Chelsea Manning n'a pas fini de payer ses fuites vers WikiLeaks

Chelsea Manning n'a pas fini de payer ses fuites vers WikiLeaks

Publié le :

Vendredi 12 Avril 2019 - 19:00

Mise à jour :

Vendredi 12 Avril 2019 - 19:04
© Handout / ALEXANDRIA SHERIFF'S OFFICE/AFP/Archives
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Par Charlotte PLANTIVE - Washington (AFP)

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L'ancienne analyste de l'armée américaine Chelsea Manning a rendu Julian Assange célèbre en lui transmettant des centaines de milliers de documents confidentiels et le paie au prix fort: après sept ans en prison, cette icône transgenre est de nouveau incarcérée.

Le 8 mars, elle a été renvoyée derrière les barreaux parce qu'elle refusait de témoigner devant un grand jury chargé d'enquêter sur WikiLeaks et son fondateur.

"Je ne participerai pas à un processus secret que je désapprouve moralement", avait-elle justifié.

Chelsea Manning, née garçon sous le prénom de Bradley il y a 31 ans et devenue femme en prison, avait ajouté avoir tout dit lors de son procès devant une cour martiale. Celui-ci s'était conclu en 2013 par une peine de 35 ans de prison, ensuite commuée par le président démocrate Barack Obama.

Après l'arrestation de Julian Assange jeudi à Londres à la demande des Etats-Unis, ses soutiens ont appelé à sa remise en liberté immédiate, la disant victime d'une mesure "répressive, cruelle et inutile".

La justice américaine a révélé dans la foulée que l'Australien avait été inculpé dès mars 2018, soit un an avant la convocation de Chelsea Manning par le grand jury. Pour les défenseurs de cette dernière, cela prouve que son témoignage n'était pas nécessaire.

Si certains Américains, à l'instar du président Donald Trump, la qualifient de "traîtresse", elle est considérée par d'autres comme une martyre de l'information, qui a toujours assumé ses choix contrairement aux ambiguïtés de Julian Assange.

- "Artificielle" -

Mais depuis une dizaine d'années, leurs destins sont liés.

En 2010, le soldat Manning a contacté WikiLeaks et lui a transmis plus de 250.000 câbles diplomatiques et près d'un demi-million de documents classés secret sur les actions militaires des Etats-Unis en Irak et en Afghanistan.

"J'avais l'impression que nous prenions beaucoup de risques pour des gens qui ne semblaient pas désireux de coopérer avec nous, ce qui menait à de la frustration et de la haine des deux côtés", avait-elle ensuite expliqué.

Leur publication par WikiLeaks avait plongé Washington dans l'embarras et avait braqué les projecteurs sur cette organisation fondée quatre ans plus tôt par Julian Assange sur un principe de transparence totale.

Manning avait à l'époque échangé par emails et sous un pseudonyme avec un certain "Nathaniel", qui était probablement Assange.

Sous cet anonymat, "je me sentais moi-même, libre des regards et des étiquettes que l'on m'appose souvent", avait ensuite confié l'ex-analyste, chahutée depuis l'enfance pour ses attitudes efféminées.

"J'avais l'impression que nous développions une amitié", avait-elle ajouté dans une déclaration sous serment en vue de son procès. "Avec recul, je me rends compte que cette dynamique était artificielle et que j'y accordais plus de valeur" que lui.

- "Hormones" -

Lors de leurs échanges, ils avaient réfléchi aux moyens de décoder un mot de passe du ministère de la Défense. Et c'est ce qui vaut aujourd'hui à Julian Assange d'être inculpé aux Etats-Unis pour "association de malfaiteurs en vue de commettre un acte de piratage informatique".

Il faudra sans doute de longs mois avant que le processus d'extradition n'aboutisse. Les avocats de Chelsea Manning espèrent qu'elle sera libérée bien avant et ne revivra pas les tourments rencontrés lors de sa première détention.

Détenue dans la prison militaire pour hommes de Fort Leavenworth (Kansas), elle avait dû se battre pour obtenir les traitements hormonaux nécessaires à sa transition et avait fait deux tentatives de suicide. Elle a été libérée en mai 2017.

Cette fois, elle a été placée dans une prison mixte de Virginie. Après une vingtaine de jours sous un régime de confinement spécial, elle a obtenu le droit de rejoindre les autres détenus, ce qui lui donne davantage de liberté de mouvement. "Mais ça reste très dur", confient ses défenseurs.

L'ancienne analyste militaire américaine Chelsea Manning, après son arrestation le 8 mars 2019

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