Les marchés primeurs ferment, les clients renvoyés vers les supermarchés

Les marchés primeurs ferment, les clients renvoyés vers les supermarchés

Publié le 24/03/2020 à 14:16 - Mise à jour à 16:24
© JEAN-FRANCOIS MONIER / AFP/Archives
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Auteur(s): Par Isabel MALSANG - Paris (AFP)

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"Inadmissible", Monique Guenichon est prise de court mardi en arrivant avec son caddie: le marché Saint Quentin où elle s'approvisionne en produits frais reste fermé, comme tous les marchés parisiens, alors qu'il s'était organisé pour espacer les clients et durcir les contraintes sanitaires face à l'épidémie de coronavirus.

Devant l'entrée de l'un des plus vieux marchés couverts de Paris, tout près de la gare de l'Est, ils étaient une petite quinzaine à être accourus avec leurs caddies mardi en milieu de journée pour tenter d'obtenir quelques fruits ou légumes de saison.

"il ne faut pas exagérer on n'est quand même pas des bestiaux" maugrée Monique, retraitée et fidèle cliente du lieu, très "en colère" contre "les politiques".

L'annonce lundi soir à la télévision par le Premier ministre Edouard Philippe de la fermeture des marchés de plein air pour lutter contre la propagation de l'épidémie Covid-19, - sauf dérogation locale, ne passe pas chez les commerçants non plus.

"Hier (lundi) soir, nous avons appris par les infos que les marchés ouverts allaient fermer. On ne pensait pas que les marchés couverts entraient dans la catégorie (...) la mairie ne nous a pas informés, on ne comprend pas" dit le boucher bio Steevens Kissouna, également président du marché Saint Quentin.

D'autant que les frigos de la trentaine de commerçants présents sur le site sont pleins. "Certains avaient pour 5.000 euros de stock, d'autres pour 10.000 euros, il y a de grosses pertes aujourd'hui" précise M. Kissouna.

La fermeture des marchés est d'autant plus incompréhensible pour eux que les supermarchés et supérettes restent ouverts, eux, au nom d'un quasi service public de l'alimentation des populations confinées, tandis que les personnels de la grande distribution sont montrés en exemple dans les médias.

"Nous avions mis en place tout un système de marquage au sol pour obliger les gens à s'espacer, et des portiers pour filtrer la clientèle, organiser les files d'attente, pour qu'il n'y ait pas trop d'affluence en même temps" explique, dépité, Francis Riera, charcutier traiteur du marché.

Plus à l'est, sur le boulevard Ménilmontant, tout près du cimetière du Père Lachaise, le marché de plein air n'a pas eu lieu non plus mardi. Seuls les stands ont été montés par les employés municipaux. Mais aucun commerçant n'est venu après l'annonce du Premier ministre.

M. Maaraf, qui vient faire son marché tous les mardi et vendredi sur ce marché populaire, connu pour ses tarifs modiques, dit comprendre la décision.

"A quoi sert de fermer les restaurants, les cafés, si on laisse les marchés ouverts, où par centaines, par milliers, les gens se collent les uns aux autres?" questionne-t-il.

- une dizaine de marchés indisciplinés -

"C'est une question de discipline, de civisme, ça va passer, il faut deux à trois semaines maximum" professe-t-il en se promenant parmi les stands vides.

Hélas, pour Chrystel Tesseidre, commerçante primeur dans le Lot, et présidente de Saveurs commerce, la fédération de primeurs qui regroupe 12.000 commerçants et artisans en fruits et légumes en France, les choses sont beaucoup plus compliquées.

"Tout se résume à une dizaine de marchés qui ne respectaient pas les consignes de sécurité en France, et avec l'interdiction, imaginez combien de commerçants, d'artisans et de producteurs" vont être "en difficulté" dit-elle à l'AFP lors d'une conversation téléphonique.

"C'est toute une page de l'économie qui se retrouve à l'arrêt, qui est déjà en difficulté, je n'ose même pas imaginer demain ce qui va se passer. Beaucoup n'auront droit à rien" ajoute-t-elle en fustigeant "le lobbying de la grande distribution" qui a "encore fait son effet" selon elle.

"Je fais aussi le marché de Sarlat, ca s'est très bien passé samedi dernier, il y avait des barrières autour des stands, les gens n'approchaient pas des marchandises, et étaient tous séparés de 1,50 mètre, ils se lavaient les mains régulièrement, mais il n'y avait aucun media pour venir voir" ajoute-t-elle.

Dans les supermarchés, mes clients n'y vont plus, car ils ont peur de tomber malades".

Auteur(s): Par Isabel MALSANG - Paris (AFP)


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