Pour des grévistes du métro, l'impératif de "tenir au moins jusqu'à vendredi"

Pour des grévistes du métro, l'impératif de "tenir au moins jusqu'à vendredi"

Publié le 06/01/2020 à 18:04 - Mise à jour le 11/01/2020 à 20:06
© FRANCOIS GUILLOT / AFP
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Auteur(s): Par Déborah CLAUDE - Paris (AFP)

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"Ça va être dur mais il va falloir tenir au moins jusqu'à vendredi!", lance Mounir. Agglutinés dans un local de la RATP, des conducteurs des lignes de métro 5, 7 et 7 bis se motivent et reconduisent la grève pour quelques jours.

Une centaine de personnes arrivent par grappes -- en scooter ou en covoiturage -- à quelques mètres d'une des bouches de métro de la station "Porte de la Villette", derrière un périph' un peu bouché et des rames de tramway en circulation.

Depuis 09h30, Armonie, militante Lutte ouvrière, les attend devant la grille du parking. "On a fait une petite collecte à Pantin, j'ai 500 balles, c'est pas mal, non?"

Le tout en espèces, au fond de son sac Monoprix. "Moi, je connais, un mois sans salaire, j'ai fait 68", raconte cette alerte femme de 75 ans venue soutenir les grévistes.

Au bout d'un mois de grève, la question de l'argent est omniprésente. Momo, conducteur sur la ligne 7, et syndiqué Unsa (1er à la RATP), ne cache pas que "les gens s'inquiètent" pour leurs finances.

Lui-même songe à changer de voiture, explique-t-il d'une voix calme. Alors il aimerait bien que les syndicats qui annoncent avoir collecté des centaines de milliers d'euros, comme la CGT, fasse rapidement arriver cette aide chez les plus mobilisés.

"S'ils veulent qu'on tienne jusqu'au 24 (date possible de présentation du projet de réforme en Conseil des ministres), il faut qu'il nous donne de quoi tenir", lâche-t-il.

Une cagnotte en ligne pour le métro et le RER lancée par l'Unsa a réuni 14.000 euros.

Au bout d'un mois, pas facile de rester motivé devant le calcul des journées de salaires perdus.

- Mouvement "porté par la base" -

Dimanche, à 17h, quand les prévisions de trafic SNCF sont tombées, montrant que le mouvement s'étiolait chez leurs cousins cheminots, Momo "a eu 50 coups de fil".

A la RATP, "ça faiblit un peu, mais ça tient", assure-t-il néanmoins, lui qui n'aurait "jamais cru" que le mouvement durerait aussi longtemps. Né en 1970, il n'est pas concerné par la réforme.

Hanane, 35 ans, conductrice sur la ligne 5 et non syndiquée, est ensuite invitée à prendre la parole au début de cette assemblée générale très masculine: "la semaine est costaud, mais on ne va rien lâcher!"

Khalida, aux côtés de son conjoint qui travaille aussi à la RATP, n'avait jamais fait la grève. "C'est la première fois que je me sens en danger", dit-elle. Elle et Hanane ne sont pas du tout convaincues que la réforme soit bénéfique pour les femmes, bien au contraire.

Elles racontent que ce mouvement "est porté par la base" bien plus que par les syndicats, dont les dirigeants nationaux n'ont pas bonne presse dans ce dépôt de la RATP.

Philippe, prof d'anglais à la retraite, suit le mouvement depuis le début. Particulièrement en verve, il assure recevoir des messages de solidarité d'Espagne, du Portugal, et même "des dockers de Liverpool". "Et qui demandent: à qui donner?"

"A moi! A moi! A moi", répondent les grévistes en canon, dans une ambiance très chaleureuse. "Plutôt vers les conducteurs de métro, si on veut tenir le 2e mois", préconise Mounir.

Un étudiant de l'Ehess (Ecole des hautes études en sciences sociales), rompu à la prise de parole en AG, s'exprime ensuite, ainsi qu'une intermittente du spectacle.

C'est à l'unanimité que les conducteurs grévistes des lignes 5, 7, et 7 bis, parmi les plus mobilisés, reconduisent la grève jusqu'à vendredi, date d'une nouvelle AG commune, à la fin de cette semaine cruciale.

Pendant ce temps, Momo se réjouit d'apprendre via son smartphone que des universités sont bloquées, avant d'aller allumer les barbecues pour déjeuner sur le parking.

Auteur(s): Par Déborah CLAUDE - Paris (AFP)

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Des employés de la RATP de la ligne 7 réunis dans un local, le 6 janvier 2020

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