Lutte contre sexisme et harcèlement: la CGT chemine

Lutte contre sexisme et harcèlement: la CGT chemine

Publié le :

Jeudi 16 Mai 2019 - 08:25

Mise à jour :

Jeudi 16 Mai 2019 - 08:28
© BODO MARKS / DPA/AFP/Archives
PARTAGER :

Par Déborah CLAUDE - Dijon (AFP)

-A +A

Comme toutes les organisations, la CGT connaît des affaires de sexisme et de harcèlement sexuel, souvent difficiles à régler dans ce syndicat qui se revendique "féministe" et affiche un certain volontarisme pour y remédier.

"Les difficultés à être une femme à la CGT, à y prendre toute sa place, et notamment des responsabilités, sans sexisme ni violence, persistent à un niveau élevé et préoccupant, et l'écart entre les valeurs affichées et les actes est dénoncé": ce constat fait partie des conclusions d'une consultation récemment menée par la confédération.

Près de 80% des quelques 7.000 répondantes à cette enquête destinée à connaître les attentes des femmes sont des syndiquées CGT.

A l'instar de ce qui se passe dans les partis politiques, les associations, les médias, les entreprises, la lutte contre le sexisme et le harcèlement sexuel est aussi un long chemin dans les syndicats, historiquement des milieux très majoritairement masculins.

A la CGT, où la parité a été mise en place à la direction en 1999, plus de 60% des adhérents sont des hommes.

"La CGT n'est pas machiste, mais il y a trop de machos à la CGT", reconnaissait le secrétaire général Philippe Martinez à la fête de l'Huma en 2016.

Quelques mois plus tard était créée, au niveau de la confédération, une "cellule de veille contre les violences sexistes et sexuelles". "J'ai mouillé la chemise" pour qu'elle soit lancée, affirme Philippe Martinez.

A l'ouverture du 52e congrès de la CGT lundi à Dijon, il a plaidé "pour l'exemplarité des comportements internes".

Le document d'orientation, sorte de feuille de route des trois prochaines années, prévoit le "renforcement et la pérennisation de la cellule de veille".

"Pour la première fois dans ce document on se revendique comme féministe", souligne aussi Sophie Binet, en charge de l'égalité femme/homme.

Ces derniers mois plusieurs affaires, révélées par le site d'information Mediapart, ont entaché la CGT, à la ville de Paris et à l'union départementale des Côtes-d'Armor notamment.

Devant l'Association des journalistes de l'information sociale (Ajis), Philippe Martinez a récemment fait état de deux cas de blocage.

"Il reste deux problèmes qui n'ont pas été réglés et on insiste lourdement pour que les organisations concernées les règlent. En général, le problème est réglé en enlevant les responsabilités aux personnes responsables de ces exactions", a-t-il expliqué, sans citer les cas.

Et de concéder que "oui, pour les cas de racisme, les cas de fréquentations du FN, ça va beaucoup plus vite" de retirer les mandats aux responsables.

"Plus le militant concerné est en niveau de responsabilité, plus c'est compliqué", explique Mme Binet. La cellule de veille n'a pas de pouvoir de sanction.

Pour "les cas sur lesquels la cellule a buté, il y avait une divergence d'analyse entre organisations: l'union départementale démet le militant et la fédération le maintient, par exemple", explique-t-elle.

L'objectif est d'"affiner" le processus afin d'avoir "un cadre commun de règlement de ce type de situation", ajoute-t-elle.

- Ne plus rester "sans réponse" -

Membre de la direction, Céline Verzeletti, première femme à avoir été secrétaire générale de la CGT pénitentiaire, explique que les "+anciennes+ ont intégré et banalisé des environnements très sexistes".

Il y a parfois un "déni pas seulement de l'agresseur mais aussi plus collectivement dans l'organisation", explique-t-elle.

"Plus aucune femme ne doit rester sans réponse et sans reconnaissance face à une violence sexiste ou sexuelle, dans la vie, au travail, même à la CGT", affirme une militante dans une vidéo YouTube postée par le collectif "femmes mixité" de l'union syndicale des services publics parisiens. Et dont l'adresse internet était distribuée mardi matin à l'entrée du congrès...

"Plus jamais nous ne devons entendre +tu n'as pas d'humour+, +tu exagères+, +n'en fais pas tout un plat+, +tu es coincée+", écrivaient aussi des militantes et militants dans une tribune publiée en novembre dernier.

Alors, encore trop de machos à la CGT?

"Je n'ai pas un recensement des machos mais il en reste encore, et tant qu'il y en a, je ne serai pas satisfait", a assuré Philippe Martinez à l'AFP en marge d'une conférence de presse.

Sophie Binet, chargée de l'égalité femmes-hommes à la CGT, en mai 2015 à Hambourg


Commentaires

-