Pour des étudiants confinés en cité U, la "faim" passe avant le virus

Pour des étudiants confinés en cité U, la "faim" passe avant le virus

Publié le 03/04/2020 à 08:00 - Mise à jour à 09:38
© NICOLAS TUCAT / AFP
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Auteur(s): Par Nathalie ALONSO - Pessac (AFP)

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Ismaël soupèse un sac de courses, c'est jour de fête: "si je peux tenir la semaine avec, c'est déjà pas mal!". Confiné en Cité U près de Bordeaux, cet étudiant privé de petit boulot par la crise sanitaire, va pouvoir remplir son frigo grâce aux tournées d'un collectif monté dans "l'urgence".

"Je suis intérimaire et là je n'ai plus de missions, je fais avec le peu que j'ai", confie à l'AFP Ismaël Guindo, doctorant en droit à Bordeaux, qui ne pouvait pas rentrer en Côte d'Ivoire. Il a fait ses comptes: "60 à 70%" en moins dans le portefeuille.

Selon le Crous, entre 1.500 et 2.000 étudiants comme lui seraient confinés dans leur logement U sur le plus gros campus de Bordeaux, une mini-ville désormais fantomatique à l'heure du confinement.

Dans cette zone périurbaine bordée par les vignes et la rocade à Pessac, Talence et Gradignan, Resto U, cafet' et associations étudiantes ont fermé.

Et "ici, il y a peu de commerces, les supermarchés sont loin, ce qui aggrave la situation d'isolement" des plus précaires, explique Yannis, 27 ans, doctorant en philosophie et bénévole pour le collectif citoyen "Solidarité-Continuité alimentaire Bordeaux" monté dans "l'urgence" autour d'un noyau dur de militants contre la réforme des retraites.

A la veille du confinement, "on s'est dit qu'il y aurait un problème: certains n'auront plus leur job en restauration, d'autres ne pourront pas rentrer chez eux", comme nombre d'étudiants internationaux, résume l'un des initiateurs, enseignant-chercheur en informatique qui veut rester anonyme.

De fait, depuis la diffusion du formulaire de contact, le collectif croule sous les demandes, 700 en 15 jours. "Même si on connaissait l'état de la précarité étudiante, on n'imaginait pas en arriver là. On serait presque à dire que certains ont eu plus peur de mourir de faim que du virus", comme ce jeune "qui n'avait pas mangé depuis 48 heures", affirme Yannis.

- Pas "abandonnés" -

Ce mercredi, dans un local prêté par l'université de Bordeaux, cinq bénévoles - tous masqués et passés à l'étape gel désinfectant - s'activent pour remplir à la chaîne les quarante colis à livrer. A l'intérieur: conserves et gel douche - préalablement nettoyés à la lingette -, féculents, café, papier WC, lessive mais aussi serviettes menstruelles et 5 copies d'autorisation de déplacement, "pour ne pas se mettre en danger". Pas de périssable, "compliqué", ni de gel hydroalcoolique, "trop rare!".

Pour limiter les contacts, trois équipes différentes se relaient pour les courses, la préparation des colis et la distribution, surtout dans les cités U, où se concentrent "les plus précaires". Et le portage se fait au pied de l'immeuble, un étudiant à la fois. Dans les messages, "on tombe sur des surprises", assure Natacha, une bénévole. Entre des doléances pour un "wifi stable" et les "soucis d'ordinateur", des appels à l'aide aussi: "urgent plus rien à manger".

La distribution est financée par une cagnotte en ligne Leetchi qui cumulait 36.500 euros jeudi mais le collectif craint "de ne pouvoir tenir jusqu'au bout du confinement".

"On fait une aide d'appoint mais ce n'est pas à nous d'assurer une logistique d'ampleur", souligne Yannis qui attend plus de "réactivité" de la part des autorités.

"Le Crous n'a pas abandonné les étudiants, on se met en ordre de marche et on invente au jour le jour", répond le directeur général Crous pour Bordeaux-Aquitaine, Jean-Pierre Ferré, qui salue par ailleurs une initiative "bienvenue".

Selon lui, 70.000 euros d'aides "sur évaluation sociale" ont été attribués depuis le confinement à 500 étudiants, auxquels s'ajoutent 60.000 euros en bons d'achats, en cours de distribution et des portages de colis alimentaires en lien avec la ville de Bordeaux et la Banque alimentaire.

"La difficulté est d'arriver à capter les étudiants qui n'ont pas forcément le réflexe de se tourner vers nous", constate toutefois Anne-Marie Tournepiche, vice-présidente "Vie étudiante" à l'université qui s'est également "adaptée" avec des coups de pouce financiers pour s'alimenter ou "réduire la fracture numérique". Depuis quelques jours aussi, l'Espace santé étudiants a "doublé" ses permanences téléphoniques de suivis médical et psychologique. Au bout du fil, beaucoup d'appels d'"anxiété".

Auteur(s): Par Nathalie ALONSO - Pessac (AFP)


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