Après l'effondrement du pont à Gênes, le gouvernement dans la surenchère

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Par Fanny CARRIER - Rome (AFP)
Publié le 17 août 2018 - 21:10
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Le vice-Premier ministre italien, Luigi Di Maio, lors d'une conférence de presse à Rome le 3 juillet 2018.
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© Andreas SOLARO / AFP/Archives
Le vice-Premier ministre italien, Luigi Di Maio, lors d'une conférence de presse à Rome le 3 juillet 2018.

© Andreas SOLARO / AFP/Archives

Depuis la catastrophe du pont de Gênes, Luigi Di Maio et Matteo Salvini, les deux chefs de file populistes du gouvernement italien, se livrent à une surenchère dans l'indignation, au risque de retours de bâton.

Si le chef du gouvernement, Giuseppe Conte, a été le premier à se rendre sur les lieux mardi soir et s'est chargé des communiqués officiels, ses deux vice-Premiers ministres, chefs du Mouvement 5 étoiles (M5S, populiste) et de la Ligue (extrême droite) ont monopolisé la parole.

Interviews radio le matin, points presse improvisés devant les décombres, devant la préfecture, devant l'hôpital, émissions de télé le soir et directs sur Facebook à toute heure de la journée... MM. Di Maio et Salvini ont été omniprésents.

L'un demande la révocation de la concession d'Autostrade per l'Italia pour le tronçon du pont, l'autre appelle à la révocation de toutes les concessions. L'un réclame la démission des dirigeants d'Autostrade, l'autre veut la prison ferme.

Cible privilégiée: la famille Benetton, qui détient 30% d'Atlantia, le groupe propriétaire d'Autostrade per l'Italia.

Image d'une success story à l'italienne, elle représente aussi pour les deux hommes le grand capital insensible aux difficultés des petites gens qu'ils entendent représenter.

- L'argent des Benetton -

"Le problème avec l'effondrement du pont vient du fait que quand nous payons un péage, nous imaginons que cet argent sera réinvesti dans l'entretien mais en fait ils se partagent les bénéfices et les ponts s'écroulent", résume M. Di Maio.

Gênes "n'attend pas l'aumône mais seulement la justice et nous ferons en sorte qu'elle soit rendue. S'il le faut en annulant tous ces contrats avec ces entreprises qui se sont enrichies sans respecter la sécurité", lance alors M. Salvini.

"Contrairement à ceux passés avant nous, nous ne devons rien à personne", ajoute-t-il, tandis que M. Di Maio s'enorgueillit du fait que "pour la première fois, il y a un gouvernement qui n'a pas pris d'argent des Benetton".

Et tous deux l'assurent: la famille Benetton, qui s'est encore illustrée en juillet avec une publicité dénonçant la nouvelle fermeté antimigrants de l'Italie, a largement financé plusieurs partis politiques, et tout particulièrement Matteo Renzi, l'homme fort du Parti démocrate (centre gauche). Ce dernier l'a vivement démenti.

Et, scenario plutôt rare dans ces circonstances, c'est l'opposition qui appelle à la sobriété et à la cohésion.

"Devant une telle tragédie, un pays civilisé s'unit au lieu de se diviser", a lancé M. Renzi, tandis qu'un Silvio Berlusconi très discret recommandait de "mettre les polémiques de côté".

- "La vieille fable" -

Et M. Renzi s'est aussi permis de faire la leçon aux deux dirigeants: "Les responsables devront payer jusqu'au dernier centime (...). Mais gouverner est plus compliqué que d'écrire un post Facebook: si on révoque la concession, paradoxalement on fait un cadeau à Autostrade. Parce qu'il faut payer beaucoup d'argent".

A ce sujet, le gouvernement a d'ailleurs donné des signes d'hésitation: la révocation de la concession ne figure pas sur le compte-rendu officiel du conseil des ministres où elle est censée avoir été décidée et les communiqués du ministère des Infrastructures restent très prudents.

"Ce sont juste les termes techniques", a martelé vendredi M. Di Maio, ajoutant: "Ceux qui s'opposent à la révocation des concessions d'Autostrade devront passer sur mon cadavre".

Une partie des attaques des deux vice-Premiers ministres ont aussi un effet boomerang.

Quand M. Salvini affirme qu'Autostrade aurait dû suspendre des péages "dans l'heure qui a suivi le drame", la presse publie les photos d'un banquet festif qu'il n'a pas annulé avec des responsables de la Ligue en Sicile, alors que pompiers et policiers que son ministère supervise fouillaient les décombres.

Quand les deux hommes s'insurgent contre l'état des infrastructures dans le pays, l'opposition leur rappelle que la Ligue a été au pouvoir pendant des années d'alliance avec Silvio Berlusconi et que le M5S s'est régulièrement opposé aux grands projets d'aménagement, dénoncés comme un gaspillage d'argent public au seul profit d'une poignée de gros entrepreneurs.

En 2013, une publication sur le blog de Beppe Grillo, le fondateur du MS5, raillait ainsi "la vieille fable de l'écroulement imminent du pont Morandi" pour dénoncer la Gronda, une nouvelle autoroute autour de Gênes prévue pour la prochaine décennie.

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