Ghazi Saleh, visage de l'agonie des enfants yéménites affamés

Ghazi Saleh, visage de l'agonie des enfants yéménites affamés

Publié le :

Mercredi 21 Novembre 2018 - 09:28

Mise à jour :

Mercredi 21 Novembre 2018 - 09:30
© ESSA AHMED / AFP/Archives
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Par Marzooq AL-JABIRY avec Dana MOUKHALLATI à Dubaï - Taëz (Yémen) (AFP)

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La peau et les os: Ghazi Saleh, dix ans, huit kilogrammes à peine, respire avec difficulté sur un lit d'hôpital à Taëz, une ville du sud-ouest du Yémen.

Affamé et trop faible pour bouger ou même pleurer, il observe son corps émacié tout en luttant pour garder les yeux ouverts.

A l'hôpital Al-Moudhafar où Ghazi est soigné, le personnel médical va d'un lit à l'autre pour examiner enfants et nourissons souffrant de malnutrition comme Ghazi.

Certains médecins et infirmières pèsent des enfants, tandis que d'autres tentent de les nourrir à l'aide d'intraveineuses: leurs corps sont devenus trop faibles pour avaler.

C'est le cas de Ghazi: le petit garçon "n'a pas bien mangé depuis un moment", explique à l'AFP Eman Ali, une infirmière.

Au Yémen, plus de 14 millions de personnes risquent, selon l'ONU, de connaître la famine, pris dans une guerre qui ne montre aucun signe d'accalmie. La moitié d'entre eux sont des enfants, d'après le Fonds des Nations unies pour l'enfance (Unicef).

- "Plus rien" -

Les enfants yéménites sont les plus durement touchés par la guerre qui dure depuis plus de trois ans entre forces gouvernementales, soutenues par les Saoudiens et les rebelles Houthis, appuyés par l'Iran.

Alors que l'ONU espère relancer, d'ici à la fin de l'année, les pourparlers de paix en Suède, la situation sur le terrain reste catastrophique avec des millions d'enfants affamés.

"Nous recevons des cas (similaires à celui de Ghazi) tous les jours, et certains d'entre eux sont extrêmes", raconte à l'AFP Sona Othman, à la tête du service en charge des enfants malnutris de l'hôpital Al-Moudhafar.

"Le cas de Ghazi reflète la détérioration de la situation sanitaire du pays", estime-t-elle.

Fatima Salmane, dont le fils souffre de malnutrition, se sent de plus en plus désespérée au fur et à mesure que se prolonge la guerre.

"Mon mari avait un emploi avant la guerre, et il gagnait juste assez d'argent pour nous nourrir, mais maintenant il n'y a plus rien", confie-t-elle à l'AFP. "Nous voulons que cette guerre prenne fin, mais nous la voyons empirer".

Plus des trois quarts des 22 millions d'habitants du Yémen, longtemps le pays le plus pauvre du monde arabe, dépendent désormais de l'aide humanitaire pour survivre.

Les Yéménites qui luttent pour survivre dans de telles conditions sont également confrontés à l'effondrement de l'économie, qui a notamment laissé les employés du gouvernement et les enseignants sans salaire pendant des mois.

- Enfants en danger -

L'Unicef estime par ailleurs qu'environ 4,5 millions d'enfants au Yémen risquent d'être privés de scolarité: les enseignants des écoles publiques n'ont pas été payés depuis presque deux ans.

Plus de 2.500 écoles ont été endommagées ou détruites par le conflit. D'autres font désormais fonction d'abri pour les personnes déplacées ou de QG pour les combattants.

Malnutris, déscolarisés, les enfants yéménites doivent aussi faire face à d'autres périls.

Plus de 40% des filles sont ainsi mariées avant l'âge de 15 ans et les trois quarts avant leurs 18 ans, selon l'Unicef. De leur côté, les garçons sont parfois recrutés comme enfants soldats.

La guerre entre le gouvernement du Yémen --soutenu par une coalition militaire régionale dirigée par l'Arabie saoudite-- et les rebelles Houthis a fait environ 10.000 morts depuis 2015 et provoqué ce que l'ONU décrit comme la pire crise humanitaire du monde.

Les groupes de défense des droits de l'Homme affirment que le nombre réel de victimes pourrait être cinq fois plus élevé.

Un enfant souffrant de malnutrition est pesé dans un hôpital du nord-ouest du Yémen, le 7 novembre


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