"La violence entraîne la violence": les "gilets jaunes" au tribunal

"La violence entraîne la violence": les "gilets jaunes" au tribunal

Publié le :

Lundi 10 Décembre 2018 - 20:13

Mise à jour :

Lundi 10 Décembre 2018 - 22:08
©DR
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Par Sofia BOUDERBALA et Marie DHUMIERES - Paris (AFP)

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L'un a renvoyé une grenade lacrymogène, un autre s'est servi à boire dans un magasin pillé: des hommes, jeunes et pauvres, ont comparu lundi à Paris pour répondre de violences lors des manifestations des "gilets jaunes" samedi à Paris.

Des relaxes et des peines allant de l'amende à six mois ferme. A la 24e chambre correctionnelle du tribunal de grande instance de Paris, la lassitude se lit sur le visage des magistrats, un mélange de crainte et d'incompréhension sur celui des prévenus.

Il n'y a que des hommes dans le box: de jeunes gens au chômage ou aux faibles revenus - 1.500 euros par mois pour les mieux lotis - venus de toute la France pour marcher "avec les gilets jaunes contre la politique du gouvernement".

Plusieurs dizaines de personnes ont été jugées dans l'après-midi en comparution immédiate, une procédure expéditive, qui intervient dans la foulée de la garde à vue, dans cinq salles d'audiences.

Jusqu'à dix salles pourront être mobilisées et les tribunaux de Bobigny, Créteil ou Nanterre appelés en renfort, après un nombre record d'interpellations dans la capitale: 1.400 arrestations samedi, qui ont abouti à un millier de gardes à vue.

Deux mois de prison ferme pour le premier condamné: Xavier, 26 ans, pull et regard noirs, sans emploi depuis deux mois, venu de Laval: "J'ai juste jeté un caillou quand on m'a mis un flashball", a-t-il expliqué, regrettant un geste qui "décrédibilise un peu (...) les gilets jaunes, un mouvement noble".

Son torse portait encore la marque ronde du projectile, son avocat a plaidé que "la violence entraîne la violence", tandis que le procureur rappelait qu'"il n'y a pas si longtemps, les policiers étaient encensés pour assurer notre défense" dans le contexte des attentats jihadistes dans la capitale.

- Un pavé en "souvenir" -

Valentin, 20 ans, cheveux mi-longs et bouc façon d'Artagnan, a plus de mal à justifier la présence d'un pavé dans son sac à dos. "Je voulais emporter un souvenir", dit ce Versaillais d'origine devenu mécanicien, condamné à trois mois ferme.

La plus lourde peine a été infligée à Arbi, Tunisien de 27 ans, attrapé avec plusieurs autres jeunes hommes devant le magasin Go-Sport dévasté de la place de la République. Six mois de prison, avec mandat de dépôt à l'audience pour Arbi, déjà sous le coup d'un arrêté de reconduite à la frontière et qui ne demandait qu'à "repartir chez (lui), je vous jure".

Dans la salle voisine, Mickael, 35 ans, pull tricolore sur le dos, était venu de Nancy avec un ami. Sur les Champs-Elysées, il reconnaît avoir été "un peu provocateur" en se tenant debout face aux CRS, mais "en aucun cas", il n'a jeté de pavé.

Cet intérimaire, "passé sur plusieurs chaînes télé" pour revendiquer son "côté pacifique", est au bord des larmes à l'idée qu'on le prenne pour un casseur : "je serais venu en mode casseur, je serais pas venu en bleu-blanc-rouge pour que des milliers de personnes puissent me reconnaître". Il a écopé de quatre mois avec sursis, trois semaines de travaux d’intérêt général, et, comme beaucoup d'autres, est interdit de séjour à Paris plusieurs mois.

En larmes aussi, Julien, 35 ans, vendeur de fruits et légumes dans un hypermarché dans le sud de la France, a été condamné à trois mois avec sursis : dans son sac, il avait un démonte-pneus en métal et une bombe lacrymogène. Sa copine s'inquiétait, explique-t-il et lui avait peur de se "faire agresser, dans le contexte".

D'autres jeunes, également arrêtés près des Champs-Elysées, ont été relaxés: l'accusation leur reprochait le port d'un masque en papier, d'un gilet jaune ou la participation à un "groupement" en vue de commettre des dégradations ou des violences. "Sans preuve" ont plaidé les avocats, dénonçant en retour des violences policières.

Dans les chambres voisines, les mêmes profils se succèdent: peintre en bâtiment, intermittent du spectacle, intérimaire. Seule célébrité du jour, Julien Coupat: longtemps présenté comme le leader du groupe d'ultragauche de Tarnac, interpellé samedi matin avec gilet jaune, masque de chantier et bombes de peinture dans une voiture, il devait faire l'objet d'un rappel à la loi.

Municipale 2014

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