Paris: interrogations sur l'avenir du centre humanitaire pour migrants

Paris: interrogations sur l'avenir du centre humanitaire pour migrants

Publié le :

Jeudi 14 Septembre 2017 - 13:59

Mise à jour :

Jeudi 14 Septembre 2017 - 14:00
© STRINGER / AFP/Archives
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Auteur : Par AFP

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A l'approche de son déménagement, les interrogations se multiplient sur l'avenir du centre humanitaire pour migrants installé à Paris, dont l'association Utopia 56 vient de claquer la porte pour dénoncer une logique de "tri" poussée par l'Etat.

"Nous espérions que ce centre, ouvert le 10 novembre dernier, soit un modèle", a expliqué mercredi Utopia 56. Or "nous constatons que le traitement administratif des réfugiés dans ce centre n'a rien d'humanitaire", ajoute l'association, qui "annonce sa sortie du dispositif".

Si le départ d'Utopia, qui s'occupait notamment de distribuer les vêtements, n'empêchera pas le centre de tourner, sa décision est lourde de sens, la vibrionnante association bretonne étant devenue emblématique de l'engagement citoyen sur l'accueil des migrants, à Paris ou à Calais.

Le centre humanitaire, unique en France, a été ouvert à l'initiative de la ville de Paris pour offrir aux migrants une alternative à la rue, et conçu comme un "centre de répit" pour une dizaine de jours, avant orientation vers des structures plus pérennes.

Mais "on n'est plus du tout au projet initial", assure à l'AFP Yann Manzi, cofondateur d'Utopia 56.

D'abord parce que les forces de l'ordre sont omniprésentes autour: nécessité d'empêcher toute réinstallation de campement selon les autorités, mais "traque" faisant "écho à ce qui se passe à Calais" pour M. Manzi, voire "harcèlement" selon Médecins du monde.

L'inquiétude, pour les associations, vient aussi du sort des migrants enregistrés dans un autre pays européen et censés, aux termes de la procédure "Dublin", y être renvoyés. Ils représentaient les deux tiers des migrants passant par le centre au printemps.

"Il y a une pression énorme de la part de l'Etat sur les +Dublin+", a assuré à l'AFP M. Manzi. "On a piégé plein de gens" avec un dispositif dérivant vers le "centre de tri", ajoute-t-il, en allusion au passage des migrants hébergés par un guichet ad hoc, ouvert par la préfecture, appelé "Cesa" (Centre d'examen de situation administrative).

- Déménagement -

"Le dispositif a changé à partir du moment où l'Etat a repris la main" et cela "s'est accéléré ces derniers mois", assure Yannick Le Bihan, de Médecins du Monde, qui avait aussi quitté le centre en juin -- son engagement n'étant que temporaire.

Du côté de l'Etat, on assume les efforts pour augmenter le faible taux de transferts "Dublin" (10% l'an dernier), dans la lignée des consignes données par Emmanuel Macron pour avoir un traitement administratif des arrivants "dès la première minute". "L'objectif est de dépasser le millier de transferts dans les prochains mois", a affirmé en juillet le préfet de région, Michel Cadot.

Cette "nouvelle approche", avec un distingo entre les migrants selon leur statut, fait que la réaction des associations n'a "rien d'étonnant", estime-t-on du côté de la ville de Paris.

Mais le calendrier se resserre: le centre, installé porte de la Chapelle, doit déménager d'ici le 31 mars, pour un emplacement encore confidentiel -- son site actuel n'est que temporaire. A cette occasion la ville attend que l'Etat lui présente "d'ici la fin du mois" les modalités de sa future politique concernant l'accueil des migrants.

"Il est indispensable d'avoir une visibilité", assure-t-on à la mairie, en rappelant avoir "plusieurs attentes".

Anne Hidalgo, qui plaide pour une duplication du centre parisien ailleurs en province, s'est dite convaincue fin août avoir le "soutien" d'Emmanuel Macron sur la question des réfugiés.

Mais les associations sont dubitatives.

"L'Etat veut la mort du dispositif tel qu'il est", s'alarme M. Manzi. "On est assez pessimistes", ajoute M. Le Bihan.

La semaine dernière, la directrice adjointe d'Emmaüs Solidarité s'était aussi dite "inquiète pour l'avenir" du centre. Il n'est "pas exclu qu'on réfléchisse à sortir totalement du dispositif", avait indiqué Aurélie El Hassak-Marzorati.

Du côté de la ville, on se refuse au "procès d'intention", tout en traçant des lignes rouges autour de l'inconditionnalité de l'accueil: "Si l'Etat veut faire du tri, ce sera son centre à lui.".

Auteur : Par AFP

Quelques migrants devant le centre de La Chapelle qui doit prochainement déménager, le 21 juillet 2017 à Paris.

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