en préambule le témoin aujourd'hui âgé de 48 ans, entendu aux assises de Versailles en visioconférence depuis Bordeaux.

L'adolescent, qui avait 16 ans en 1986, a passé 15 ans en prison pour le meurtre de Cyril Beckrich et Alexandre Beining, 8 ans, tués à coups de pierre près d'une voie ferrée à Montigny-lès-Metz.

A l'issue d'une procédure, rarissime, de révision de son procès, il a été rejugé et condamné à 25 ans de prison à Reims en 2001, puis acquitté en appel à Lyon en 2002.

Lundi, il était entendu comme témoin au procès de Francis Heaulme, déjà condamné pour neuf meurtres, mais qui nie farouchement ce double crime et a fait appel de sa condamnation à la perpétuité en première instance.

Après avoir mentionné le caractère "douloureux" de cette audition et son "grand respect pour les familles des victimes", Patrick Dils revient, une nouvelle fois, sur l'affaire qui a "marqué [sa] vie et qui la marquera jusqu'à [son] dernier souffle".

Il raconte cette soirée du 28 septembre 1986 au cours de laquelle les deux enfants ont été tués. Son arrestation. Sa garde à vue.

"J'étais vraiment quelqu'un d'introverti, de très docile", résume-t-il. "Je vais être complètement perdu, je vais avoir surtout une peur bleue, que vous ne pouvez pas imaginez. Parce que encore aujourd'hui, plus de 30 ans après, j'ai l'impression que ces interrogatoires, c'était hier", ajoute-t-il.

"J'ai été acquitté, blanchi, on ne peut absolument rien me reprocher sur cette affaire, mais je ne suis pas complètement satisfait", poursuit-il. "Moi aussi je regrette qu'en 1995 on ait détruit les scellés et qu'on n'ait pas pu faire la démarche des preuves ADN".

- "procès d'un témoin" -

En face de l'écran où apparaît Patrick Dils, Francis Heaulme écoute, assis dans son box, le menton appuyé dans une main.

Les aveux précis de M. Dils à l'époque ont "profondément marqué les familles des victimes. Pourquoi avoir donné autant de détails ?", interroge Me Dominique Rondu, avocat de la famille Beckrich, qui doute toujours de l'innocence de Dils.

"Parce que dire que c'était moi, ça ne suffisait pas" pour les policiers, répond ce dernier. "Je n'ai pas inventé ces détails, ils m'ont été soit suggérés dans les questions, soit dans la presse écrite, soit sur le plan qui se trouvait dans le bureau des inspecteurs", souligne-t-il.

"J'ai eu le sentiment, à travers quelques questions, que l'on fait le procès d'un témoin..." met alors en garde l'avocat général, Guirec Le Bras, rappelant que "cet acquittement est intangible, définitif". "C'est un principe pas seulement dans le droit, mais qui a une valeur constitutionnelle, qui fait partie des droits de l'homme", insiste-t-il.

La défense de Francis Heaulme tente, elle aussi, de jeter un voile de suspicion, comme elle l'avait fait en première instance à Metz. "Je vous propose de commencer comme vous, par parler de votre personnalité", commence Liliane Glock. "Si vous voulez", soupire Dils, les bras croisés.

Au fil de questions, elle cite les expertises psychiatriques, les aveux "détaillés", le croquis des lieux réalisé par le témoin, alors que des murmures de réprobation parcourent le public de la salle d'audience.

- "Cette histoire d'aveux rétractés, cela a quand même eu un effet désastreux pour tout le monde", conclut-elle.

- "J'ai perdu 15 ans de ma vie pour ça", répond Patrick Dils.

- "Ce n'est pas la faute des autres", glisse l'avocate.

- "Permettez-moi d'en douter", réplique le témoin.

Patrick Dils (C), acquitté en 2002 du meurtre de deux garçons commis en 1986 à Montigny-lès-Metz, le 19 mai 2007 à Lyon


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