Après 25 ans de Gaudin, Michèle Rubirola fait basculer Marseille à gauche

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Après 25 ans de Gaudin, Michèle Rubirola fait basculer Marseille à gauche

Publié le 04/07/2020 à 01:59 - Mise à jour à 18:32
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Auteur(s): Par Olivier LUCAZEAU - Marseille (AFP)

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Après 25 ans de règne de Jean-Claude Gaudin, la gauche a reconquis le fief Républicain de Marseille avec l'écologiste Michèle Rubirola, première femme à diriger la deuxième ville de France.

Dès l'annonce du résultat, les centaines de personnes rassemblées près de la mairie, sur le Vieux-Port, ont hurlé leur joie, à coups de "Merci, Merci" et "Michèle, Michèle" lors de l'apparition de l'élue pour un bain de foule, après son premier discours de maire.

Médecin dans les quartiers populaires de la ville, âgée de 63 ans, elle l'a emporté au deuxième tour, lors du premier conseil municipal de la mandature, "3e tour" des municipales à Paris, Lyon et Marseille, où le scrutin a lieu par secteur.

Avec 51 voix, la cheffe de file du Printemps Marseillais, large alliance de partis de gauche, écologistes et collectifs citoyens, a devancé le député LR Guy Teissier (41 voix). Plombée par sa défaite dans son fief des 6e et 8e arrondissements et par une enquête sur de possibles fraudes aux procurations, Martine Vassal avait passé le relais à ce dernier jeudi .

Les larmes aux yeux, sous les applaudissements, Mme Rubirola monte sur l'estrade. Il est 15h10: Jean-Claude Gaudin lui remet l'écharpe de maire avant de s'esquiver et de prendre définitivement sa retraite politique.

"Je dis bonne chance à Marseille", a salué l'ancien maire, dans un ultime communiqué.

- "Le clanisme a vécu" -

"Le clanisme, le népotisme et le clientélisme ont vécu", a promis la nouvelle élue, dans un premier discours adressé "à toutes les Marseillaises et tous les Marseillais, aux +gens de peu+, aux +gens de rien+, ceux à qui il ne reste que leur dignité".

Citant Blaise Cendrars, pour qui "Marseille appartient à qui vient du large", elle a salué le succès de la large alliance qui l'a portée au pouvoir: "Je ne sais pas si le Printemps Marseillais vient du large, mais je sais qu'il vient de loin": "Je n'ai jamais exercé ce type de fonction politique. Mais ne doutez pas de ma détermination".

Candidate au premier tour de vote, Samia Ghali, la sénatrice ex-PS victorieuse dimanche dans les 15e et 16e arrondissements avait mis fin à tout suspense avant ce second tour en annonçant "apporter son soutien à Mme Rubirola", qui venait aussitôt la remercier et l'embrasser.

Autre possible trouble-fête, le Rassemblement national et ses neuf élus avaient quitté la séance depuis longtemps: "Nous laissons (entre eux) les magouilleurs, les marchands de tapis", avait tonné le sénateur Stéphane Ravier.

Arrivé largement en tête au second tour des élections municipales dimanche, avec 38,3% des suffrages, soit plus de 13.000 voix d'avance sur les listes LR (30,8%) conduites par Martine Vassal, présidente de la métropole et du département, le Printemps marseillais aura longtemps tremblé.

Et l'interminable suspension de séance entre les deux votes --près de quatre heures--, n'a fait que renforcer leur crainte d'"un hold-up démocratique".

En l'absence du RN, c'est Mme Ghali et ses huit colistiers qui détenaient les clefs du bureau de maire, avec sa vue imprenable sur Notre-Dame-de-la-Garde. Et jusqu'au bout elle aura durement négocié, après avoir revendiqué vendredi le poste de première adjointe. Une requête aussitôt balayée par Mme Rubirola, qui avait refusé ce "chantage". Pour elle, ce sera finalement la place de deuxième adjointe, le porte-parole de Mme Rubirola Benoît Payan, chef de file de l'opposition socialiste lors de la précedente mandature et cheville ouvrière du Printemps marseillais devenant, lui, premier adjoint.

- "Mauvaise bouillabaisse" -

En pleine nuit samedi, à quelques heures du dénouement, Mme Ghali avait pourtant semblé basculer vers le camp Teissier, stigmatisant le "mépris insupportable" du "Printemps" pour les quartiers populaires et reprenant sa liberté de vote.

Si les élus Républicains n'ont pas apprécié ce feuilleton à rebondissements --"une bien mauvaise bouillabaisse", a dénoncé le général David Galtier, tombeur de Stéphane Ravier dans son fief des 13e et 14e arrondissements--, la gauche a réussi son pari: reconquérir une ville qu'elle avait perdue il y a un quart de siècle, après Robert Vigouroux.

Mais sa majorité est fragile. Et cette campagne municipale n'a fait qu'exacerber les fractures d'une ville marquée en son coeur par l'habitat indigne, avec les huit morts rue d'Aubagne, dans l'effondrement de deux immeubles, le 5 novembre 2018.

Si les Républicains ne dirigent plus Marseille, ils pourraient en fait détenir le vrai pouvoir avec la métropole, qui va élire son nouveau président jeudi. Et celui-ci pourrait être une présidente: Martine Vassal, déjà à la tête de cette institution depuis 2018, après en avoir héritée de... Jean-Claude Gaudin.

Auteur(s): Par Olivier LUCAZEAU - Marseille (AFP)


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