"Gilets jaunes": quand les enquêteurs scrutent la moindre image

"Gilets jaunes": quand les enquêteurs scrutent la moindre image

Publié le :

Mercredi 15 Mai 2019 - 09:51

Mise à jour :

Mercredi 15 Mai 2019 - 09:54
© Geoffroy VAN DER HASSELT / AFP/Archives
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Par Katell PRIGENT - Paris (AFP)

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Vidéosurveillance, films de manifestants diffusés sur les réseaux sociaux, images de caméra piéton: la multitude d'images filmées lors des manifestations de "gilets jaunes" depuis six mois en France représente pour la police des éléments-clés d'enquête.

Au deuxième sous-sol de la préfecture de police située au coeur de Paris, dans la grande salle dédiée à la surveillance 24H/24, chaque samedi depuis le 17 novembre des policiers surveillent les manifestations face à un mur de plus d'une trentaine d'écrans.

Grâce à plus de 1.200 caméras de surveillance parisiennes, ils peuvent diriger les policiers sur le terrain mais aussi aider à suivre et identifier les casseurs.

"Pour les services d'enquête, c'est un outil supplémentaire qui s'impose", estime auprès de l'AFP la sociologue Elodie Lemaire, maître de conférence à l'université de Picardie Jules-Verne et auteure de "L'oeil sécuritaire : mythe et réalité de la vidéosurveillance".

"La vidéosurveillance n'est pas une preuve en soi, il ne suffit pas de voir pour juger", nuance-t-elle, rappelant que les magistrats ne "la traitent que comme une ressource parmi d'autres preuves".

Autres sources d'images précieuses, les réseaux sociaux où foisonnent les vidéos prises par les manifestants.

Lors des saccages et pillages de magasins, de l'Arc de Triomphe le 1er décembre, de la porte du ministère de Benjamin Griveaux le 5 janvier mais aussi du Fouquet's sur les Champs-Elysées le 16 mars, des dizaines de vidéos ont été tournées et diffusées, donnant un coup de pouce au travail des enquêteurs.

Grâce aux images, mais aussi aux enquêtes et à des recoupements téléphoniques, ils sont ainsi remontés jusqu'aux auteurs présumés de l'intrusion dans le ministère alors que certains étaient inconnus des services de police.

De même, plusieurs semaines après les faits, ils ont retrouvé des auteurs présumés de vols lors d'un saccage de magasins sur les Champs-Elysées.

- Des cellules "gilets jaunes" -

Depuis décembre la police a en outre installé une quinzaine de "cellules gilets jaunes" en province.

A Rouen par exemple, ils sont huit enquêteurs venus des différentes brigades à éplucher les moindres images: vidéosurveillance, photos prises sur le terrain par les services de renseignement, films pris par hélicoptères, caméras piéton des policiers, vidéos diffusées par les manifestants via les réseaux sociaux.

Parmi leurs dossiers, celui de l’agression de journalistes de LCI et de leurs agents de sécurité en janvier. Grâce à leur travail, cinq personnes seront jugées en juin.

Idem pour l'incendie de la Banque de France à Rouen le 29 décembre. Cinq personnes ont été interpellées, une autre a été condamnée à de la prison ferme pour avoir caillassé un motard. Tous ont été identifiés grâce à la cellule.

"On examine les vidéos au moment des faits mais aussi en amont et en aval", explique à l'AFP le commissaire Nicolas de Golmard, chef de la sûreté départementale de Seine-Maritime.

"On extrait des photos, des signalements, on cherche le détail", ajoute-t-il. "Ensuite on diffuse les images aux collègues qui ont l'habitude des manifestations, aux renseignements, aux gendarmes qui ont été très présents sur les ronds-points, on compare à nos fichiers".

"Nous utilisons le champ d'enquêtes sur les réseaux sociaux depuis plusieurs années", expliquait en avril à l'AFP Michel Lavaud, chef du service d'information et de communication de la police nationale.

Mais pour le mouvement des "gilets jaunes", "il ne fallait pas se satisfaire des interpellations en flagrant délit", dit-il. Le temps de cette mission, sont ainsi regroupés "des policiers qui représentent les trois piliers du métier : renseignement, voie publique et enquête", ajoutait-il.

La profusion de vidéos tournées lors des manifestations a aussi son revers.

"Quand on intervient pour interpeller dans la manifestation, il y a toujours une cinquantaine de preneurs d'images avec leur téléphone", s’agace auprès de l'AFP un policier de terrain. "Ils se mettent devant toi, t'empêchent de bosser et sont persuadés d'être une garantie contre la bavure policière", ajoute-t-il.

La diffusion sur les réseaux sociaux de plusieurs vidéos incriminant les forces de l'ordre, accusées de violences sur les manifestants, a de fait entraîné l'ouverture d'enquêtes de l'Inspection générale de la police nationale (IGPN), la police des polices.

La salle de contrôle et de commandement de la Direction de l'Ordre Public et de la Circulation (DOPC) de la préfecture de police de Paris le 23 mars 2019


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