Fronde des policiers: journée d'actions symboliques, Castaner discute avec les syndicats

Fronde des policiers: journée d'actions symboliques, Castaner discute avec les syndicats

Publié le :

Mercredi 19 Décembre 2018 - 12:17

Mise à jour :

Mercredi 19 Décembre 2018 - 21:56
© GEORGES GOBET / AFP/Archives
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Par Grégory DANEL et Sarah BRETHES - Paris (AFP)

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Essorés par la crise des "gilets jaunes", des policiers ont mené mercredi des actions symboliques pour exprimer leur colère et faire pression sur le gouvernement, qui tente de dénouer la fronde en négociant avec les syndicats et en promettant notamment une prime.

Depuis la fin d'après-midi, le ministre de l'Intérieur Christophe Castaner a repris les discussions entamées la veille avec les trois organisations syndicales représentatives chez les gardiens de la paix. Ces difficiles tractations, interrompues en début de soirée, doivent reprendre à 22H.

Rejoint par Unité-SGP-FO, le syndicat Alliance avait lancé pour mercredi le mot d'ordre "Fermons les commissariats" et demandé "à tous les policiers de France de ne sortir que sur appel" d'urgence pour réclamer de meilleures conditions de travail et de rémunération.

Le mouvement a donné lieu à des fermetures "symboliques" de commissariats et à une grève du zèle dans plusieurs villes, selon des journalistes de l'AFP.

A Bordeaux, où quelques centaines de policiers se sont rassemblés, le commissariat était ouvert mais seul le "service minimum" a été assuré, indique-t-on de source syndicale.

Même son de cloche à Marseille, où les "missions d'urgence" étaient assurées tandis que les tâches secondaires ont été "laissées de côté", a expliqué à l'AFP Patrice Maure, responsable local d'Alliance.

La grogne s'est également fait sentir mercredi matin aux aéroports parisiens de Roissy et d'Orly où des fonctionnaires de la Police aux frontières ont appliqué un contrôle scrupuleux des passeports en soutien à leurs collègues. De longues files d'attente se sont formées mais aucun vol n'a été retardé.

Pour tenter d'éteindre cette première crise en interne depuis son arrivée il y a deux mois à Beauvau, Christophe Castaner avait entamé mardi des discussions avec les syndicats, suspendues après trois heures de tractations.

Le ministre s'était alors voulu rassurant, affirmant que les policiers n'étaient pas des "gilets jaunes" et qu'ils ne bloqueraient pas les commissariats "parce qu'ils ont le sens du service public".

- "Gyros bleus" -

En parallèle, l'exécutif a réaffirmé mercredi sa volonté de payer les 274 millions d'euros dus aux policiers au titre des heures supplémentaires accumulées depuis de nombreuses années. "Ce paiement sera effectif selon un calendrier que nous allons définir", a déclaré le secrétaire d'Etat à l'Intérieur Laurent Nuñez sur RMC.

Autre réponse de l'exécutif: une prime de 300 euros versée aux forces de l'ordre mobilisées face aux "gilets jaunes" depuis le 17 novembre. Adoptée dans la nuit de mardi à mercredi par l'Assemblée, elle pourrait bénéficier à 110.000 fonctionnaires mais est loin de faire l'unanimité.

Le ministre "revient sur une proposition de prime sur trois créneaux, 200, 300, 450 euros", a déclaré Philippe Capon, secrétaire général d'UNSA Police lors de la suspension des discussions mercredi. Son syndicat réclame une prime au même montant "pour tout le monde" et "une réponse ce soir".

A la prime, il préfèrerait "quelque chose de concret sur les salaires et tout le reste du plan qui restera à négocier sur les heures supplémentaires et sur les autres sujets".

"Si le gouvernement reste sourd, voire méprisant avec la proposition de prime à 300 euros pour solde de tout compte (...), notre action de protestation pourrait se prolonger, se durcir", avait auparavant indiqué à l'AFP David Leyraud, secrétaire régional adjoint d'Alliance en Occitanie, qui a participé à une fermeture "symbolique" du commissariat d'Agde (Hérault).

"Ce n'est pas avec 300 euros qu'on va acheter la grogne des policiers", jugeait de son côté Fabrice Danel, secrétaire général adjoint de SGP police dans les Hauts-de-France.

Depuis une petite semaine, les syndicats font monter la pression sur le gouvernement après un mois éreintant où les forces de l'ordre ont dû gérer la mobilisation des "gilets jaunes" mais aussi une menace terroriste revenue brutalement sur le devant de l'actualité avec l'attentat de Strasbourg, qui a fait cinq morts.

En marge des syndicats, un mouvement baptisé "gyros bleus" et relayé sur les réseaux sociaux agite le souvenir du mouvement de fronde inédit qui a surgi à l'automne 2016 après l'attaque au cocktail molotov contre des fonctionnaires à Viry-Chatillon (Essonne). Un rassemblement est prévu jeudi soir à Paris.

burs-grd-mig/jt/bw

Des policiers face à des "gilets jaunes" lors d'une manifestation à Bordeaux, le 15 décembre 2018


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