Le lourd tribut des civils normands à leur libération

Le lourd tribut des civils normands à leur libération

Publié le :

Lundi 20 Mai 2019 - 12:41

Mise à jour :

Lundi 20 Mai 2019 - 12:42
© - / AFP/Archives
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Auteur(s): Par Chloé COUPEAU - Caen (AFP)

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Près de 20.000 morts, 150.000 personnes contraintes à l'exode: les civils normands ont payé un lourd tribut à leur libération sous les bombes alliées en 1944.

"Au matin du 7 juin, on compte près de 3.000 morts parmi les civils, soit presqu'autant que de soldats alliés" décédés le 6 juin, rappelle à l'AFP Jean Quellien, auteur de "La Bataille de Normandie".

Du bombardement de Rouen en mai 1944 à ceux du Havre en septembre, et en incluant les victimes des mines de 1944, 20.000 civils ont péri, selon l'universitaire honoraire.

De juin à septembre 1944, près de 17.560 tonnes de bombes sont déversées en soutien des forces terrestres en Normandie, ajoute l'historien britannique Andrew Knapp, dans "Les Français sous les bombes alliées 1940-1945".

De nombreuses communes normandes ont été touchées. Mais les pourcentages de destructions massifs longtemps annoncés sont à prendre avec précaution, selon M. Quellien. Une étude récente du géographe Romain Stepkow a ainsi estimé que Caen a été détruite au tiers, si on ne se limite pas au centre ville, et non au deux tiers.

Certaines villes ont subi des offensives à répétition. A Saint-Lô, bombardée les 6 et 7 juin, particulièrement "violemment", mais également le 9, le 10, le 12, le 13 et le 22 juin, "les opérations de sauvetages sont rendues excessivement pénibles par suite des bombes à retardement et des attaques répétées de l'aviation", écrit le 23 juin 1944 le préfet, cité par Jérémie Halais dans "Saint-Lô dans la tourmente".

Les Normands sont certes "loin d'être les seuls" à avoir été touchés par les bombardements, selon Andrew Knapp, qui recense au moins 57.000 victimes civiles, en France entre 1940 et 1945.

Dans le monde, durant la Seconde guerre mondiale, entre 35 et 45 millions de civils ont été tués, contre vraisemblablement 30 millions de militaires, selon le Mémorial de Caen.

En France, des villes portuaires comme Saint-Nazaire, Lorient ou Brest, ont été en grande partie détruites.

Mais les bombardements normands de l'été 1944 à Caen, sont beaucoup plus meurtriers, car contrairement aux ports de l’Atlantique, ces villes n'avaient pas été évacuées, souligne M. Knapp. Peu de civils normands ont en effet pu lire les tracts largués par avion qui les appelaient à se mettre à l'abri.

Cette souffrance est longtemps restée dans l'ombre des images de la population en liesse à la Libération et des sacrifices militaires lourds. La bataille de Normandie a fait près de 40.000 tués côtés alliés, de l'ordre de 50.000 à 60.000 côté allemand.

Il a fallu attendre 2014 pour qu'une cérémonie officielle leur rende hommage. Depuis 2016 un musée leur est également consacré, à Falaise.

C'est que la question est délicate.

"Les chefs alliés ne pouvaient pas le savoir mais vu d'aujourd'hui, il s'avère que ces bombardements n'ont pas énormément retardé les Allemands", note M. Quellien.

A l'aune des conventions actuelles définissant le crime de guerre, certains bombardements de 1944 pourraient entrer dans cette catégorie, estiment Andrew Knapp et Jean Quellien.

Mais il est "difficile d'imaginer les succès alliés en Normandie sans l'écrasante supériorité aérienne dont ils feront un emploi si libéral", écrit M. Knapp.

Auteur(s): Par Chloé COUPEAU - Caen (AFP)

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Arrivée des soldats américains à Ger, dans la Manche, le 6 juin 1944

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