L'Assurance maladie renouvelle son ordonnance pour économiser plus de 2 milliards en 2020

L'Assurance maladie renouvelle son ordonnance pour économiser plus de 2 milliards en 2020

Publié le :

Jeudi 27 Juin 2019 - 18:15

Mise à jour :

Jeudi 27 Juin 2019 - 18:16
© DENIS CHARLET / AFP/Archives
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Par Aurélie CARABIN - Paris (AFP)

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Lutte contre la fraude, moins d'hospitalisations, d'antibiotiques ou encore de frais de transport... L'Assurance maladie renouvelle son ordonnance pour économiser plus de 2 milliards d'euros en 2020, proposant de nouvelles pistes pour s'attaquer au "gaspillage".

Comme chaque année, en prévision du budget de la Sécurité sociale, attendu à l'automne, l'Assurance maladie a listé dans son rapport "Charges et produits" ses leviers traditionnels pour freiner l'augmentation des dépenses de santé, inexorable en raison du vieillissement de la population et de l'augmentation des maladies chroniques.

Selon ce document, consulté par l'AFP, elle vise au total 2,07 milliards d'euros d'économies en 2020, contre 2,01 cette année. Un montant inférieur aux économies imposées au secteur de la santé (3,8 milliards d'euros en 2019) car il ne tient pas compte des négociations sur les prix des médicaments ni de certains efforts demandés aux hôpitaux.

Les résultats les plus importants sont attendus sur les prescriptions de médicaments et dispositifs médicaux, à hauteur de 887 millions d'euros, par exemple via la promotion des génériques (45 millions).

La surconsommation d'antibiotiques, rendus de ce fait moins efficaces, fera elle l'objet d'un "plan d'actions ambitieux" sur deux ans pour réaliser 150 millions d'euros d'économies, dont 75 millions en 2020.

L'Assurance maladie entend ainsi contribuer "à la grande campagne de communication (...) qui sera mise en oeuvre par Santé Publique France en 2020" et favoriser le recours aux TROD (test rapide d'orientation diagnostique), qui permettent de vérifier si une angine est virale ou bactérienne. Or, les antibiotiques ne sont efficaces que dans le second cas. Insuffisamment utilisés par les généralistes, ces tests pourront être réalisés dans toutes les pharmacies dès janvier.

Egalement surconsommés, les IPP, des médicaments contre les brûlures d'estomac, qui concernent 16 millions de patients. Pour encourager les médecins à moins ou mieux prescrire, l'Assurance maladie propose de les rétribuer en fonction des économies générées. Un "nouveau dispositif d'intéressement" qui s'ajouterait à la rémunération sur objectif de santé publique (Rosp), sorte de prime octroyée aux praticiens pour favoriser les bonnes pratiques.

- "gaspillage" -

Autre sujet d'attention, le "gaspillage" de produits de santé prescrits ou délivrés en trop grande quantité, les professionnels faisant régulièrement état de "stocks de médicaments et de dispositifs médicaux accumulés au domicile des patients", certaines familles assurant leur dédier "une pièce complète".

L'Assurance maladie vise tout particulièrement les pansements qui lui ont coûté près de 680 millions d'euros en 2018.

Elle propose donc de limiter les durées de prescriptions de pansements en sortie d'hospitalisation à 7 jours, contre 30 actuellement, les infirmiers libéraux pouvant ensuite prescrire "le matériel adapté à l'évolution de la plaie" du patient. De quoi économiser 75 millions d'euros.

"Au-delà" des pansements, l'Assurance maladie évoque également un gâchis en matière de "stylos et aiguilles à insuline, sets de sondage, sets de perfusion à domicile" et de "nombreux signalements de gaspillages (...) suite à l'intervention des structures d'hospitalisation à domicile ou de prestataires de santé à domicile".

Elle appelle donc à "travailler" avec tous les acteurs concernés "pour envisager des mesures de régulation".

Plus généralement, comme cette année, le développement de la chirurgie ambulatoire (sans nuit à l'hôpital) doit permettre d'épargner 200 millions d'euros, quand 220 millions sont attendus de la lutte contre la fraude et les abus, et 100 millions d'une meilleure régulation des arrêts de travail, un objectif pas encore atteint.

Par ailleurs, la limitation des dépenses de transport, qui ont représenté 4,8 milliards d'euros l'année dernière, est elle évaluée à 160 millions. Elle s'appuiera sur les nouvelles règles tarifaires négociées avec les taxis, mais aussi sur le transport partagé entre patients ou encore un remboursement facilité du recours au véhicule personnel.

En outre, l'Assurance maladie espère réaliser 180 millions d'euros d'économies en cas d'accord avec les biologistes sur un protocole pour maîtriser leurs dépenses.

Habituellement désignée comme l'homme malade de la Sécu, la branche maladie a réduit de manière spectaculaire son déficit, passé de 4,9 milliards en 2017 à 700 millions en 2018. Mais une dégradation de 200 millions d'euros est prévue pour 2019, selon la Commission des comptes de la Sécu.

L'Assurance maladie vise au total 2,07 milliards d'euros d'économies en 2020.


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