Chine: déjà dissoute, une Eglise devra aussi payer 150.000 euros

Chine: déjà dissoute, une Eglise devra aussi payer 150.000 euros

Publié le :

Mercredi 26 Septembre 2018 - 14:34

Mise à jour :

Mercredi 26 Septembre 2018 - 14:36
© FRED DUFOUR / AFP/Archives
PARTAGER :

Par AFP - Pékin

-A +A

Une Eglise protestante basée à Pékin et dissoute début septembre par les autorités vient de recevoir une douloureuse facture: elle devra payer 1,2 million de yuans (150.000 euros) de loyers impayés et de frais liés à l'expulsion.

"L'Eglise de Sion" était l'une des plus importantes organisations chrétiennes "non-officielles" de Chine, c'est-à-dire qui opérait en dehors du contrôle de l'Etat. Sa fermeture est intervenue dans un contexte d'encadrement croissant des pratiques religieuses.

Elle occupait un immense appartement de plus de 2.000 mètres carrés dans un immeuble de bureaux du nord de Pékin. Le local avait été évacué le 9 septembre en présence de nombreux policiers.

Et la municipalité exige désormais le paiement de 37 jours de loyers impayés, pour un montant de 800.000 yuans (100.000 euros), selon une facture adressée à l'Eglise et consultée par l'AFP.

A cela s'ajoute: 148.000 yuans pour séjour prolongé après expiration du contrat de location qui s'achevait en août ; 114.000 yuans pour le coût du déménagement, qui a mobilisé 66 véhicules et 18 personnes ; ou encore 90.000 yuans pour trois mois de stockage des biens qui se trouvaient dans le local.

Le fondateur de l'Eglise de Sion, le pasteur Jin Mingri, a confirmé à l'AFP avoir reçu la facture, mais estime "impossible" de payer la somme demandée.

"Non seulement ils n'ont pas négocié avec nous avant de déménager nos affaires. Mais il n'y a aucune raison d'exiger de nous le paiement de ces frais de déménagement exorbitants", estime-t-il.

L'Eglise de Sion affirme que jusqu'à 1.600 fidèles assistaient à ses services hebdomadaires. Selon les autorités pékinoises, l'organisation religieuse a été dissoute car elle n'était pas enregistrée.

La Chine compte cinq associations étatiques auxquelles doivent s'affilier les organisations de confessions religieuses reconnues: protestantisme, catholicisme, bouddhisme, taoïsme et islam. L'objectif est notamment d'éviter toute influence politique ou venant de l'étranger.

Tout culte existant en dehors de ces structures est jugé illégal. Les petites Eglises évangéliques protestantes non déclarées, dont les membres se réunissent dans des appartements ou des lieux publics, ont cependant fleuri ces dernières années.

Mais les soucis de "l'Eglise de Sion" ont commencé en février 2018 avec l'introduction d'une nouvelle loi encadrant plus sévèrement les pratiques religieuses en Chine.

Jin Mingri faisait également partie d'un groupe de 200 pasteurs d'Eglises non-officielles à avoir signé une pétition. Celle-ci dénonçait "l'agression et l'obstruction" de l'Etat depuis l'application des nouvelles règles, dont des démontages de croix chrétiennes.

Le pasteur Jin Mingri, fondateur de l'Eglise de Sion, à Pékin le 12 septembre 2018


Commentaires

-