Les explosions de Beyrouth ravivent "l'apocalypse" d'AZF à Toulouse

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Les explosions de Beyrouth ravivent "l'apocalypse" d'AZF à Toulouse

Publié le 05/08/2020 à 17:59 - Mise à jour à 18:52
© ERIC CABANIS / AFP/Archives
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Auteur(s): Par Alexandre MARTINS LOPES - Toulouse (AFP)

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"Ca me fout les larmes, ça m'émeut trop, je ne peux pas rester devant la télé": les traumatismes des victimes de la catastrophe d'AZF, en 2001 à Toulouse, ressurgissent après les explosions à Beyrouth

Mercredi, les mêmes scènes de dévastation, d'immeubles éventrés et d'un nuage de fumée, cette fois au-dessus de la capitale libanaise, passent en boucle à la télévision et sur Internet.

"Quand j'ai vu les images, ça a été dur. C'était l'apocalypse. Le champignon, les dégâts, le nuage de fumée: c'est tout pareil", raconte à l'AFP Pauline Miranda, présidente de l'association des sinistrés du 21 septembre.

D'après les autorités libanaises, quelque 2.750 tonnes de nitrate d'ammonium, stockées "sans mesures de précaution" dans le port de la capitale libanaise, sont à l'origine des puissantes déflagrations. Une quantité presque dix fois plus importante que celle impliquée dans l'explosion d'AZF, la plus grande catastrophe industrielle en France depuis 1945.

"C'est encore plus dramatique que chez nous. Ca me fout les larmes, ça m'émeut trop, je ne peux pas rester devant la télé", se lamente auprès de l'AFP Guy Fourest.

A 90 ans, l'ancien président du comité de défense des victimes d'AZF vit "chaque jour avec le souvenir douloureux" de la catastrophe qui a traumatisé la Ville rose, le 21 septembre 2001, quand près de 300 tonnes de nitrate d'ammonium stockées dans un hangar explosent.

La déflagration, qui ravage ce jour-là le complexe chimique AZF (Groupe Total), est entendue jusqu'à 80 km à la ronde, faisant 31 morts et 2.500 blessés.

- "Ca m'a foutu la vie en l'air" -

Le drame poursuivra les familles des victimes et les rescapés pour le restant de leurs jours.

Le 21 septembre 2001, Mme Miranda explique qu'elle se trouvait dans sa voiture à "200-300 mètres" du complexe d'AZF. Soudainement, "les vitres ont explosé. J'ai perdu complètement l'audition de l'oreille droite et 75% de l'oreille gauche", poursuit-elle.

"Tous les matins et jusqu'à la fin de mes jours, je mets AZF (surnom qu'elle donne à son appareil auditif) dans les oreilles", regrette-elle avant de reprendre son souffle: "ça m'a foutu la vie en l'air".

Denis Molin, autre victime d'AZF et membre du collectif "Plus jamais ça ni ailleurs", témoigne mercredi dans la Dépêche du midi: "Les acouphènes, la surdité, la mal voyance, de nombreuses personnes de mon entourage garderont des séquelles physiques (...) d'AZF".

Outre les dégâts physiques, la catastrophe peut provoquer des troubles de stress post-traumatique (TSPT), voire même des troubles psychologiques importants.

"Certains sont déglingués, ils ne réagissent plus normalement. D'où le besoin de parler et de s'exprimer", insiste M. Fourest.

Hugues Jourdan, enseignant, souligne l'importance "d'exprimer ce qu'on a vécu". "Il faut entourer, aider et faire parler les gens", poursuit-il.

Ses parents, également enseignants, donnaient cours à quelques centaines de mètres du site de l'ex-usine lors de la catastrophe. Depuis, impossible pour eux d'évoquer un "souvenir si fort".

- "Risques industriels" -

"Ils étaient injoignables pendant quatre heures. Après l'explosion, les lignes étaient saturées. Tout le monde essayait d'appeler ses proches", se souvient-il.

Plusieurs associations de victimes expriment leur colère face au stockage du nitrate d'ammonium, une substance qui entre dans la composition de certains engrais mais aussi d'explosifs.

Parmi elles, Claudine Molin regrette qu'AZF "n'ait servi à rien". "D'ici deux ans, on ne s'en souviendra plus et ça, ça me désole. Ca ne devrait pas se reproduire en 2020", tance-t-elle, en insistant sur le besoin de "s'intéresser aux risques industriels en dehors des catastrophes".

L'ancien directeur de l'usine chimique AZF et la société exploitante ont été définitivement condamnés fin 2019, la Cour de cassation ayant rejeté leurs pourvois. L'ex-directeur Serge Biechlin avait été condamné à 15 mois de prison avec sursis pour "homicide involontaire" et la société gestionnaire du site, l'entreprise Grande Paroisse, à l'amende maximale de 225.000 euros.

Un mémorial en souvenir de la catastrophe de Toulouse a été érigé en 2012 devant l'ex-usine d'AZF.

Auteur(s): Par Alexandre MARTINS LOPES - Toulouse (AFP)


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Évacuation d'un blessé à Toulouse, le 21 septembre 2001, après l'explosion de l'usine chimique AZF

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